LE SYSTÈME NERVEUX
Le système nerveux devait être, ainsi que le rein, l'objet de recherches attentives. Deux phénomènes en effet frappaient plus vivement l'esprit : l'albuminurie et les convulsions.
Ici, comme toujours, rien d'absolument fixe, rénumération suivante pourra donner une idée des nombreuses lésions que les auteurs y ont trouvées. Nous sommes forcé de répéter ici, certains faits dont il a déjà été parlé au commencement de cette partie; nous y revenons très rapidement.
En 1825, dans sa pratique des accouchements, Mme Lachapelle cite un cas d'hémorrhagie cérébrale survenue dans le coma éclamptique.
Baudeloeque,en 1822 (Th.de doctorat), parle d'une femme en travail, qui au milieu d'accès convulsifs, eut une hémiplégie gauche.
Velpeau, en 1834, trouve que l'hémorrhagie cérébrale est sans contredit la complication la plus redoutable de l'éclampsie : « C'est là, dit-il, ce qui justifie jusqu'à un certain point, « Ménière, Leloutre et Larcher de l'avoir en quelque sorte « confondue avec l'éclampsie. » La même année, Prestat regarde également l'hémorrhagie cérébrale comme une complication de l'éclampsie. « Le plus souvent, dit-il, on ne « retrouve dans l'axe cérébro-spinal aucune trace de « lésions; ou si elles existent, elles se bornent à un engorge- <r ment peu considérable des vaisseaux, à de la sérosité
« épanchée, soit dans les ventricules, soit dans la cavité « arachnoïdienne. Si on a trouvé des caillots dans la subs- « tance cérébrale elle-même, ou dans les cavités, ces cas « sont rares et appartiennent à une apoplexie qui serait « venue compliquer l'éclampsie. »
En 1859, dans la Gazelle des hôpitaux, P. Dubois nie la congestion cérébrale comme cause de l'éclampsie, mais affirme la turgescence du système vasculaire cérébral. Il dit que l'on trouve quelquefois des épanchements quand les femmes succombent après l'attaque; ces épanchements se trouvent dans les cas où les attaques ont été suivies de paralysies.
Sur dix autopsies que pratiqua Braun, il trouva dix fois de l'anémie avec œdème du cerveau, et une fois une apoplexie interméningée.
Krassnig fit neuf autopsies, qui donnèrent les résultats suivants :
Anémie et épanchement séreux interstitiel : 6 fois;
Hyperémie cérébrale 1 .
Apoplexie méningée 1 .
Rien \
Desilliers, Regnault, Lewer, Hardy, Collins, Mac-Clintok, Grenser, Martin firent ensemble 42 autopsies, dans lesquelles ils trouvèrent :
Hyperémie cérébrale i o .
Anémie cérébrale , 4>
Vascularité normale du cerveau 4.
Épanchement séreux de l'arachnoïde 7".
Hydropisie ventriculaire 5
Epanchement apoplectiforme du cerveau . . 12 ,
Helm, Kivisch, Braun notèrent une hyperémie du cerveau, et des apoplexies méningées.
Axenfeld, dans son traité des névroses, fait remarquer que les femmes présentent, après le coma éclamptique, un affaiblissement de l'intelligence et de la mémoire, et des signes persistants de congestion; on a même vu des symptômes de méningite et d'apoplexie, survenir à titre d'affection secondaire.
Braun trouva quelquefois de la sérosité dans l'arachnoïde et les ventricules cérébraux. — « On trouve généralement, « dit-il, de l'anémie, de l'œdème et du ramollissement, « même quand il n'y a pas eu pendant la vie, d'émission « sanguine. L'hyperémie des membranes s'y joint rarece ment, et plus rarement encore, l'apoplexie interméningée, « que Kivisch et Helm considèrent, à bon droit, comme un « phénomène secondaire, produit par un obstacle àlacircu- « lation du sang, et que Litzmann regarde comme un « résultat de l'urémie. »
Depaul, Blot,Bailly, Charpentier, comme Velpeau, Mme Lachapelle, etc.. notèrent quelque chose de très important au point de vue qui nous occupe : ce sont des hémorrhagies cérébrales. Gela se rapproche en effet davantage des lésions des autres organes, qui viennent d'être passées en revue. Molas nota même une hémorrhagie arachnoïdienne dans une observation qui est publiée plus loin. Blot a fait la même remarque : « Je rappellerai, dit-il, une lésion que j'ai « rencontrée deux fois; l'une est une hémorrhagie qui s'était « faite dans le parenchyme du foie, sous forme de points « très rapprochés; l'autre s'est offerte dans les méninges « cérébrales, au-dessous de la partie droite du cervelet; « dans la cavité de l'arachnoïde, il existait un caillot de
« 4 cm. de long sur un de large, et de 4 à 5 mm. d'épais- <t seur. »
Il est certain que bien des faits intéressants doivent exister au point de vue anatomo-pathologique, pour le cerveau, comme pour le foie, la rate et les reins. Il nous a été malheureusement impossible de nous procurer des pièces d'éclamptiques ayant eu une hémorrhagie cérébrale. Peutêtre y aurait-on trouvé également ce processus particulier, si souvent et si longuement décrit dans ces pages. Peut-être y aurait-on trouvé ces embolies dont parlent Virchow et Jùrgens, et qui auraient déterminé des foyers de nécrose de la substance cérébrale.
