‹ LE̕spagne chrétienneChapitre 8 sur 35 · Fabricius, Codex apocr. iV. T., p. 528 sq · texte numérisé non relu

Fabricius, Codex apocr. iV. T., p. 528 sq

Ihieu, bien que le faux Abdias en fasse l'apôtre de l'Ethiopie; mais c'est qu'il n'était pas en situation de se prononcer. La Macédoine et FEthiopie étaient trop loin pour qu'il en pût apprécier les traditions, H a pris la première venue. Pour l'Espagne, il n'eu était pas ainsi. Julien savait ce que Ton disait, ou ne disait pas des origines apostoliques de son pays. Entre les deux prétendues traditions, il a éliminé celle qui eût été glorieuse pour les Espagnols, évidemment parce qu'il la savait dépourvue de toute attache dans ropinion locale. »

Le catalogue byzantin retouché était, somme toute, entré en Espagne. Dès lors on peut s attendre à retrouver les traces de son influence dans la littérature du pays à partir de la fin du vn^ siècle. Julien ne s'est que partiellement tenu en garde, d'autres se montreront moins circonspects que lui. Le livre intitulé De ortît et obilfi Patrtim attribué à saint Isidore, le commentaire sur Nahum attribué à Julien de Tolède, elle commentaire de Beatus sur TApocalypse * (fin du VII i" siècle), enfin une hymne contemporaine du roi asturien Maurecat (783-788) ^ ont subi l'influence du catalogue. L'attribution à Isidore et à Julien n'est guère soutenable pour des raisons critiques qui ont été fort bien déduites ^ ; ainsi les deux prélats les plus signalés de TEspagne à la fin du vu" siècle sont d'ac* cord à repousser la o tradition » qui commence à s'infiltrer sous leurs yeux, Nulle part, et les occa-

1, s, BmU in Apoealypsin commentana, \n-W^^ MatritiT i770, p, 97, s. Annlectn hymvica, édiL Drcves, l. XWil, \k 187. 8. En ce qui concerne le comnienlaire de Nnlium, rattributîon « Julien dcTohHie no semble pas reccvuble. Cf, lAincliçhna, Saint Jac* ques en Gulke, p. i:*, noie I ; raliribulion du De ut lu vt ohiiu Patrum à saint Isidore, sous saformeacluelle, n'est plus acicp table, cf. Ibid.. p. ISU-lîrz.

l'espacée CHaÉTIKNNE. J

L^ESPAGNE CIintiTIENNE.

sioiis ne leur ont pas manqué, ils n ont accueilli la légende naissante ; leurs contemporains, saint Hilde- Ibnse et les autres^ ne lui étaient guère plus bienveillanls.

Nulle trace d'un culte spécial fondé sur la mîsstim en Espagne dans la liturgie mozarabique.

Les attestations littéraires de la mission de saint Jacques en Espagne nous ont donc amené à cette constatation iju'avant le ix*» siècle les écrits qui mentionnent cette mission n ont aucun litre à représenter une tradition qaelconquo, â plus forte raison une traditiou espagnole cpii, à Tépoque où elle commence à s'insinuer [686), est écartée par saint Julien de Tolède,

I^es attestations monumentales n'appartiennent plus au cadre de notre travail. Ce qu'on en peut dire de certain, c'est que vers Tannée 830 on découvrit^ sur le territoire d'Amala, dans le diocèse épiscopal d'Iria Flavia, un tombeau antique qui, à partir de Tannée 1139, fut délinîtivement considéré comme celui de saint Jacques. Ainsi, de tout ce que l'on raconte sur la prédication de saint Jacques en Espagne, la translation de ses restes et la découverte de son tombeau, un seul fait subsiste : celui du culte rendu à cet apôtre en Galice à partir du premier tiers du ix* siècle. Vers Tan 860, la légende avait pris corps, puisque Adon enregistrait le culte rendu au tombeau* Depuis cette épo^jue on veilla à se procurer les litres indispensables, un récit de la translation et une lettre d*un certain pape Léon^ contemporain de Fapôtre^ enfin la tradition se trouva fixée dans Vflîstoria Compostellana, terminée en 1139.

