‹ LE̕spagne chrétienneChapitre 26 sur 35 · Âcta Sufict,, aovembro, L r, p. lim-ti&Q · texte numérisé non relu

Âcta Sufict,, aovembro, L r, p. lim-ti&Q

ordinaires de Thagiographie, on nous apprend que. par sa bonté, Masona obtint quelques conversions de juifs et de gentils, chose assurément rare dans ce temps et ce pays. A peine ordonné évêque, il fonda des monastères, bâtit des basiliques, éleva un hôpital destiné aux pèlerins et aux malades, aux chrétiens comme aux juifs. Sa libéralité se révélait en beaucoup d'autres circonstances. 11 lui arrivait de faire briser le petit vase des mendiants pour le faire remplacer par un autre de plus grandes dimensions. Sa préoccupation à Tégard des pauvres ne connaissait Tapaisement que dans de nouvelles inventions charitables. Le biographe ne trouve d'autre moyen de le louer que de renchérir sans cesse sur les termes d'une louange à la louange qui suit. On devenait riche par le fait d'être au nombre de ses pauvres et, le jour de Pâques, les enfants dfe ceux qu'il avait ainsi comblés le précédaient, vêtus de casa* ques de soie au moment où il se rendait à l'église. A cela, il joignait une humilité profonde et une loyauté absolue, la prospérité pas plus que l'adversité ne parvenaient à l'ébranler. Léovigild aurait voulu procurer au parti arien l'appoint d'un homme si considérable et il ne négligea rien pour y parvenir, mais il échoua et l'exila. On amena à l'évêque un cheval vicieux, espérant qu'il serait vite désarçonné et peut-être tué ; mais il se trouva que Masona était excellent cavalier et l'évoque fut sain et sauf. Rentré dans son diocèse, à la suite d'un cauchemar du roi Léovigild, il fut exposé aux desseins violents d'une conspiration; enfin, débarrassé de l'évêque intrus, il put passer dans le calme ses dernières années. Quand il sentit approcher sa fin, il remit l'administration de son Eglise de McTÎda à l'archidiacre.

L'ESPAGNI CHRÉTIENNE.

monarchie visigothique était, une fois déplus, viol< Le prestige héréditaire devait être grand et Tii iluence du clergé bien considérable puisqu'on éta parvenu à mettre sur le trône un enfant; mais est vrai que cet enfant témoignait dans ses dispos tions précoces qu'il poursuivrait l'œuvre de Reccs rède. Toutefois le calcul à trop longue échéance t\ trompé. Le comte Wittéric, que nous avons vu conî pirer au début du règne de Reccarède, se mit à 1 tùte de ce qui restait du parti arien, s'empara d jeune roi, lui fit couper la main droite et ensuite 1 fit mettre à mort.

\Vittéric chercha, sans succès d'ailleurs, à res taurer Tarianisme. 11 tenta également de nouer de alliances de famille, et envoya sa fille Ermenberge Thierry II, roi d'Orléans et de Bourgogne. Thierr renvoya la fille et garda la dot. C'était un cas d guerre. Pour l'entreprendre avec quelque chance d succès, Wittéric tenta de mettre dans son parti le rois d'Austrasie, de Neustrie et des Lombards, i échoua. Afin de trouver ailleurs quelque relief i essaya une expédition contre les Grecs de la Bé tique, mais la malchance l'y suivit. Enfin, il fu assassiné à Tolède, pendant un banquet. Dès qu'i fut mort on se vengea sur son cadavre de la craint que, vivant, il avait inspirée. On le traîna dans le rues, on le poussa hors de la ville et on le priv de sépulture (610).

