LETTRE
travers la peau; il ÿ eut, enfin, une hémorrhagie immédiate d'environ un verre. Depuis, la cicatrisation a été pénible, et la plaie s’est réduite de moitié, ayant la grandeur d’une pièce de 2 fr. Le médecin appelé, docteur H. Moreau, constata, quelques jours plus tard, une tumeur fluctuante, grosse comme le poing, et y sentit un frémissement vibratoire, d’où il reconnut l’anévrysme faux; la compression digitale de la fémorale, continuée pendant six jours, amena une diminution et la solidification partielle.
A l'examen actuel, la plaie d'entrée persiste ; on trouve, au milieu et en dedans du mollet, une tuméfaction douloureuse, assez mal limitée, molle, pulsatile; la main et le stéthoscope font percevoir un frémissement continu, avec redoublement systolique ; le tout disparaît immédiatement par la compression de la fémorale; pas de varices; la jambe a le même volume que l’autre. Conclusion : un anévrysme artério-veineux de la tibiale postérieure à sa partie moyenne.
Le 26 mars, l'appareil d'Esmarch n'ayant pu être toléré, compression directe avec de la ouate et des bandes, maintenue pendant plus d’un mois et assez bien supportée ; le volume et les battements de la tumeur s’atténuent ‘sensiblement. |
Pour obtenir un résultat plus complet, M. Denucé se décide à lier les vaisseaux directement. Aussi, le 7 mai, le malade étant endormi et la bande d'Esmarch appliquée, il débride au-dessus du sac et lie au catout les vaisseaux tibiaux postérieurs pris en masse, sectionnant entre deux ligatures : pendant l'opération, on a eu une hémorrhagie veineuse assez notable, qw'on à maîtrisée avec des pinces et plusieurs fils. La même opération est exécutée au niveau de la malléoie interne ; mais cette plaie est suturée avec un drain, tandis que la plaie supérieure est bourrée d'amadou et de charpie phéniqués. Le tout a duré deux heures. Les vibrations ont disparu dans la tumeur ; la journée est sans fièvre, mais la nuit est agitée. Le lendemain, légère hémorà rhagie ; tentative de réunion par des bandelettes collodionnées ; pansement phéniqué ; toniques. Le 10 mai, abcès dans la plaie opératoire, qu’on rouvre ; contre-ponction ; lavages phéniqués. La suppuration diminue les jours suivants.
Le 13 mai, le doigt perçoit un frémissement marqué; le 17 mai, Poreille entend un bruit de souffle : la tuméfaction se reproduit; puis le thrill et le susurrus deviennent plus manifestes.
Le 15 juin, on applique le tourniquet de J.-L. Petit sur la fémorale ; mais la compression est abandonnée dans l’après-midi comme trop douloureuse et déterminant une angioleucite; d’ailleurs, la tumeur augmente au lieu de s'affaisser, et la douleur s’irradie dans tout le membre inférieur, surtout dans le genou, qui est très tuméfié.
Lee
Le lendemain, frisson; vésicatoire, onguent et cataplasmes sur l’articulation. Le 18, du pus sort par la plaie opératoire et semble venir du creux poplité; tous ces jours, la température est aux environs de 40°. Du 20 au 27 juin, l’arthrite se calme et la fièvre tombe, mais l’état général est peu satisfaisant. Les signes de l’anévrysme artério-veineux persistent à la tumeur.
29 juin et 1 juillet, légères hémorrhagies arrêtées par la compression digitale de la fémorale et le tamponnement au perchlorure de fer. La plaie opératoire se referme.
4 juillet : le malade comprime lui-mâme sa fémorale pendant une heure, malgré une certaine douleur, et les jours suivants pendant une demi-heure. On note une amélioration générale et locale ; le souffle et le thrill sont limités.
3 août : séance .d’électro-puncture pendant vingt minutes, par le docteur Gervais Koysiewics, sans accidents. Le volume et les battements de la tumeur continuent à diminuer ; le malade se remet à marcher-un peu, et, malgré les conseils du médecin, il sort de l’hôpital le 15 août 1881,
M.'A. Boursier a revu le malade cette année; il est devenu conducteur de tramways, et il peut se considérer comme guéri, car il n’y a plus de tumeur; seulement les battements sont un peu plus forts audessus de l’ancien anévrysme. «