L'énumération des fantaisies dont pullule l'bisloire ecclésiastique de TEspagne nous a amené à la mis-

L ESPAGNE CHRÉTIEN NK.

a par des signes prodigieux à ceux qui viendront « implorer ma faveur et mon secours. Que ce pilier u; reste en place jusqu'à la un du monde ; jamais ii « n y manquera de chrétiens pour adorer le nom de « mon fils Jésus-Christ. Saint Jacques construisit <t une chapelle, simple dans Torigine, et dont la piété * des fidèles eut bientôt fait un temple magnifique » ; c'est le pèlerinage de Notre-Dame del Pilar, à Saragosse.

Dans une si belle voie on ne s'arrête plus. Vers le milieu du xvi"^ siècle, des gens de Biscaye découvrirent une pierre tombale dont la formule très simple devait faire s éciier de jalousie tous les voisins; on lisait* :

HIC lACET CORPVS IIILELL^E SERV.^ lESV CHRIST!

dBIIT ERA CXV.

« Ici repose Bilela, servante de Jésus-Christ, elle mourut en Tannée 77. »> Il ne s'agissait de rien moins, d'après les explications qui furent données, que de la femme de ménage de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Mariana lui-même trouva la plaisanterie un peu forte et déclara F inscription fausse.

Les Espagnols du xvj" siècle avaient entendu raconter quelque chose de rimportance nouvelle de rhistoire et des monuments depuis que la polémique luthérienne avait ramené Tattention sur tout un ordre d'arguments à peu près complètement délaissé et c'était leur manière à eux de concourir à la défense des institutions du catholicisme que d'improviser des preuves irréfutables en réponse à toutes les objections. En 1588, don Juan dellorozco y Covarruvias publiait

i, E. HuLBîîEiv, Inscript, c/tritt* Uùi/an., în-i'», Derolini, 1871, n. Wi*.

L'ESPAGNR CHRÉTIENNE,

des Kglisesde ce pays, » Là-dessus réclamations de tous les Tolétains, instances, pourparlers, finalement n sac TirmVEc de s la ru m ilîuis pro %nn cix ira ditio * ,

De ces ardents conflits et de ces impostures il reste un épisode instructif pour l'histoire psychologique du pays où ils se sont produits et un chef-d'œuvre critifiiie, r/Z/^^orm critica de los falsos Cronicones* Il est temps, après avoir jeté un coup d'œil sur ce fourmillement légendaire, de revenir à Tobjet de notre travail, riiisLoirc.

Dès la dernière moitié du second siècle nous rencontrons une allusion aux Eglises d'Espagne. Saint Irénée atteste que la doctrine clirétienne s'y confesse et s'y transmet intacte ainsi qu'en Germanie, en Egypte et en Orient 2. Quelques années plus tard, au début du ur siècle, Tertullien dit que la foi chrétienne est répandue sur toutes les frontières d'Espagne^. Néanmoins il faut attendre le milieu du ni*' siècle pour rencontrer un épisode d'histoire religieuse dans la péninsule. Les sources ordinaires de renseignements pour Tépoque primitive du christianisme ne sont pas même représentées. Nous ne possédons ni une inscription, ni les actes de quelqu'un des martyrs qui auront peut-être soulïert dans Tune on Taulre des persécutions de Domitien, de Trajan, de Mare-Aurèle, de Septime Sévère. Cependant les paroles de Tertidlien ne laissent guère de doute sur l'expansion silencieuse du christianisme pendant les deux premiers siècles de son existence en Espagne.

La configuration physique du sol de FEspague a

i. r. «ATiFFoL, Hiitiofredu bréviaire romuith Inli, Paris, I8»a, p.3?n* â. Ativ, ham\Hen^ 1, 10, U, AdiK Judaeos,!.