Son successeur, Gondemar, était catholique zélé général de quelque mérite et politique avisé. Il em ploya les deux années de son règne à des expédi tions contre les Basques et les Grecs, entremêlée de quelques conflits — mais sans guerre — ave les Francs. L'avènement de Gondemar permit l

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réunion crun sypode provincial à Tolède, dès Tannée 510. Le procL's-verbaï assez laconique de ce synode rapporte que les évèqties de toute la Carthaginoise avaient reconnu le siège de Tolède comme siège métropolitain, ce qui consacrait un droit plus ancien. Vers ce temps, Gondemar rendit un décret contirmant cette disposition et consacrant la dignité métropolitaine de révoque de Tolède. Il ajouta que quelques évèques avaient refusé de reconnaître ce droit, cherchant a partager en deux provinces ecclésiastiques la province civile de Garthagène, et alléguant à ce sujet im synode tenu en 589, dans lequel Euphémius, évêque de Tolède, s'était contenté de prendre le titre de métropolitain de la province Carpetania. En cela, dit le roi^ Euphéniius s'est trompé, car Carpetania n'est pas nnc province, mais une regio, une partie de la Carthaglnensis pronncîa. Cette province civile ne devait avoir qu'un seul métropolitain, de même que les autres provinces civiles de Lusitanie, de Bétiquc et de Tarraconaise n'en avaient qu'un seul; et celui qui chercherait à troubler cette organisation ecclésiastique aurait, sans parler des peines ecclésiastiques, à compter avec le roi qui signa ce décret et avec lui vingt-six archevêques et évèques parmi lesquels Tévêque Isidore de Se ville '.

Le roi Sisebut, élu après le l*'^ avril 612, fut oînt à

t. Les coUL-ctions dca conciles ont attribué à ce même synode trois auppnques qui aunilent été adressées par les diocésains de rtHïicliè de !^lentesa, dans la province de Tolêder par ipsqueijeâ ils demandaient qu'on leur donnât pour évéque l'un des leurs qui s'appelait Eosébc, et qui jouissait d'une très grande célêhrilr, Jlais commt' ù repoqneou s'est lonu le concile de Ttjledede (iiO, le aicge de Mentesa était occupé par un i>vOque du nom de Jacques, on ne saurait admelire que les suppliques aient été adressées ii ce synode.

tESPAGNE CHRÉTÏBNΫÎK,

Tolède et liouora le tn'ine visigothique par ses qualités éminentes et ses talents variés. Peu de temps après son avènement, les Asluriens et la tribu basque dns Ruccons se révoltèrent; il fallut envoyer contre eux Uechila et Suinlhila qui rétablirent la paix. Au sud de la péninsule, les Byzantins commencèrent les hostilités, mais ils furent battus à deux reprises en bataille rangée. Le patrice (A^saire tenta en vain de former une nouvelle armée, mais rempcrcur Héraclius, son maître, n'était guère en état de le soutenir au moment oh il avait les Perses sur les bras. On accorda tout ce que réclama Sisebut, les places du littoral occupées par les armées impériales furent évacuées a Texception de quelques-unes dans les Algarves, Ces places des :Vlgarves, toutes situées sur la côte espagnole du détroit de Cadix, étaient si aiïaiblies dès lors qu'après Sisebut et avec la flotte créée par lui, il sulTit à ses successeurs de vouloir s'en emparer pour en être maîtres.

Sisebut inaugura dans la liste royale visigothique un type jusque-là inconnu, celui du prince lettré. Amateur de la littérature décadente que ses contemporains appréciaient seule, il composa des écrits de genre divers dans ce style prétentieux, incorrect et amphigourique qui est celui de tous les écrits du temps, ceux du moins qui ont été conservés. Nous possédons la correspondance de Sisebut avec le patrice Césaîre, gouverneur des possessions byzantines dans la péninsule. C'est un modèle achevé de mauvais goût. On y voit Césaire s'épuiser en subtilités pour gagner les bonnes grâces du roi Sisebut, mais il perd sa peine et lléracbus qui se mit en frais pour lui envoyer une ambassade ^ n'obtint pas plus de succès. Le seul point sur lequel on s'accorda

