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CHAPITRE VI

Lésions artérielles compliquant les fractures de jambe.

Les fractures de jambe s’accompagnent assez souvent de lésions ‘vasculaires; tous les auteurs les ont mentionnées. G. Laurent, dans sa Thèse de 1874, Anévrysmes compliquant les fractures, et G. Nepveu, en 1875, dans son Mémoire sur les Lésions vasculaires dans les fractures de jambe, ont surtout traité ce sujet d’une façon magistrale.

Or, la lésion des vaisseaux peut revêtir divers caractères : ou bien la fracture est simple, sans plaie, et l’accident est un épanchement plus ou moins limité; ou bien il y a plaie, et la nature et la quantité de l’épanchement ou de l’hémorrhagie varient avec la nature du vaisseau ouvert : artère, veine, capillaires, et avec l’époque de l’apparition, primitive ou secondaire.

J'ai cru devoir circonserire mon sujet aux hémorrhagies et aux anévrysmes survenus primitivement ou secondairement, mais indiqués comme ayant une origine nettement artérielle. J'aurais pu sans peine recueillir et résumer des milliers d'observations, si j'avais voulu comprendre toutes les fractures compliquées par une infiltration sanguine notable. Pour n’en mettre qu’un exemple, M. Poinsot, dans son admirable Thèse où tous les faits inédits ont été pris à l'hôpital Saint-André, sur quatre-vingts fractures graves de la jambe, n’en note pas moins de vingt-cinq avec un épanchement sanguin digne d’attention. Et, pour préciser encore, je me garderai de reproduire les faits

. (et ils sont nombreux) où le délabremeñt a été si grand, que l’ouverture des vaisseaux n’a été qu’un phénomène de second ordre. Pour la chirurgie de guerre, par exemple, dans toutes les observations esquissées on à tenté la conservation, ce qui exclut l’idée d’un traumatisme trop considérable.

Fidèle à la marche que j'ai suivie jusqu'ici, je donnerai d’abord les

observations (il n'y en a pas moins de 152). Je reviendrai ensuite aux complications et au traitement.

Je les diviserai en quatre articles : les fractures simples; les fractures compliquées de plaie; les fractures par armes à feu; les blessures observées dans les guerres d'Allemagne et de Sécession.

ARTICLE |. — KFractures simples.

OBSERVATION CXL. — Azam. (Bull. Soc. méd. de Bordeaux, 1869, D, 910: reprod. en Th. Laurent, P., 1874. Anév. et fractures.)

Schmutz, quarante-deux ans, facteur, entré à l’hôpital Saint-André, le 10 juillet 1869. La veille, dans une rixe, il avait reçu un coup de pied qui avait fracturé le tibia à la cheville et le péroné au tiers inférieur. On met un appareil de Scultet; une toute petite plaie cutanée à la malléole externe se referme sans rien de particulier. Le 18, quand on refait l’appareil, on constate deux tumeurs : l’une au-dessus de la malléole interne, molle, fluctuante ; l’autre au niveau de la fracture péronéale, présentant de plus des battements et du souffle, grosse comme une demi-orange, et qui ne peut être qu’un anévrysme de la tibiale antérieure dû à la déchirure de l’artère par un des fragments du péroné. On essaye d’abord, bien qu’en hésitant, la compression digitale de la fémorale au pubis, que le malade, intelligent, se fait à luimême, huit à douze heures par jour, du 2 au 13 août. Le 14, il ressent dans le pied et la tumeur une douleur très forte. M. Dudon, chef interne, enlève l'appareil et reconnait que l’anévrysme a beaucoup diminué, et que les battements et le souffle sont presque insensibles ; nul doute que la douleur éprouvée n'ait coïncidé avec le moment où l'artère a été oblitérée par un caillot. Pendant les six jours suivants, le malade ne se comprime plus que trois à quatre heures par jour. Le volume de la tumeur et les autres caractères de l’anévrysme continuent à diminuer ; de sorte que, le 25 septembre, la guérison en est définitive et complète, et ne s’est pas démentie ; la consolidation de la fracture demande quelques jours encore. Cinq ans après, Schmutz avait repris son métier de facteur, sans souffrir nullement de sa jambe.

OBSERVATION CXLI. — BizLroTu. (Pathol. chir. gén., p. 151.)

Fracture de jambe simple chez un homme ; tuméfaction immédiate, pulsations très sensibles en avant, bruissement au stéthoscope. Appareil; la

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