‹ Lésions des Artères de la JambeChapitre 24 sur 54 · OBSERVATION CIV · texte numérisé non relu

OBSERVATION CIV

(Plaie de l'artère et d’une veine tibiales postérieures; ligature double des deux vaisseaux et section. Guérison.)

Un cultivateur de Blanquefort, âgé de cinquante-trois ans, reçoit un coup de serpe vers la partie moyenne et interne de la jambe droite. Hémorrhagie abondante, que M. le D' Poumeau-Delille arrête à l’aide d’un bandage très serré. Après quoi le malade est envoyé à l’hôpital Saint-André, et arrive au moment de la visite; il est mis dans une chambre payante. M. Demons, à qui la lettre du médecin ne laisse aucun doute $ur une blessure artérielle, applique la bande d’Esmarch, enlève le bandage et aperçoit la plaie qui n’a pas plus d’un centimètre de longueur. Il l’agrandit en haut et en bas, et, en se guidant sur le caillot qui la remplit profondément, arrive sur le paquet vasculaire ; il déterge, et constate que l'artère tibiale postérieure et la veine collatérale interne présentent une petite ouverture arrondie; il jette sur chacune d'elles, au-dessus et au-dessous, une ligature au catgut, et les sectionne. Deux points de suture, drain profond, pansement de Lister. Les suites de l’opération sont très simples, et le blessé guérit rapidement.

Ainsi, d’après ce fait, il faut opérer de bonne heure, pour mieux constater la lésion et agir avec plus de sécurité; on peut et on doit, en pareil cas, lier la veine : avec le pansement de Lister, cela n’a pas trop de danger; enfin, il convient d'achever la section, quand elle n’est pas complète, entre les deux ligatures.

OBSERVATION CV. — DEMONSs.

(Plaie de la jambe dans l’espace interossenx ; hémorrhagies artérielles ; ligature directe du bout supérieur de la tibiale antérieure, puis du bout inférieur; nouvelles récidives : gangrène de la plaie; amputation de jambe. Guérison.)

Un cultivateur de cinquante-six ans, demeurant à Braud (Gironde), reçoit, le 26 juin 1880, un coup de faulx qui, de dehors en dedans, traverse la jambe à la partie moyenne, entre le tibia et le péroné. Une abondante hémorrhagie immédiate est difficilement arrêtée, à l’aide du tamponnement, par M. Bouché de Vitray, médecin à Saint-Ciers-La-Lande. M. Sebilleau, de Blaye, appelé le lendemain, enlève le pansement et lie le bout supérieur de la tibiale antérieure, qui donnait du sang. Les jours suivants, de nouvelles hémorrhagies sont également arrêtées par une forte compression. Huit jours plus tard,

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M. Demons, mandé près du blessé, le trouve très fatigué et en proie à une fièvre violente. Il débarrasse la plaie des caillots qui l’obstruent, et lie le bout inférieur de la même artère. La tibiale postérieure ne paraît pas atteinte, car ses battements sont conservés derrière la malléole. Quatre jours après, réapparition du sang. M. Demons, après avoir enlevé les pièces du pansement imbibées de sang et de pus, voit sourdre du fond de la plaie une hémorrhagie en nappe, sans qu’il lui soit possible d’apercevoir un vaisseau susceptible d’être lié. De plus, les bords de la plaie sont noirâtres et sécrètent un liquide séro-purulent d’une odeur infecte. La jambe est très fortement œdématiée et un peu froide. Le malade est très affaibli, ne mange point et ne dort plus. En présence de ces symptômes alarmants, M. Demons, rejetant la ligature de la fémorale, se résout à pratiquer l’amputation de la jambe, comme seul moyen de salut. Cette opération est faite au lieu d'élection, avec l’aide du médecin, du curé et du maire; la bande d’Esmarch supplée heureusement au petit nombre d’aides expérimentés, et permet d'éviter une perte de sang qui eût pu être fort dangereuse. Il y eut un sphacèle partiel des lambeaux, mais la guérison ne s’en effectua pas moins, et, aujourd’hui, le blessé marche très bien avec un appareil prothétique.

Il est bon de faire remarquer que, dans cette observation, comme dans les deux autres qui précèdent, l’appareil d’Esmarch a été d’un très grand secours. La ligature, selon le précepte de Guthrie, n’a pas réussi en cette occasion, mais aussi cette ligature directe des deux bouts artériels aurait été. bien plus facile et plus efficace de prime abord, puisque plus tard on n’a pu les saisir que l’un après l’autre, à mesure qu'ils donnaient du sang, et encore l’hémorrhagie a-t-elle reparu, probablement par des artérioles sectionnées. Puis, à la dernière hémorrhagie, il ne fallait plus songer à la ligature de la fémorale selon la méthode de Dupuytren, en présence du mauvais état de la plaie et du blessé; l’amputation était donc devenue nécessaire.

$ 2. — Faits terminés par la mort ou la perte du membre.

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