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concernait les Juifs que Sisebut s'engageait k chasser de ses états si, dans le délai d'un an, ils n'étaient pas converlis. Cette clause ne devait pas recevoir Tapprobation des Pères du IV^ concile de Tolède, en 633; ceux-ci constatèrent que ces conversions forcées aboutissaient à multiplier les blasphèmes et les sacrilèges [can. 59). Ce genre de brutalité expéditive à regard des Juifs ne s'accorde pas avec divers traits de la vie de Sisebut qui montrent en lui un cœur compatissant et un esprit capable de réflexioa. 11 loi arriva, après une victoire, de racheter avec ses propres deniers,» ses soldats, les captifs que ceux-ci avaient faits et réduits en esclavage. L'auteur de la Chronique, dite de Frédegaire» ajoute que pendant une des deux batailles livrées par Sisebut, ce prince s'écria : «t Malheur à moi dont le règne aura vu couler tant de sang! », et il s'employa aussitôt à faire cesser le massacre. De Tactivité littéraire du roi Sisebut, il nous est resté : Une vie de saint Dié ; deux lois éditées dans le Forum judicum ; une lettre au roi et à la reine des Lombards contenant la réfutation derarianisme; une lettre à un évéque nommé Eusèbe dont on condamne les désordres; une lettre à Cécilius, évèque de Mentesa, devenu moine, à qui le roi ordonne de reprendre le gouvernement de son Eglise ; enfin une lettre à Theudila qui abandonnait le monde pour la vie religieuse. Cette simple énumération laisse voir les préoccupations de Sisebut tournées vers les t|uestions religieuses. Sous son règne nous rencontrons deux couciles. Le premier fut tenu le 13 janvier 614, à Pi^gara*, sous la présidence d'Rusèbe, évéque de Tarragone; on y renou-

\. Balaie a écrit une dheeiiation pour prouver que Egara n'est auire que la ville actuelle de Terrassa, près de Oarrc-rone.

f/ESPAC.NE CHRÉTIENNE.

vela rordonnaiice du concile de Hu43sca au sujet du célibat des clercs. Le deuxième concile, réuni à Seville le 13 novembre 619 dans Téglise do Jérusalem* , à Séville, sous la présidence de saint Isidore, rvèqiie . de Séville, nous est connu par un procès- verbal très détaillé- Au nombre des dispositions il s'en trouve [ une des plus louables et qui n'a été que trop oubliée depuis ; « Les couvents, de femmes dans la Bétique devront être administrés et régis par dos moiiies. i Toutefois, ceux-ci devront habiter assez loin et neJ devront parler qu'avec la supérieurei et encore devant | témoins. » Les canons 12^ et 13" nous apprennent que r Espagne avait donné asile à un euty chien, Févêque acéphale Grégoire. Il ne paraît guère probable qu'il eût commencé à prêcher T hérésie, néanmoins le concile s'occupa de prévenir toute nouvelle division | religieuse et exigea du prélnt syrien une abjuration formelle et une confession de foi orthodoxe.

Sisebut fit construire ou reconstruire Téglise de Sainte-Léocadie, à Tolède. On dit qu'il mourut em- . poisonné, ou encore qu'il fut victime de rignorance 1 de ses médecins [021). A Sisebut succéda un enfant, son 111s, Heccarède IL 11 régna trois ou quatre mois , et, pour le malheur de l'Espagne, le mode électifl pour la succession au trône reparut.

SuinLhila, gendre de Sisebut et, à ce qu'on croit, 1 fils de Reccarède F"", monta sur le tr<ine dans les pre-l miers jours d'avril 621, au plus tard. A peine couronné, il eut à réprimer un nouveau soulèvement des Cantabres et des Basques; dès qu'il se fut rendu maître des révoltés il leur imposa la construction

i.k SéviUe et i\ Mérida [a cathédrale portaU le Dom de Jérusalem.