Il est certain pourtant, que l'hémorrhagie cérébrale et méningée est une complication fréquente de l'éclampsie puerpérale; elle peut non seulement survenir dans le cours de la maladie, mais elle peut la suivre de plusieurs semaines, alors même que la femme paraît guérie. Notre cher ami et collègue, M. Wallich, nous a en effet raconté l'histoire d'une femme qui eut de nombreuses attaques d'éclampsie, accoucha, puis recouvra sa connaissance et parut être guérie : un mois après, elle mourait d'hémorrhagie cérébrale.
Nous regrettons de ne pouvoir citer en détail cette observation; d'autant plus que l'autopsie ayant été faite à ce moment, c'est-à-dire un mois après la guérison apparente de l'éclampsie, le foie, paraît-il, présentait encore les ecchymoses et les marbrures que nous avons décrites comme les lésions typiques de cette affection.
Régy (1) publie une observation de piqueté hémorrhagi-
(1) Regy. — Th. Paris, 1878.
que du cerveau, absolument analogue à celui que Blot, le
premier, vit sur le foie. (Obs. XXXII) (page 166.)
Ce n'est pas seulement le cerveau qui paraît être atteint
dans certains cas : Bloff (1) a noté un épanchement séreux
assez considérable de la cavité spinale.
Plus récemment, dans le travail de Lœhlein (2), que
nous avons déjà cité, l'examen de la cavité crânienne a été
fait dix-neuf fois. La lésion la plus fréquemment notée (neuf fois), est la présence d'ostéophytes, habituellement
jeunes, vasculaires, de coloration bleu rougeâtre. Dans deux cas, on n'a pu découvrir autre chose, et deux fois on n'a trouvé avec les ostéophytes, qu'un peu d'œdème de la piemère. « En général, dit cet auteur, les altérations matérielles « de l'encéphale sont très minimes, et n'expliquent pas les « phénomènes cliniques. »
En 1883, Schauta (3), passant en revue les différentes théories pathogéniques de l'éclampsie, se prononce pour l'influence prépondérante de l'œdème cérébral; le point de départ de cet œdème étant d'ailleurs, dans la plupart des cas, le mal de Bright, aigu ou chronique.
D'autres causes peuvent aussi, pour lui, jouer le même rôle que l'œdème cérébral; c'est l'anémie résultant d'une hémorrhagie profuse, et l'hyperémie intense du cerveau, l'apoplexie cérébrale, et en général toute excitation de la moelle allongée et du pont de Yarole.
Il y a même des cas, d'après cet auteur, où il est impossible de trouver d'autre cause que cette idiosyncrasie, désignée par Nothnagel, sous le nom de convulsibilité; ce sont
(1) Charpentier. — Edition 1889.
(2) Lohlein . — hoc. cit.
(3) Schauta. — Loc. cit.
ceux dans lesquels les convulsions éclatent sous l'influence d'une simple excitation périphérique.
Il aurait vu se produire une attaque d'éclampsie, chez une accouchée, sous l'influence d'une injection intra-utérine.
On nous permettra de rester sceptique, devant cette affirmation, sans toutefois la discuter, car le but de notre travail est tout autre.
Nous notons pour mémoire, les lésions de la rétine, qui se rapportent plutôt à la maladie de Bright, souvent concomitante; il est donc inutile de la décrire ici.
Enfin, une lésion de la peau, souvent observée, et dont nous donnons deux belles observations, appartient peut-être à la pathologie du système nerveux; nous voulons parler des phlyctènes et des plaques de sphacèle. Il n'est pas rare de trouver chez des éclamptiques qui ont paru résister aux attaques, des phlyctènes quelquefois énormes, que l'on prend parfois pour des brûlures, d'autant plus qu'elles existent souvent aux pieds et aux jambes. En général, ces phlyctènes occupent une position presque symétrique, sur les deux membres inférieurs; en séchant, elles font place à des eschares profondes.
Nous rapportons l'histoire d'une éclamptique (Obs. XXX, p. 157), dans ces conditions; deux jours après la cessation des attaques, alors que la malade paraissait retrouver sa connaissance, l'on vit apparaître ces lésions très étendues, sur les deux membres inférieurs et le bas-ventre. Puis la malade retomba dans le coma et mourut ; il nous fut impossible de faire l'autopsie. Peut-être aurions-nous trouvé une lésion nerveuse peut-être plutôt une lésion embolique, analogue à celles des organes splanchniques.
Comme conclusion, rien de constant; il nous a fallu noter successivement les lésions trouvées par les auteurs ; mais il nous est impossible de tirer de tout cela une conclusion précise. Nous pouvons dire simplement que les nemorrhagies cérébrale et méningée paraissent être du mcme ortie que les autres hémorrhagies, dont il a été déjà question.
Il n'est cependant pas permis d'être aff.rmat.f, avant d'avoir fait un certain nombre d'examens bistolog.ques de ces foyers hémorrhagiques.