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plus encore que la revendication de* Tinterprétatio privée, mais une promesse, à brève échéance, d l'inspiration personnelle. Les Écritures étaient ] terrain de prédilection de Priscillien qui allait rép( tant sans cesse la parole de saint Jean : Scrutamù Scripturas. « Étudiez les Écritures », et celle c saint Pierre : Omnis prophetia interpretatione ind gel, « Toute prophétie requiert une interprétation * Évidemment, a-t-on dit avec beaucoup de finesse on ne tient pas si fort à établir les droits de l'intei prétation personnelle quand on n'a pas à défendi quelque doctrine particulière, et ce ne serait pas \ peine d'y faire appel si elle ne devait rien noi apprendre en dehors de ce qui est universellemei ^accepté.
Priscillien venait trop tard et trop tôt. Au iv® si( cle, la thèse de l'inspiration personnelle se heurta à une doctrine orthodoxe trop fortement établie si le magistère de l'Église en matière d'interprétatîc biblique pour qu'un novateur pût recueillir auti chose qu'un échec. Il faudra attendre Jean Wyclif pour voir une si grande nouveauté obtenir une attei tion et une bienveillance qui font présager le succèi Priscillien se rendit un compte exact de la situatio et pour compenser ce que sa revendication pouva avoir de dangereux et même à'impopulairey il s'avis d'employer un argument qui, sur ses contemporain! devait avoir plus d'efficacité. Il y avait dès lors un interprétation orthodoxe des Écritures canonique dont personne n'osait plus guère s'écarter; mais bien que l'accord fût déjà à peu près fait égalemer
\. Apolog.l.
2. A. PuEcu, dans le Journal des Savants, 1894, dont nous alloi suivre l'expose remarquable.
logues. Donc le canon est incomplet. Avec quel livres Priscillîen proposait-il de le compléter? C'es ce qu'il ne nous révèle pas formellement dans celle de ses œuvres que nous possédons mainlenan Nous y voyons seulement que, tandis qu'il ne vei pas entendre parler d'un cinquième évangile, il pren la défense du quatrième livre d'Esdras et de la letti apocryphe de saint Paul à ceux de Laodicée. Ma il ne devait guère se borner là. Ses disciples, aprè lui, acceptèrent avidement la plupart de ces légende suspectes que les gnostiques avaient rattachées à ] personne de tel ou tel apôtre; et Orose nous cil comme ayant été employé par Priscillien lui-mêm< un livre de ce genre, sous le titre de Mémoires di apôtres. Comment Priscillien prétendait-il établ l'authenticité et l'autorité de ces divers écrits? Nou ne le savons pas non plus; mais, dans cette second partie de sa tâche, iï devait être certainement beav coup plus embarrassé que dans la première. Noi apercevons parfaitement d'ailleurs, dans le trai1 qu'il a consacré à cette question, qu'il se renda compte de la difficulté. Il savait bien que la plupai des livres apocryphes qui couraient de son temp étaient, à bon droit, suspects aux catholiques, commence donc par déclarer qu'ils ont été falsifîéi interpolés par les hérétiques ; il faut savoir y discei ner l'ivraie du bon grain ; mais il ne faut pas rejeté le bon grain avec l'ivraie. Tout cela ne pouvait aucune ment être admis par l'Église, de plus en plus avid d'ordre, de clarté, de règles précises et absolue; Priscillien, qui ne l'ignorait pas, protestait don parfois de l'innocence de ses intentions ; il feigna de s'unir à ses adversaires pour maudire « la noi] veauté de l'esprit, mère des discordes, l'éruditior
164 L*ESPAGN£ CHRETIENNE.
On savait de tout temps que Priscillien avait eu la réputation d'être un maître dans la connaissance de l'Ecriture. Tel de ses ouvrages, malgré sa qualité d'hérétique, avait même paru assez utile pour rester, après corrections, dans les mains des catholiques. Un certain Pérégrinus, à une époque mal déterminée, a expurgé la collection priscillienne de Canons des Épîtres de saint Pauly c'est-à-dire une sorte Hindex des principales matières de foi traitées dans ces épîtres, rangées sous un certain nombre d'articles ou de titres; et cette collection nous est parvenue telle que Pérégrinus l'avait revisée. Mais aujourd'hui, depuis qu'il nous est donné de lire le traité sur la Foi et les Apocryphes, nous pouvons beaucoup mieux comprendre combien la réputation de Priscillien était méritée. Quelque usage différent que tous deux aient fait de leur science, laissons désormais une place à Priscillien à côté de Jérôme, parmi ceux qui, en bien petit nombre, et dans la mesure où le permettait l'esprit du iv* siècle, se sont intéressés aux questions d'érudition et de critique.
Remarquons enfin que Priscillien disposait d'un troisième procédé pour assurer à ses pensées particulières l'appui des Écritures. C'était l'explication allégorique du texte sacré, si en vogue de son temps. Il semble que pour cette raison il dût être assez difficile d'y trouver quelque chose à redire, à moins que Priscillien ne fît une gageure de dépasser toutes les bornes — et Dieu sait combien elles étaient reculées — de la fantaisie allégorique. Les adversaires ne laissent pas de le blâmer d'appliquer ce système d'interprétation à l'Ancien Testament. Aux yeux d'Orose et de saint Augustin ces explications arbitraires sont plus criminelles que le rejet pur et sim-
qu'il fut un écrivain très fécond, et de plusieurs même des traités retrouvés nous n'avons que des fragments. Orose nous est témoin qu'il avait écrit des lettres, et il nous cite un passage de l'une d'elles *. Sans doute, en écrivant ainsi à ses disciples et à ses amis, Priscillien avait pu exprimer plus librement le fond de sa pensée, et justement, dans le fragment que nous a transmis Orose apparaît très nettement le fatalisme astrologique qu'on lui reprochait. On peut donc faire ses réserves quand on le voit, dans sa première apologie, protester, en empruntant un texte de VEpître aux Romains^ contre toute accusation de dissimulation, et déclarer qu'il ne refuse pas « que sa bouche montre ce que croit son cœur ». Dans ses traités mêmes, si l'on voulait discuter avec lui, summo jure^ et comme il ne serait pas absolument interdit de le faire, essayer de lire entre les lignes, on pourrait s'exercer à retrouver quelques indices d'une doctrine ésotérique. En lisant, par exemple, tel passage de l'un des plus importants, le traité sur l'Exode, en constatant combien il tient à montrer que l'homme, par son corps tout au moins, est l'esclave de la matière, en relevant cette singulière expression que la partie divine de notre être est renfermée dans une enveloppe charnelle comme dans « une souricière 2 », — nous traduisons littéralement, — on en viendrait à se demander s'il n'avait pas réellement la plupart des idées que ses adversaires lui imputent sur la nature et la destinée de l'âme. En suivant cette voie, on se demanderait encore si, dans quelques passages, ne se trahit pas involontairement un sabellianisme plus