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d'Oligiio (Olite) à 40 kilomètres de Pampelune, place forte destinée à les tenir en respect. Un peu p>lus tard, en 1 année 624, il expolsa définitivement les Byzantins des Algarves où ils se maintenaient tant bien que mal et il fut, dès lora, le premier roi visigoth régnant sur l'Espagne entière. C'était, semblerait-il, une consécration définitive de sa politique; lui-même le jugeait ainsi et, avec une vne très juste de la situation, il s'efforça d'établir pour toujours le système dynastique héréditaire en associant son fils Ricimer, alors âgé de sept ans (fi25). En même temps, il attribuait une part d'inlluence considérable dans les aft'aires k sa femme Théodora et à son frère Geila. Ce dernier paraissait intéressé plus que personne au maintien de l'état de choses, mais il fut néanmoins son principal adversaire lorsque, en 531, il passa dans le camp de Sisenand gouverneur de la Septimanie, qui, avec d'autres nobles et une troupe franque, avait pris les armes contre Suinthila. Ce dernier, saclianl ses ennemis maîtres de Saragosse et son frère dans lem^s rangs, renonça à la lutte et se retira dans la vie privée, ce qui pourrait suffire à donner une hante idée de son esprit et de son caractère; Sisenand fut élu roi à sa place.

Sisenand n'avait pas prévu le prompt désistement de Suinthila, que ses connaissances militaires rendaient redoutable ; aussi il avait recherché Talliance de Dagobert P*" et sollicité Fenvoi d'un contingent* Pour prix de ce concours il avait promis un bassin d'or enrichi de pierreries donné à Thorismond par Aétius et pesant 500 livres d'or. Quand il fallut mettre la clause à exécution, Sisenand livra le bassin, mais réveil fut donné. Le précieux objet était con-

L'ESPAGNE GHRÉTIEiNNE.

sidéré comme un talisman ; on poursuivit les alliés et on le leur reprit ; le roi transigea pour 200.00( solidi d'or, environ dix-huit cent mille francs de notre monnaie.

Sisenand, arrivé dans les fourgons de l'étranger, éprouvait la nécessité de donner à son autorité celte consécration ecclésiastique dont les rois visigoths pouvaient, avec le temps, de moins en moins s'affranchir. A cet effet il réunit à Tolède un concile national [universale) en Tannée 633, le quatrième tenu dans cette ville qui n'en avait pas vu de cette importance depuis le fameux synode de 589. Le 5 décembre, le concile se réunit dans l'église de Sainte- Léocadie ; il comptait 62 évêques sous la présidence de saint Isidore de Séville ^ . Dès l'ouverture du synode, Sisenand, qui avait grand besoin de s'attirer la faveur des évêques, ne ménagea pas les démonstrations qui pouvaient les flatter le plus agréablement ; il se prosterna devant eux et les supplia, en larmoyant, d'intercéder pour lui auprès de Dieu.

Les hommes d'église sont, en général, disposés à aider ceux qui font appel à leur protection dans le ciel et sur la terre ; Sisenand les voyant favorables à ses intérêts ne leur permit plus de revenir en arrière. Il commença le procès de Suinthila et obtint tout ce qu'il voulut. Suinthila fut convaincu de rapines et autres crimes non spécifiés, condamné à la dégradation civique et à la perte de tous ses biens sauf ceux qu'il plairait à Sisenand de lui conserver ; on traita de même son frère et tous les siens. Il

1. Saint Helladc, jadis grand dignitaire de la cour visigothique d'où il passa au monastère d'Agalia, était devenu cvêquc de Tolède en 615, il était mort en cette année môme 633. Cf. Hildefonse, De vir, illiiSL, 8.

enfin par une ambition tyrannique aura usurpi le trône, sera anathème devant Dieu et les anges retranché de TÉglise catholique et de la société dei fidèles avec tous ses complices, n'entrera pas ei partage avec les justes, mais avec le diable et ses an ges sera condamné avec tous ses complices à d'éter nels tourments ». Ensuite les Pères ajoutèrent « S'il vous plaît ainsi, à vous tous qui êtes présents confirmez par votre voix cette sentence trois foii répétée. » Ce fut à qui crierait le plus fort : « Qu< les violateurs de cette sentence soient anathème: et maranatha jusqu'à la venue du Seigneur el qu'ils partagent le sort de Judas. » — Sisenan< et sa garde étaient témoins de ces transports di loyalisme auxquels leur présence contribuait beau coup.

