‹ LE̕spagne chrétienneChapitre 24 sur 35 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

COÎi VERSION DE L ESPAGNE VISIGOTHIQUE

Convorsion de Heccarêde, 587. — Il épouse Badda* — lir concile de Tolède, 589. — Saint Léandre, Rai ut Mtisona de Mérida. — Liiîva, e3<ll-HU:i; WiUfhic, 60:Mil(i; Gondemar, 610-612; Sisebul, rd'i-621; tleccarède lï, (J21. — Sninthila, 621-631 ; Sisenand, mi-63<i. — IV" coiicilede Tolède, fi33.— Saint Isidore de Séville, ChiiitUa 636-&10; Tuipi (i l(M)42 ; Chindasuiailio, 612-653: Recceswîntho, (i53-672. — Renaissance à lï'poqiie golhiqiK^ —Fin du règne de ChindîiswiEthe, Recesmnthe 653-672.

On a raconté que, sur son lit de mort, Léovîgild avait prié Tévêque de Séville, Léandre, de rendre à Reccarède le même office qu'il avait rendu quelques années auparavant à son frère llerménégild dont il avait décidé la conversion. Exilé pour cette cause ^ il faudrait admettre qu'il avait été rappelé depuis lors, si Tanecdote a laquelle nous avons fait allusion méritait quelque créance. Mais il n'en est pas ainsi puisqu'elle a poor auteur saint Grégoire I^' dont les Dialogues n'ont quune mince valeur historique. Il est douteux que Léovigild, si grand politique qu'on le suppose, se soit résolu à un semblable revirement; s'il Vexécuta, il faut convenir qull se montra supérieur à tout ce qu'on pourrait dire, puisqu'il comprit la

rô

L'ESPACRE CIIHETIENNK.

grave leçon donnée par la ré voile dUerménég'îld, Celle-ci montrait ce que la situation religieuse offrait d'irFédiictible aussi longtemps qu'on ne travaillerait pas à la pacilication par runification. Dès Fiastaiit où la monarchie visigothique n aurait plus à sa tête un homme énergique elle courait risque de périr, j Plutôt que de s' obstiner, mieux valait mettre fin au' dissentiment, La situation de Reccarède lui permettait cette démarche sans l'amoindrir d'aucune façon. Il rentrait à Tolède, victorieux. Associé au Irône de son père du temps de Léovîgild, Texemple de son frère avait dû suffire à le rendre circonspect, mais il est possible qu'il partageât dès lors les croyances d'ilerménégild puisque tous deux avaient grandi auprès de leur mère, calliolique fer\^ente et sœurj de révoque Léandre,

Celui-ci était alors un des personnages les plus " distingués d'Espagne. Gravement compromis dans la prise d'armes d'Herménégild, pour le compte duquel il se rendit à Constantinople * dans le but de traiter avec Fempereur Tibère, qui était mort etl remplacé par Maurice quand Léandre débarqua. On ignore les négociations auxquelles il se livra (583) *, 1 mais on sait que ce fut à Constantinople» entre 579 et 585, que Léandre rencontra Grégoire, alors apo- | crisiaire et depuis pape sous le nom de Grégoire I*^^ Ils s'y lièrent d'une étroite amitié fondée sur la conformité de langue et d'étatmonastique qu'ils professaient Vnn et l'autre. Écrivain de quelque mérite» titulaire du siège de Séville, neveu de Théodoric et oncle de Reccarède, Léandre issu» semble-t-il, d'une souche latine, réalisait dans sa personne la fusion des indi-

i. p. L„ i. j.xxv, col. sio.

2. Gorrc'sZeits^hrîft filr/nstorische Thçoîogie, 1873, 1. 1, p. iùli.

gènes et des barbares, et sa situation était une des plus signalées dans tout le clergé espagnol ; aussi la disparition de Jjéovigild et ravènement de Recearède le désignaient pour jouer un rôle dans les événements qui s'apprêtaient. Bien qu*il soit possible que Léovigild eût fait, de son vivant^ suspendre les mesures de persécution à Tégard des calboliques, il paraît plus probable que le retour de Léandre de son exil et celui de 1 eveque Masona de Mérida, exilé également ^ marquèrent les débuts du règne de Reccarède et servirent d'engagement quasi officiel d'inaugurer la tolérance religieuse.

Reccarède ne se bâta pas toutefois de quitter l'arianisme, mais il prit ses mesures pour rencontrer le moins possible d'opposition. Il lit condamner à mort Sisbert, le bourreau volontaire du roi tlerménégild. Environ dix mois après son avènement, Reccarède pratiqua publiquement le catholicisme. Une inscription nous donne une date certaine pour cette conversion puisqu'elle mentionne la consécration delà cathédrale de Tolède suivant le rite catholique, le dimanche 13 avril 587 :

+ 1N NOMINE DOMINl CONSÉCRA TA ECCLESIA SANCTl MARIE IN CATOLICO DIE PRIMO IDVS APRiLIS ANNO FELI CITER PRIMO REGNI DOMINI NOSTRI GLORIOSSIMI FLAVII RECCAREDl REGIS ERA DCXXV

La conversion de Reccarède provoqua plusieurs oulèvements; le roi, convaincu que les châtiments

i. Vi

'iiae patrum Bmeritcnsium.

L'ESPAGNE CIÎRÉTrENNE,

impitoyables sont le plus persuasif de lotis les arg menls, ne nnanqua de les employer et convainqu tout le monde ^ en effeti de son bon droit. Dans li premiers mois de Taûnce 587, Sunna, évèque aric de Mérida, les comtes Segga et Wittéric réunire^ un parti considérable et cherchèrent à se défaire Masona, métropolitain de Mérida ', et de Clauc gouverneur de la Lusitanie ; mais Wiltéric dénon^ ses complices *« Segga eut les mains coupées et fut exilé en Galice, Sunna fut chassé du royaume Wittéric absous* Un autre évoque arien, Udila, cor pira avec la reine Goswinthe, veuve de Léovigilc contre la vie de Rcccarède; Tévêque fut exilé et la vieille reine mourut pendant le procès ^» délivradH son beau-fils d un adversaire redoutable. Enlin, u^' comte du palais, Argimont, attenta, en 588, contre la vie du roi^ il fut condamné à être promené sur un âne dans Tolède et à avoir la tête rasée. Athalacug évêque arien de Narbomie, s^unit à quelques comi qui offrirent la Septi manie au roi Contran sotis promesse d'un secours de troupes pour soutenir le révoltés. Pendant qu'on nouait ces intrigues, Reccd rède n^hésîlaît plus à déclarer sa conversion, à rat peler les évéques catholiques exilés par son père à se montrer le protecteur de la religion jusque-lIT persécutée. En outre, il prenait le titre de Flapius Gloriosissimus * qui a une saveur toute byzantine

1, Sunna provoqua ïlasona à une conrérence au cours de laqueUJ Wiitf'Hc l'assassÎQerait,

i. WiUéric dénonça en outre un deuxième complot qui deva amener le massacre du clergt: et de la population caUioliqoe de M4 rida- rrcvcmi, Claude tendît une eontreemhuscacle, surprit les coo j'unis, tua les plus récalcitrants et exila les autres.

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