L'ESPAGNK CHRETIEKNE.

de ports nombreux et çûrs, un mouvement commercial dLn^eloppé et durable.

Pendant l'anLiquitt\ le rivage bordé par la Méditerranée connut une prospi^rité plus grande que le rivage océanique ] depuis lors, la découverte des grands chemins de FOcéan vers TAmérique et le cap de Bonne-Espérance a tout eliange et, aujourd'hui» la région de plus grande activité est celle que la disposition générale du plateau ibérique a destinée à recevoir le plus grand développement. L'Espagne tourne le dos à FOrient, elle regarde vers Touest» La contrée tout entière s'incline d'une pente graduelle dans la direction de TOcéan et c'est du même côté fpie s'épanchent les fleuves parallèles^ le Mino, le Duero, le Tage, la Guadiana^ le Guadalquivir. La ligne de partage des eaux, qui est presque partout la ligne de faite de ribérie, se développe, d'Algeçiras à Téruel, dans le voisinage immédiat de la Méditerranée. Les bouches de TÈbre interrompent cette muraille riveraine par une brèche étroite et d'un accès périlleux pour les navires; mais immédiatement au delà recommencent les chaînes du littoral. Presque toute la niasse de T Espagne s'est trouvée ainsi cachée comme par un écran aux regards des navigateurs. La « terre de l'Occident )j, car tel est le sens du nom Hespérie, que les Grecs donnèrent à l'Espagne après Tavoir appliqué à Tlta^ lie, est devenue par cela même aussi éloignée des péninsules orientales que si elle avait été transportée de plusieurs degrés plus avant dans l'Atlantique.

L'aridité est le trait général du climat espagnol, où la pluie est plus rare non seulement (pi'en France, mais qu'en Italie et en Grèce; sous ce rapport, l'Espagne est analogue à la région de TAtlas. Si^ dans

L'ESPAGNB CHtlCTïENNE.

nord; Strabon, Pline, Ptolémée distinguent avec soin pfirmi les tribus espagnoles, les celtiques et les ibériques. Fondues au pied des Pyrénées, elles forment la CeUiberie, puissante et redoutée. PuisTEspagne devint carthaginoise, subissant ain^î di* nouveau rinHuence sémitique*

La difÛculté des communications entre TEspagne et la Gaule, leur rareté dans Fintérieur même de l'Espagne, grâce au relief compliqué du sol et à Tabsence de fleuves navigables, influL-rent puissamment sur le caractère de la race. Doublement isolés, les Ibères se renfermaient volontiers en soi. C'est une des causes, sans doute, qui concentrèrent de plus en plus des tribus déjà farouches et peu cammunicatives. Les anciens opposaient sans cesse Tibère, ami de la solitude, au Celle, amoureux de camaraderie, vivant en société, avide de nouvelles, prodigue de discours, étourdi et mobile, langaiit partout ses bordes mou- ' vantes. Les Ibères, dit Strabon, étaient divisés en petites tribus montagnardes qui ne se liguaient guère entre elles, « par TelTet du caractère et aussi d'un orgueil qui leur inspirait un excès de confiance dans leurs forces ». Ils n'avaient ni la sympatliie rapide ni le besoin de compagnie qui entraînait leurs voisins gaulois. Leur aspect même, leurs vêtements noirs contrastaient avec les vêtements éclatants et bariolés de la Gaule. Les Ibères étaient d'un génie médiocre, mais laborieux, agriculteurs, mineurs, attachés à la terre pour en tirer les métaux et le blé. Obstinés et indomptables, ils eurent plutôt le courage de la résistance que celui de lattaque, si familier aux Gaulois : pour les unir entre eux, il fallut la conquête du dehors, la conquôle du dedans; et ce sont d'au* très races, plus expausives et plus unitaires, qui ont

I;ESPAGNK CHRETIENNE.

liomains est grande dans la formation du peuple espagnol : quoique ibère et celle d'origine, il n'en est pas moins devenu l'une des nations latines par son idiome et le moule de sa pensée»

