OBSERVATION. XVI (VAN DEN WILDENBERG
Intellectuel de 48 ans, sujet à des coryzas. Souffrant depuis 5 mois de douleurs péri-orbitaires, surtout frontales droites, il avait été frappé brusquement d’une perte considérable de la vue : la vision distincte était quelquefois abolie, le malade ne savait pas lire, mais bien se diriger. Au moment où nous le voyons, il avait déjà été soigné, on lui avait parlé de l'éventualité d’une intervention, mais le malade avait traîné les choses en longueur. Les examens répétés d’un ophtalmologiste de grand renom, d’un neurologiste très entendu, les belles radiographies à plusieurs mois d’intervalle de deux radiologistes et nos examens ne parvenaient pas à déceler la cause de la névrite rétro-bulbaire. Les ophtalmascopies avaient montré un scotome central et une réduction progressive de la vue qui était tombée au quart de la vision normale. Le malade était fort démoralisé, A l’examen rhinologique, on constate une déviation de la cloison vers la droite ; cette déviation est totale, mais particulièrement intense dans la région élevée. La partie inférieure était plus libre par une résection de crête pratiquée antérieurement. La cloison cartilagineuse était remarquablement épaissie et ossifiée. L’odorat était conservé et la rhinoscopie postérieure normale. Après rétraction des muqueuses à l’adrénaline cocaïne nous avons trouvé la place nécessaire pour pratiquer la ponction et le lavage du sinus sphénoïdal, La ponction était négative, de même la diaphanoscopie et les radios. Nous nous étions mis d’accord pour simplement désobstruer la fosse nasale. La cloison est réséquée jusque contre la paroi antérieure sphénoïdale, dont la fibro-muqueuse était déjà décollée sur une petite étendue, on effondre la paroi dénudée : la muqueuse sphénoïdale apparaît épaisse, bleuâtre, d'apparence hystique. Aucune trace de sécrétions. Le malade n’a pas eu la moindre réaction et était en état de quitter la clinique au cinquième jour, La vision s’est améliorée progressivement pendant deux mois, puis est restée stationnaire, O.D.V. est passée de 1/4 à 1/2, l’état général s’est relevé, les céphalées ont disparu,
OBSERVATION XVII (De STELLA.)
Femme de 27 ans. Baisse de la vision à gauche. Déficit notable dans le champ rétinien nasal, Lacunes considérables dans le champ visuel, scotomes étendus. Exophtalmie gauche.
Pas de lésion du sinus sphénoïdal. A la radiographie, grande cellule ethmoïdale accolée à l’orbite.
Par moments, la malade accusait la présence d’une peite quantité de pus dans sa gorge et par intermittence on trouvait un peu de pus dans la choane.
L'opération a ouvert une grosse cellule ethmoïdale, remplie de pus. La progression des lésions a été arrêtée.
OBSERVATION XVIII (SARGNON et (GRANDCLÉMENT. Intervention : SARGNON.)
M. M.., plâtrier, 37 ans, névrite optique rétro-bulbaire gauche. V.0.G, = 9/10. Coryza depuis 6 mois. Papille gauche congestionnée. Radiographie négative. Opération le 31 mai 1923 : ablation de la partie postérieure du cornet moyen gauche. Hémorragie abondante, tamponnement pendant 24 heures. Amélioration immédiate après l’opération constatée par le malade lui-même. L'amélioration se maintient actuellement. La vision de l’œil gauche est presque égale à celle de l’œil droit.
OBSERVATION XIX (VELTER et LIÉBAULT.)
M” P.., âgée de 27 ans, vient consulter le 22 décembre 1922 pour un trouble visuel de l’œil droit survenu douze jours auparavant.
Début par des douleurs profondes contuses, dans l'orbite droit ; douleurs exagérées par la pression sur l’œil et par les
nouvements du globe. Aucune rougeur de l'œil, pas de gonflement des paupières. Quelques jours après, la vue baïsse rapidement à droite : les douleurs s’atténuent, maïs la vision diminue progressivement.
Le 22 décembre, l’examen ophtalmologique montre l'œil gauche entièrement normal. Aucune lésion du fond de l'œil. V =1. L'œil droit ne présente aucune modification extérieurement visible ; la musculature de l’œil et des paupières est normale,
L'œil gauche étant caché, la pupille de l’œil droit est en mydriase large ; abolition complète du réflexe direct à la lumière et conservation du réflexe consensuel. Pas de troubles des milieux. (
Fond d'œil : très légère hyperhémie papillaire ; pas de lésions chorio-rétiniennes, Acuité visuelle inférieure à 1 p. 100. Dyschromatopsie totale. Champ visuel : rétrécissement périphérique léger, et très large scotome central absolu atteignant de 25 à 30°. Le diagnostic de névrite rétro-bulbaire est posé ; un examen général aussitôt pratiqué donne des résultats négatifs. La malade qui allaite un enfant de 4 mois et demi, a eu un accouchement normal, sans complication ni hémorragie, ni infection. L’état général est excellent, aucune maladie infectieuse récente ou ancienne ; pas de syphilis, pas d’intoxication.
L'examen rhinologique est pratiqué le 22 décembre, La malade ne présente aucun passé nasal ni d'affection dentaire. À première vue, la fosse nasale droite apparaît normale ; pas de dégénérescence polypoïde de la muqueuse des cornets, ni de l’ethmoiïde, pas de déviation dans la cloison, pas de sécrétion purulente, La diaphanoscopie des sinus est normale, la rhinoscopie postérieure ne donne aucun renseignement, Un examen plus approfondi permet toutefois, surtout par comparaison avec ile ôté opposé, de constater que le cornet moyen droit est plus volumineux que le gauche, qu’il se rapproche davantage de la cloison, que la muqueuse est plus brillante et que surtout il existe dans la rainure olfactive entre le cornet moyen et la cloison une légère sécrétion aqueuse incolore, Cet aspect spécial de la région du cornet moyen décide l'intervention.
Le 24 décembre, on fait l’opération : anesthésie locale à la cocaïne à 1 p. 10 sans adrénaline par badigeonnage, à laide de tampons de coton : tout le cornet moyen, tout l’ethmoïde postérieur, et toute la région profonde de l’orifice sphénoïdal sont ainsi anesthésiés.
La partie postérieure du cornet moyen est alors enlevée à la pince de Luc ; après assèchement de la petite hémorragie produite, on aperçoit l’orifice du sinus sphénoïdal net, sans fongosités, et on voit à l’intérieur de la cavité une petite masse blanchâtre.
Une pince introduite dans le sinus saisit doucement cette masse et ramène un polype du volume d’un petit pois attaché à la muqueuse par un court pédicule. Quelques coups de curette complètent le nettoyage de la muqueuse qui est légèrement tomenteuse; un écouvillonnage au chlorure de zinc à 1/10 achève d’enlever les débris et le sinus apparaît très propre, Comme complément, les cellules ethmoïdales postérieures sont ouvertes, curettées et écouvillonnées au chlorure de zinc. On n’y trouve rien d’anormal.
En aucun point n’est apparue la moindre sécrétion purulente. Pas de pansement dans la fosse nasale, Suites opératoires simples, Reprise de la vie normale au cinquièm: jour.
Au dernier examen (6 février) : V.O.G. = 8/10. Plus d’hypérémie papillaire, papille pâlie dans son segnient temprral. La vision des couleurs a réapparu, sauf au centre où persiste un scotome relatif de 10°, environ.