Les évoques reprirent : « Toi, monarque présent et tous ceux qui viendront après toi, nous vous con jurons avec l'humilité convenable, de régir ave justice et piété les peuples que Dieu vous confie e de régner avec humilité de cœur et avec l'amou du bien. Que nul d'entre vous, dans les causes capi i laies, ne rende seul une sentence, mais d'après 1

\ vœu du peuple et l'avis des juges, afin que le crim

soit manifesté par un jugement solennel... Et nou portons ce décret sur les rois à venir : que si l'ui d'eux se révolte contre les lois et exerce sur ses su i jets un empire cruel et tyrannique, l'anathème di

Seigneur soit sur lui. Quant à Suinthila, qui, reconnaissant ses propres crimes, s'est lui-même dé Rpouillé de la couronne, nous décrétons, après avoi pris l'avis de la nation, que ni ses fils, ni son épouse à cause de ses fautes, ne soient jamais rattachés notre communion, ni rendus aux honneurs dont il

ont été dépouillés et qu'ils soient privés des biens ijii'ils ont enlevés aux malheureux, sauf ce que voudra bien leur laisser la justice de notre pieux roi. Et Geila qui n'a gardé sa foi ni à Suinthila, son frère par le sang' lomme par le crime^ ni à notre glorieux souveraiiK sera séparé de notre communion et dépouillé de ses biens. >^

Le concile ne se borna pas à régler ces questions de politique intérieure, il s'occupa aussi des aiïaires ecclésiastiques. Après avoir promulgué un symbole et rappelé l'obligation de célébrer uniformément, dans toute TEspagne et dans la Gaule narbonnaise, le cbant ries psaumes, les rites de la messe, des vêpres, de matines, etc., le concile décrétait que tout individu j prêtre, diacre, clerc ou laïque pourrait porter ses récUimations au concile de sa province qui se tenait le 18 du mois de mai de chaque année, une heure avant le lever du soleil, sous la présidence du métropolitain. A cet effet, après l'expédition des affaires ecclésiastiques soumises au jugement du concile, rarchidiacrc de la métropole, auquel les plaignants auront préalablement remis leurs noms, les appellera successivement et les introduira dans le lieu de l'assemblée où les Pères les entendront et porteront leur jugement dont le délégué royal, executor regiiis^ présent à la séance, poursuivra rexécution.

Un grand nombre de canons (7-iiij règlent divers jjoints de détails de discipline et de liturgie, d'autres rappellent aux prêtres robligation de la chasteté (21-27), aux évéques le devoir de surveiller les juges civils et de dénoncer leurs abus (32); on s'occupe de la forme de la tonsure (40), des clercs violateurs de tombeaux (46) et d'autres soins dans le

détail desquels nous ne pouvons entrer. Il est intéressant de voir le roi Sisenand faire décréter par le synode que tous les clercs libres seront exempts de redevances et de corvées (47) ; on voit que le clergé réclamait des gages positifs plus durables que les prostrations royales. Quelques canons sauvegardent les droits des moines que certains évêques faisaient travailler comme des esclaves (51) et interdisent à révêque de s'opposer à la détermination de ceux de ses clercs qui veulent embrasser la vie monastique (50) ; quant aux moines qui abandonnent le monastère, rentrent dans le monde et s'y marient, on doit les rechercher, les ramener au monastère et leur imposer des pénitences. Plusieurs canons s'occupent des juifs (57-66). A l'avenir, dit l'un de ces canons, on ne devra forcer aucun juif à se faire chrétien; ceux qui ont été contraints sous le roi Sisebut et qui ont reçu les sacrements devront rester chrétiens. Quant à ceux qui, après avoir embrassé le christianisme, sont retournés dans la suite aux pratiques judaïques et font à d'autres l'opération de la circoncision, on devra les ramener de force à la vraie foi. Si les circoncis sont leurs propres fils, on les séparera de leurs parents; s'ils sont esclaves, on leur rendra la liberté. C'est d'ailleurs une mesure générale que celle qui sépare les enfants juifs de leurs parents et confie leur éducation aux couvents ou bien à des fidèles recommandablcs. Les juifs baptisés qui ont ensuite apostasie perdent leurs biens qui seront restitués à leurs enfants si ceux-ci sont chrétiens. Tout juif est exclu des emplois publics, on lui interdit la propriété d'esclaves chrétiens et on l'oblige, s'il a épousé une chrétienne, à se convertir ou à se séparer d'elle.

