Carm., V
DES OBICINES A LA PAJX DE L'EGLISE,
à saint Paul, TÉlhiopie àMatlliieu, la Perse à Thomas, rinde à Barthélémy, la Grèce à André. C'est à saint Martin que la Gaule doit la lumière de TEvangile, c'est au Martin nouveau (révêque de Braga) que la Galice est redevable du même hienfait. En sa personne elle jouit de la vertu de Pierre, de la doctrine de Paul , du secours de Jacques et de Jean. » Le recueil d'histoires apostoliques, mis sous le nom d'Abdias et formé en Gaule vers le vi* siècle, ne dit rien du séjour ni de la sépulture de saint Jacques en Galice,
A Rome, on va plus loin, on nie. Une lettre écrite par le pape Innocent P% en 416, proteste que « dans toute l'Italie, les Gaules, VEspagne, l'Afrique, la Sicile et les îles interjacentes, personne n'a fondé des églises, si cen*est ceux que le vénérable apôtre Pierre ou ses successeurs ont constitués évêques. Que Ton cite si dans ces provinces un autre apôtre a enseigpné. Si on ne peut citer aucun texte, parce qu*il est impossible d'en trouver, il faut suivre Tusage de TÉglise romaine ^ ». Ici, ce n'est pas seulement la formation d'églises organisées qui est formellement contestée ; c'estaussi Févangélisation, la prédication d'un autre apôtre que Pierre et ses successeurs. L'affirmation était trop absolue pour qu'on puisse croire qu elle était faite à la légère; en outre, à la date oà il écrit, Innocent I'^' pouvait être bien renseigné sur les affaires ecclésiastiques d'Espagne, notamment sur
1. Jaffé, EptxL^ a. ail : (id Decentium Enf/ubiiium. La légende du vovagc de l'apôlre Jacques a été reprise cL dcfrndue iik'emmeot f>ar le P, F[DF,i, FiTA, Santingo de Galicia^ Nuevas impugnnctunex y nupva defetua, dans liazôn y Fe, t. ï, 1901, p. 70-7 i, p. ;«)0-âO<î, p. 30a-3ia, etc.» ete. CVsl probaljlonoent la faute de celui qui écrit ces lig^ncB, inaisleBargumenl^ du H. l*. FiUi luionlpnru insuTlisantâ pour le dessein qu'ils prétendent servir. Sans doute I). Lirhano Ferreîroa ne manquera pas de répéter: Es curîoso notav c6mo escriifen alguno^ franceset de las cmag de Esymna.
L'ESPAGr«E CIIRET1EN5E,
celles de la Galice dans lesquelles ses prédécesseurs Damase et Siricc avaient eu plusieurs fois à intervenir au sujet du priscillianismc-
Il semble^ que voilà une cause jugée; mais il n'en est rien. Au pape Innocent I'"" on oppose saint Jérôme qui s'exprime ainsi : « La voix des apôtres s'est répandue sur toute la terre et leurs paroles jusqu'aux confins du monde. Jésus voyant les apôtres raccommoder leurs iilets sur le rivage de la mer de Gênésareth les appela et les envoya en haute mer afin de transformer les pêclienrs de poissons en pêcheurs d'hommes qui pri^chassent l'Kvangile de Jérusalem jusqu'à rillyricum et 1 Espagne, s'emparant en peu de temps de la puissance de Rome même ^ w Le texte ne prouve qu'une chose, c^est que saint Pierre, saint André, saint Jacques et saint Jean auraient des droits égaux à revendiquer les uns ou les autres Tévangé» lisation de rillyricum, de lEspagne ou de Rome, parce que les uns et les autres sont désignés dans les divers textes évangéliques dont saint Jérôme compose sa phrase '^.
La « tradition » se prévaut d'autres écrits anciens, ce sont les Catalogues apostoliques. L'un de ces catalogues est une histoire abrégée des apôtres qui circulait en Occident longtemps avant Tépoque où Ton découvrit en Galice le tombeau de saint Jaccpies. Cette histoire nous est parvenue en latin d'après une source grecque de nulle valeur ^* Aucune des rédac-
1* Jn Isaiam,\n, ii, Pat, LaL, \. XMV, \k V2:i, cf. x, av, ï6iU, p. »74.
â. He{l<netUes rttin sua^ MaUli., lY, 5t, s'a|>pUque à Jacques elJean juxtr^ mare Geneâareth et hominum pinadoreit, MalllL, iv, \S, 19: Man% I, IG, 17 ; Luc, v, i, 10 s*nppni|uenl à Pierre cl ÂPiIré-
3. I., Di ciiEa\E, Lett aneieuM n'eueils de IcgendeM apoHtolitiUes, flans le Congrh scientifique de Bruxclks, 1HI>4.
scripturaires, où il montrait que les prophéties s'étaient accomplies en Jésus-Christ : longo tracta testimoniorum divinorum docuit, ea omnia quae praedixera [n] t in Domino nostro Jesu Christo fuisse compléta. Ouvrons maintenant Abdias ^ à Tarticle de saint Jacques le Majeur; nous y trouverons ime vingtaine de textes prophétiques allégués aux Juifs par l'apôtre, qui en montre ensuite l'accomplissement. En tête de cette seconde partie se présentent ces mots : Haec omnia in Domino nostro Jesu Christo et impleta sunt partim quae praedictay etc., que Julien reproduit presque littéralement. Ainsi, l'évèque avait sous les yeux le recueil d' Abdias, où saint Jacques est représenté comme l'apôtre non de l'Espagne, mais de la Palestine; d'autre part, il avait sous les yeux le catalogue byzantin latinisé où cet apôtre est dit avoir évangélisé l'Espagne. Il ne dit mot de cette prédication espagnole, et cela dans un livre adressé au roi d'Espagne Érwige, et dans un morceau consacré à l'analyse des enseignements distribués par chacun des apôtres à ceux auxquels ils ont prêché ou sont censés avoir prêché.
« Ce silence est l'équivalent d'une condamnation. Le chef de l'église d'Espagne a co^nu l'attribution de saint Jacques à son pays; il l'a répudiée. Et ceci est d'autant plus grave que Julien est au-dessus de tout soupçon de critique excessive. Un homme qui accepte la légende de saint Jacques telle qu'elle figure dans le recueil d' Abdias, un homme qui a pu se fier assez au catalogue byzantin pour parler de la prédication de saint Matthieu en Macédoine est assurément peu diflicile. Il n'a pas hésité pour saint M*at-