HISTORIQUE
Comme l’indiquent la plupart des travaux écrits jusqu’à présent sur le sujet qui nous occupe, les premières observations semblant avoir trait à des amputations congénitales sont dues à Ambroise Paré, et nous en rapporterons une pour nous conformer à la tradition autant que pour la valeur anecdotique qu’elle présente.
Ambroise PARÉ, Œuvres (Editions Malgaigne) :
On a veu, depuis quelque temps, en ça, à Paris, un homme sans bras, aagé de quarante ans ou environ, lequel faisoit presque toutes les actions qu’un autre pouvoit faire de ses mains, à sçavoir avec son moignon et la teste lançoit une coignée contre une pièce de bois aussi ferme qu’un autre homme eust sceu faire avec ses bras, faisoit plusieurs autres actions, et avec ses pieds mangeoiït, beuvoit et jouoit aux
cartes, ce qui est démontré par ce portrait.
La médecine du xvir siècle ne s’est pas beaucoup souciée, à notre connaissance, des mutilations congénitales des membres. L'intérêt de ces lésions n’apparaissait d’ailleurs pas, étant donné les explications simplistes auxquelles on avait alors recours.
Vers la fin du xvur siècle, Haller nie purement et simplement la possibilité d’amputation au cours de a
SIRET
vie intra-utérine. Il considère comme des malformations toutes les mutilations présentées par le nouveauné, puisque, dit-il, on ne retrouve jamais la partie amputée.
En 1812, Chaussier fit faire à la question un grand pas en avant, en présentant une observation d’amputation congénitale du bras chez un fœtus de huit mois, cas particulièrement intéressant, car c’est le premier où il soit véritablement question d’amputation, l’auteur ayant retrouvé la partie amputée dans les membranes de l’œuf. Le moignon était d’ailleurs parfaitement cicatrisé, et la mutilation unique.
Ce fut là le point de départ d’une série de recherches qui aboutirent à la publication de faits cliniques nombreux et à l’apparition de multiples théories pathogéniques ou même étiologiques.
Nous citerons, pour rester fidèle à la ligne classique, la publication d’un cas observé par Watkinson, en 1825, cas semblable au précédent, avec cette même particularité que le pied amputé fut également retrouvé.
Cependant, la publication de cette observation déchaîne une assez vive controverse, et parmi les contradicteurs il faut noter la présence d’un des esprits les plus qualifiés de l’époque : Geoffroy Saint-Hilaire.
« L'histoire générale et particulière des anomalies de l’organisation chez l’homme et les animaux » parut en 1832, et l’auteur, catégoriquement, classait dans les monstres ectroméliens tous les sujets porteurs de mutilations des membres observées à la naissance.
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La même année, l’auteur anglais Montgomery publiait un cas fondamental (Obs. n° 26) accompagné de commentaires sur la pathogénie des mutilations, explication dont la fortune fut considérable, puisqu'elle devint classique pendant près d’un siècle, et que, pour un grand nombre d’auteurs modernes, elle est encore un véritable article de loi.
Dès lors, les publications se multiplient, Deux ans plus tard, Zagorski présente à l’Académie impériale de Saint-Pétersbourg une observation très intéressante.
En 1837, Fitsch relate le cas d’un membre amputé expulsé quinze jours avant la naissance de l’enfant.
Puis, Crede présente un fœtus de quatre mois porteur de plusieurs malformations.
De l’un des doigts partait un filament mince, long de 13 centimètres, flottant librement dans le liquide amniotique.
En 1839, Buchanan publie une observation typique de lésions mutilantes.
Moreau, en 1847, présente à la Société Anatomique de Paris un cas « d’amputation congénitale par brides inter-amniotiques ».
En 1851, Broca rapporte un fait analogue à celui de Moreau. Follin déclare avoir vu, dans un cas d’amputations congénitales, une bande fibreuse s’enrouler autour d’un membre.
En 1852, Broca publie l’observation de James Lesgdewood : le bras gauche est remplacé par un moignon qui se termine en pointe au-dessus du coude; du côté droit, le membre s’arrête seulement un peu au-dessous du coude, dont l'articulation a conservé une certaine
AU Fran
mobilité. La cuisse gauche aboutit aussi à un moignon dans lequel on retrouve les traces de l’articulation de genou. Le membre inférieur droit ne présente que quatre orteils.
En 1852 également, Roger présente à la Société Médicale des Hôpitaux un fœtus de 22 centimètres portant une bride qui, partant du placenta, et après s’être enroulée autour d’un pied, se terminait au niveau de la main opposée.
En 1853, à Toulouse : communication de Ripoll et longue dissertation de cet auteur tendant à prouver que la majorité des faits décrits sous le nom d’amputation congénitale sont en réalité des arrêts de développement.
En 1856, Hillairet présente à la Société de Biologie un cas de section incomplète du cou par le cordon ombilical. Montgomery relate une nouvelle observation.
En 1858, Edouard Martin, d’'Iéna, donne une nouvelle explication pathogénique des amputations congénitales, et Béraud, trois ans plus tard, observe une section complète des deux jambes par une bride qui partait des membranes de l’œuf. L’année suivante, paraissent les intéressants travaux de Braun à Vienne.
En 1864, Marjolin publie à la Société de Chirurgie observation d’un enfant, offrant un cas d’amputation spontanée de la jambe gauche, à l’union du tiers supérieur avec le tiers inférieur.
En 1869, Wenzel Gruber décrit les mains d’un fæœtus porteur de plusieurs anomalies : absence de phalanges à plusieurs doigts, sillons profonds sur le mé-