BACTÉRIOLOGIE
Nous voulons dans ce chapitre passer rapidement en revue les travaux peu nombreux qui ont eu pour but de faire de l'éclampsie puerpérale, une infection microbienne.
En 1884, au Congrès de Blois, Delore et Rodet (1) publient un travail intéressant, s' appuyant seulement sur les faits cliniques, pour démontrer cette origine, mais leurs recherches n'arrivent à aucun résultat sérieux.
Le 18 juillet 1885, Doléris et Poney (2) communiquent à la Société de Biologie un travail sur l'urine des femmes enceintes en général, et celle des éclamptiques. Voici les conclusions de ce travail :
Des micro-organismes peuvent se rencontrer fortuitement dans la vessie des femmes enceintes, indépendamment de l'albuminurie, et sans que rien autorise à les juger de provenance rénale. Il faut donc tenir compte de cette cause d'erreur, dans les recherches de ce genre.
On rencontre l'albuminurie dans 1/20 environ, des femmes enceintes. Dans l'urine de ces femmes franchement albuminuriques, les auteurs ont trouvé constamment des organismes, avec prédominance de streptocoques. Le sang des femmes enceintes albuminuriques, renferme souvent, sinon toujours des organismes révélés par la culture. L'urine
(1) Delore et Rodet. — Association pour l'avancement des sciences. Congrès de Blois, 1884. Etiologie Bactérienne de l'éclampsie. (<>) Doleris et Poney^ — Société de Biologie. Juillet 1885 et février 1886.
et le sang de certaines éclamptiques albuminuriques, contiennent des microbes. On peut observer la marche croissante et décroissante de la néphrite microbienne, et de l'infection sanguine, parallèlement aux accidents convulsifs.
Mais l'année suivante, Doléris renonça aux idées microbiennes qu'il avait sur l'éclampsie, et en 4886, parut un travail de Doléris et Butte (1) qui s'attachaient à trouver la cause de cette maladie dans la présence, dans le sang, d'une substance cristalline toxique provenant du foie.
C'est cette même année (1886) que Jùrgens (2), découvrit dans le foie et le poumon des femmes éclamptiques des bacilles courts, légèrement recourbés :
« Dans deux cas, observés récemment, dit-il, j'ai trouvé « dans le foie une production microbienne; elle consiste « en partie, en bâtonnets courts el légèrement recourbés ; « on en trouve non seulement dans le foie, mais encore dans « le poumon.
« Ont-ils une importance pathogénique? Les recherches « ultérieures nous l'apprendront. J'ajoute expressément, « que dans tous les cas de foyers hémorrhagiques observés à « la suite de l'éclampsie, aussi bien dans le poumon que « dans les fibres cardiaques, les muscles périphériques et la « rate, les embolies graisseuses sont constantes; mais ne « renferment pas toujours de bactéries. »
En 1887, M. Emile Blanc, reprend les expériences de Doléris, et trouve dans le sang, des micrococci sous leurs différentes formes : monocoques, diplocoques, et surtout streptocoques abondants. Dans tous les cas d'éclampsie albu-
(1) Doléris et Butte. - Société de Biologie. 188G. Découverte d'une substance cristalline toxique dans le sang des éclamptiques
(2) Jurgens. — Berlin Klin Wochcns. 1880.
minurique, l'urine renferme toujours aussi, des organismes que l'on peut cultiver. Ces bactéries paraissent dans l'urine suivant la loi de Wyssokovitch, bien étudiée par Berlioz (1), en 1887. Les reins non altérés n'éliminent jamais de microbes; ceux-ci ne passent dans l'urine qu'à la faveur d'une glomérulo-néphrite, et ils traversent avec l'albumine les glomérules altérés.
M. Emile Blanc (2) rechercha les microbes dans les urines, qui eu égard à la quantité énorme d'albumine qu'elles contiennent en général, semblaient devoir jouer le rôle d'émonctoires pour les organismes contenus dans les tissus et le sang.
Quelques gouttes de ces urines furent ensemencées dans des tubes de gélatine : dès le lendemain, ces bouillons renfermaient des colonies très nettes d'un blanc bleuâtre; on y trouve un bacille fin, très mobile, ayant à son centre un point plus foncé, ressemblant à un noyau. Ces cultures furent inoculées à plusieurs lapines, à un chien et à une chienne. La première lapine mourut bientôt dans des convulsions intenses. Les autres animaux eurent également des convulsions, mais ne moururent pas ; ils devinrent très rapidement albuminuriques; l'une des lapines eut de nombreux leucocytes et des cylindres dans l'urine, avec anurie consécutive. On trouva dans l'une des lapines qui fut sacrifiée, une néphrite légère, et les mêmes micro-organismes dans l'urine que ceux qui avaient été injectés dans le sang.
Ces études furent continuées et un nouveau mémoire qui parut dans le Lyon Médical en septembre 1890, arrive à des conclusions de plus en plus concluantes.
(1) Berlioz. — Th. Paris, 1887. Passage des bactéries dans Varine.
(2) E. Blanc. — Archives de Biologie. Mai et avril 1889. Académie des sciences. 25 mars 1889. Lyon médical. Sept. 1890.
Il est à regretter que I étude anatomique des organes de ces animaux n'ait pas été faite; car il faudrait arriver à reconstituer en particulier la lésion du foie, qui présente tant d'intérêt.
Un médecin de Chicago, Bayard Holmes (1), penserait plutôt que dans les circonstances normales d'une grossesse, des bactéries saprophytes se multiplient dans le tissu non résistant, mais toujours vivant du rein ; elles produiraient, par leur développement, des substances chimiques, qui détermineraient une nécrose de coagulation et toutes les apparences d'une néphrite.
C'est là, seulement, une théorie, basée sur rien de sérieux.
Nous ajouterons seulement que nous avons eu plusieurs fois l'occasion de voir le microbe, dont parle Jùrgens, dans les foyers hémorrhagiques du foie : il est malheureusement très difficile à expérimenter.
Il y a quelques jours, à la Société Anatomique, M. Audain, interne de M. Maygrier, et M. Papillon (2) ont publié une observation analogue aux nôtres; ils ont également constaté dans le foie l'existence du même bacille.
(1) Bâtard Holmes. — Chicago gyn. Soc. 13 mai 1889. Rapport des bactéries axec l'éclampsie puerpérale.
(2) Papillon et Audain. — Bull. Soc. anatomique. Séance du vendredi 19 juin 1891.