Les anciens paraissent avoir assez mal connu TEspagne. Pour la période qui précède l'ère chrétienne on ne rencontre que des mentions aussi rares que superlicielles^ Strabon, Pline, Pomponius Mola enregistrent des indications nouvelles plus précises et surtout des observations personnelles 2. Ce fut grâce à Foccupalion romaine que Fintérieur du pays fut exploré méthodiquement. Au commencement de TEmpirCj le nord-ouest de la Tarraconaise était occupé militairement. La soumission de la Cantabrie et de TAslurie n'ent lieu que sous Auguste^ et les inlentions des habitants paraissaient si peu rassurantes qu'on crut nécessaire d'y garder longtemps un corps d'occupation sur pied de guerre et d'entretenir une légion chez les Cantabres et deux autres chez les Asturiens \ Le quartier général était situé entre Tancienne métropole de rAsturie^ Lancia, et la colonie romaine Asturica Augusta. La legio septima Geniina y tint garnison, depuis le temps de Domitien, pendant deux siècles. Ainsi qu'il arriva presque partout, son campement provoqua la formation d'une agglomération civile devenue le noyau d'une popu-

lo Ëll^s ont été recuciliies par K. Huesi^kh, La Argueologia de Espana, in 8^^ Darcclona, 1888, p. î-37.

3. Dr.TLF.i-SFS, Die Géographie (îer Ptûvinz Boetica bei Ptinius^ Hist» nftt,^III,G~\l; Der tarraconensischen Provimfiei Plîniui^ hîai. nat„ III, 18 30, H\-V\\ ÎV, ifOfia; Der Provùtz Lniiîlanien bei PHuiu^, Hist. nat., I\% 11.1-118, dans Philol^gm, 1870, t. XXX, p, IKKilO; 1873, t. XXXI I, p, fj0<>(i68; 1877, t. XXXVI, p* 111*138.

3. D. At'!l{:ul,l^•o feiij^andex GcEnnA, CtintnOria, dans Bûtelin de f*^ Soûiedad gengraphica de Madrid, 1878, l. IV.

ft. UuHiAsr.ii^ ROmUchc Geschichte^ t.V, 18§Û, p. m.

L'ESPAGNE CIIRETÏE^SNE.

été bien aise de trouver une occasion de lui'falral sentir que, hors de la province d'Afrique, les décll aions des conciles de Curtlia^e n'tHaicnt rien. Tou-2 tefois, les lldèles d'Espagne avaient d'antres préoccupations et voulaient des évèques , honorables» Battus à Rome, ils s'adressèrent à Carthage et Fépiscopat africain, réuni en concile en 254, dé posa Basilidc et Martial.

Les négociateurs avaient été deux évèques espagnols, Félix et Sabinus, nantis de la procuration de leur collègue Félix de Saragosse que saint Cyprien, qui s'y connaissait, qualifie de fidei ciiltor ac defensor. Ijes uns et les autres étaient bien aises assurément de tirer parti de la circonstance pour débarrasser l'Eglise d'Espagne de deux misérables. Basîlide, outre son apostasie, était convaincu de blasphème. Martial était sociétaire de corporations païennes dont « il avait fréquenté longtemps les honteux et dégradants festins »? ; allant plus loin encore, il avait fait entrrrer son fils, comme membrL^ d'un collège païen, dans le cimetière de la corporation: infraction grave à la discipline chrétienne *.

Ces divers épisodes donneraient une fâcheuse idéei de rétat des églises espagnoles au milieu du iii^^sièclej^ si le martyre de saint Fructueux, évéque de Tarragone, n'était venu, à quelques années de là, montrer qu'il y avait, parmi les cïirétiens de la péninsule, des f\mes héroïques dignes des plus beaux temps du christianisme. Les actes de saint Fructueux et de ses . compagnons sont à peu près contemporains di.'S fait qu^ils racontent *''. Certaines expressions, comme"

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