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Quelques derniers canons s'occupent des affrancliîs d'Église. Le Bynotle se termine par la doxologie ordinaire et par des vœux pour la santé et le bonheur du roi. Les six métropolitains Isidore de Séville, Sel va de Narbonne, Etienne de Mérida, Julien de Braga, Justus de Tolède et Audax de Tarragone signèrent les premiers et, d'après leur rang d'âge, après eux signèrent 56 évL^qucs eL7 mandataires d'é* vêques absents. Le roi Sisenand mourut peu d^années après, en 036 (avant le 30 juin), et à quelques jours de là le célèbre évêque de Séville, Isidore, mourait aussi*

Isidore ne nous est guère connu que par ses travaux littéraires, puisque, de son ministère extérieur et public, on ne sait à peu près rien. 11 était au plus haut point de sa réputation quand il présida le IV* concile national de Tolède; on le tenait généralement pour Fhomme le plus savant de son siècle et pour le restaurateur des sciences en Espagne. Saint Branlion de Saragosse, son contemporain et son ami, disait que Dieu Favait créé pour relever TEspagne tombée en décadence, pour rétablir les monuments des nnciens et préserver le royaume de tomber entièrement dans la rusticité'' ; quelques années plus tard, en 653, le VIII" concile de Tolède leproclamait « le grand docteur du siècle, la moderne gloire de r Eglise catholique, le dernier des docteurs dans Tordre des temps, mats non pas le moindre par la science, et, pour mieux dire, le plus savant qui fût jamais >>.

Voilà bien des éloges ; si un y regarde de près, on est bien obligé d'en rabattre un peu. Isidore était un esprit

!. PraenoiaKo li'brorum Dit^i hidori, P. L., LXXXl. 16 17,

studieux, pourvu de quelque culture littéraire, qu dut à rinexprimable médiocrité du temps où il vécul la réputation dont on le gratifia. Ses connaissances n'étaient pas très étendues, ni son jugement très sûr mais comme on Tentendait parler, comme on 1( voyait écrire sans cesse, qu'il citait copieusemen les anciens et utilisait des sources auxquelles personne, en son temps, ne prenait garde, on s'habitui à le tenir pour un grand homme; ce qui flattait Tamour-propre national, rehaussait le clergé dont i faisait partie et, sans être tout à fait vrai, n'était pai complètement faux.

Compilateur infatigable, Isidore a sauvé quelquei fragments d'ouvrages perdus aujourd'hui, — Suétoni surtout, — en les transcrivant dans ses livres. Soi œuvre touche à l'histoire, à la grammaire, à la théo logie, à l'exégèse; elle les touche en effet, au senî d'efïleurer, car Isidore n'approfondit rien. A le lin on ne s'aperçoit pas qu'il ait jamais eu une idée ei propre ; ce n'est que plus tard, après sa mort et pendant le moyen âge, qu'on lui découvrit toute sorte d( pensées dont il ne s'était jamais avisé. Le tour d^ son esprit n'allait pas à comprendre mais à connaître, il lit tout et retient tout, les citations lui tiennent liei de découvertes. Intelligence très claire, disposani d'un style rapide, il parle néanmoins la langue gâté( de son temps, mais, malgré cet instrument médiocre il compose des définitions aussi satisfaisantes que possible pour un homme qui, dans tout, ne voit que la surface ^ Entre tous ses écrits le plus important, non seulement par la matière mais par l'influence que pendant tout le moyen âge il a exercée sur la

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