CHAPITRE V
A. Cavités Séreuses
On rencontre assez souvent une abondance anormale de sérosité, dans la plèvre, le péricarde et le péritoine. Les auteurs en rapportent plusieurs exemples, et nous avons vu nous-même deux cas d'épanchement pleural très considérable.
DeJmas rapporte un cas de pleurésie, avec épanchement.
Blot note comme la règle un épanchement séreux de toutes les cavités séreuses.
Nous avons déjà parlé à plusieurs reprises, dans le chapitre précédent, d'épanchements séreux ou hémorrhagiques dans la cavité séreuse des méninges cérébrales et spinales.
Nous n'y reviendrons pas davantage.
Il va sans dire que dans certains cas, la cavité péritonéale peut être trouvée remplie de sang; quand par exemple, il y a une rupture de la capsule de Glisson, et que l'hémorrhagie s'est faite librement en dehors du foie ; Régy parle dans l'une de ses observations, d une extravasation sanguine dans le cul-de-sac rétro-utérin. Comme il y a eu précisément rupture de la capsule du foie, rien d'étonnant à ce que l'on ait trouvé du sang dans les parties déclives de la cavité abdominale.
B. Cœur et Vaisseaux.
11 est inutile de reprendre ici les lésions vasculaires, qui
ont été faites avec chacun des organes en particulier. Il nous faut pourtant faire remarquer que le sang qu'ils contiennent, a été étudié par différents auteurs. On a même trouvé dans sa composition, de quoi édifier plusieurs théories pathogéniques.
Le sang qu'on retire des veines est d'après Brann, à un degré variable de coagulation ; il a une couleur violacée,quelquefois une odeur ammoniacale, qui rappelle celle de l'urine putréfiée, et il contient du carbonate d'ammoniaque, souvent en quantité telle qu'il fait effervescence, par addition d'acide nitrique. On y trouve assez ordinairement aussi, quelques restes d'urée décomposée.
Les globules rouges y sont en quantité normale; en revanche, dans le cas d'albuminurie grave, l'albumine s'abaisse de 70 à 54 et même 42 pour 1000.
En 1886, Doléris et Butte ont découvert dans le sang un principe cristallisable, qui reproduirait la maladie.
Certains auteurs y ont trouvé un microbe particulier.Cette étude fera l'objet d'un chapitre particulier.
— Le cœur est généralement hypertrophié dans réclampsie : H. Lohlein a pratiqué 16 pesées de cet organe ; il a trouvé que son poids moyen est de 250 grammes chez la femme morte pendant ou après l'accouchement sans éclampsie, et de 287 grammes, dans les mêmes circonstances, avec éclampsie : 6 fois, chez des éclamptiques, le poids du cœur dépassait 300 grammes, chiffre considéré par cet auteur comme l'extrême limite de l'état normal. Dans presque tous les cas les valvules sont saines, ainsi que les gros vaisseaux.
Lohlein conclue que dans presque tous les cas d'éclampsie, il paraît y avoir soit insuffisance, soit interruption complète de l'excrétion urinaire, et concurremment, hypertro-
phie du cœur, portant principalement sur le ventricule gauche.
— Le cœur droit est toujours rempli par un caillot fîbrineux,dans lequel Jùrgens et V.ircliow ont découvert des vestiges emboliques. Ils y ont même trouvé des débris de cellules hépatiques, encore très reconnaissables ; le cœur recevrait donc comme les autres organes, des embolies partant du foie, embolies déterminées par la mortification du tissu de cet organe.
Il est vrai que Schmorl (1) croit que ces débris organiques viennent du placenta.
Pour notre part, nous avons étudié à deux reprises les caillots du cœur droit : Nous n'y avons rien retrouvé de semblable.
G. — Poumons
Presque toujours, on trouve les bases des deux poumons congestionnées et couleur lie de vin ; très souvent également un degré plus ou moins considérable d'emphysème ; ces lésions sont faciles à prévoir, quand on a été le spectateur d'une attaque éclamp tique.
On remarque aussi parfois des noyaux apoplectiques. On y a même constaté de l'œdème.
On peut voir également sous la plèvre, des ecchymoses quelquefois très nombreuses. Nous n'avons jamais rencontré d'hémorrhagie sous-pleurale abondante.
Molas signale également des hémoptysies.
Toutes ces lésions paraissent être d'origine purement mécanique, — sauf les embolies que Jurgens et Wirchow ont vues, comme dans les autres organes.
(î) Schmorl, de Leipzig. 4e congrès tenu à Rome. Mai 1891.
D. — Pancréas M. Schmorl (1) y a découvert des foyers nécrotiques, analogues à ceux du foie, et de l'anémie très prononcée.
E. — Muscles
On remarque souvent dans l'épaisseur des muscles, du tronc et des membres supérieurs, plus particulièrement, des déchirures du tissu qui se sont accompagnées d'hémorrhagies pouvant être considérables.
Nous en rapportons un exemple remarquable (Obs. XIV, p.l30),l'hémorrhagie siégeait dans l'épaisseur du grand pectoral gauche. L'incision nécessaire pour ouvrir la poitrine, provoqua l'ouverture d'une véritable poche sanguine.
En général les muscles, surtout ceux des membres et le psoas iliaque, sont le siège d'une infiltration granuleuse très remarquable .
F. — Peau
Les cadavres des éclamptiques présentent presque toujours, sur la peau, des ecchymoses et des pétéchies, quelquefois très abondantes.
Nous avons parlé plus haut d'une lésion assez commune constituée par des phlyctènes étendues, qui, en évoluant, font place à une eschare qui s'élimine très lentement. L'apparition de ces bulles paraît être d'un pronostic fâcheux. Mais leur pathogénie est difficile à préciser. Est-ce une lésion des nerfs terminaux ? Y a t-il là embolies de certains territoires cutanés, ou la lésion ressemble-t-elle au purpura
(1) Schmorl. — Loc. cit.
avec sphacèle de la peau, qu'a décrit Cornil ? Il nous est impossible de répondre.
G. — Système osseux
Nous avons déjà décrit une lésion osseuse, signalée par H. Lohlein, dans un certain nombre d'observations : ce sont des osléophytes de la boîte crânienne, qu'il a rencontrés neuf fois sur dix-neuf examens.
Certains auteurs notent les rétrécissements du bassin comme coïncidant très fréquemment avec l'éclampsie.
H. Organes des Sens
Nous ne nous occupons pas de la rétinite albuminurique, qui appartient à la maladie de Bright et qui ne rentre par conséquent pas dans notre sujet.
L'amaurose peut exister en dehors de toute lésion oculaire, mais le globe de l'œil peut présenter un accroissement de sécrétion de l'humeur aqueuse. (Braun.)
Turck (1) a parfois constaté un certain degré d'exsudation sur la ré line.
Cucuel (2), Abeille (3), Crocq (4), Collard (5), Marchai (6), ont également constaté une augmentation de l'humeur aqueuse.
Sur la pitititaire, on peut constater des ecchymoses et de de petites ruptures vasculaires qui ont donné lieu à des épistaxis. (Molas.)
(1) Turck. — Zeilschrift d. qerr. ci. Wiener Aerzte. 1850.
(2) Cumel. — Union médicale. Janvier 1850.
(3) Steille. — Revue Clinique. Avril 1850.
(4) Crocq. — Revue Médicale de Bruxelles. 1850.
(5) Collard. - Union médicale. N° 41. 1850. (G) Marcual. — Gaz. des hôpitaux. Déc. 1851.