L'AVERTISSEMENT
Par un beau jour de novembre, Marguerite
faisait avec une de ses voisines une promenade hors des palissades, cherchant à cueillir des hoiséttes. Elle était languissante depuis (juèlque
temps : pâlie par une vie trop sédentaire et ia-
horieuse, elle avait besoin d'air et d'exercice : les fraîches brises du soii i la ranimèrent un peu, sa gàîté naturelle lui revint, et avec elle ses joyeux rêves, d'amour avec Maurice. Tout en .. devisant avec sa compagne, elle arriva à un bosquet garni de fruits superbes. Ghacunetira de sou côté, absor-
lïëeparràttrait de là cueillette, et Marguerite s ? en- ;
gagea seule au plus épais du fourré : tout à .coup , à sa grande surprise, elle vit surgir à ses yeux une
jeune Indienne gui s'était glissée justpi'à elle, d'un pas si léger que sa présence était restée tout à fait inaperçue.
La jeune fille portait une corneille à demi-pleine
de noisettes : Eue sourit à l'exclamation de Mar-
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guérite, qui la reconnut aussitôt pour celle dont elle avait reçu un collier aux Fêtes du Grain Nouveau;
— Bonjour; lui dit gracieusemeiit Marguerite ;
niais je né connais pas Votre nom.
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-^- C'est Petit oî^eat*, répondit l'Indienne eu
Français passable : puis, se penchant sur là cor-
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ÉeiUe de Marguerite comme; polir en examiner le contenu, elle ajouta en parlant vite et à yoix
notre nâtioii né sera pas
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amie de la vôtre ; j- ai toujours ï>émàndéz â votre Chef Manc si le fort est solide... dort-il les yeux ouverts ?
— Pourquoi me demander cela ? repartit Marguerite sur le même ton et ressentant déjà un malaise vague qui lui serrait le cœur;
— Les Natchez endormiront le Chef blanc par
des paroles caressantes. Mais ils lé détestent comme un cheval sauvage hait la bride. Leurs couteaux sont aiguisés ; la poudre est dans leurs rifles. Avant qu'une lune ait fait son cours, les Natchez fondront pendant la nuit sur le Chef
Blanc au coeur faux.
— Oh ! que deviendrai- je ? s'écria Marguerite
toute pâle et dirigeant avec une expression désolée ses yeux humides vers la jeune Indienne.
— Il n'y a rien à faire, dit celle-ci, vous ne pourriez leur échapper. Toutes les tribus sont armées sur les rives du Père des Eaux : leurs guerriers sont nombreux comme les brins d'herbe ; ils dévoreront les Français comme le feu consume la prairie desséchée. Petit- Oiseau a voulu
vous dire cette nouvelle pour qu'elle parvienne
au Chef Liane Qu'il consolide son fort, qu'il mette la flamme et le tonnerre dans ses gros canons.
— Je lui dirai, inurmura Marguerite, mais il ne m'écoutera pas ; c'est un homme méchant et lier.
— Dites-lui que cette nouvelle est apportée par quelqu'un qui ne ment pas. Quand reviendra de chez les Natchitoches le brave auquel la fille blanche a donné son cœur ?
A cette question faite brusquement, l'Indienne 4 se tint en arrêt, les yeux fixés sur ceux de Marguerite, attendant sa réponse.
— Je l'attends depuis bien des semaines, dit Marguerite: Oh ! que je voudrais bien fuir les Natchitoches ; je serais sauvée auprès de Maurice.
— Vous ne seriez pas longtemps en sûreté ; les Natchez veulent faire disparaître tous les
Blancs. Savez- vous qu'il y a un guerrier de ma nation qui trouvera son "wigwarn solitaire jus-
l'esprit BLANC 81
qu'au jour où il aura emporté une fille Manche en passant sur le cadavre de son fiancé?
La pauvre Marguerite fondit en larmes, et ca-
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chant sa tête dans ses mains*
— Jamais! jamais ! cria-t-elle ; qu'il me tue
plutôt ! Ah ! s'il m ? aime, qu'il me laisse tranquille
je l'en supplie : dites-le-lui !
— .- Je ne peux pas le lui dire. J'ai attendu le joitr de vous apprendre cette nouvelle. Rattlesnake me surveille avec des yeux toujours ouverts ; il se méfie de la jalousie d'une femme. Prenez gardé, Yeux-Riants ! Il Veillé à votre porte : lés jolis regards de vos veux sont comme lé soleil qui
perce le brouillard, lé Chef les voit et tient la main levée pour frapper. :
~ ■■— Que ferai-jè ? malheureuse ! sanglota Marguerite en se tordant les mains.
— Il n'y à qu'un moyen. Faites que le Chef
hlanc soit prêt.
A ce moment, d'autres Françaises s'appro-
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chaient : Tree4a-lu se mit à cueillir les fruits d'un air si affairé qu'on aurait cru qu'elle venait pour en faire le commerce. Mais, au bout de quelques instants, elle dit tout bas à Marguerite en s'approchant d'elle :
— Gardez le secret que Petit- Oiseau vous a apporté; ne dites pas son nom.
— Soyez tranquille. Savez- vous le moment de
l'attaque ?
— Non. Les rameaux forment encore un faisceau dans le Temple. Le jour où les Natcùez seront prêts, je vous enverrai une corbeille rouge.
Marguerite la regarda avec défiance :
— Mais, comment se fait-il qu.evous soyez amie des Français , contre votre nation ?
La jeune Indienne haussa les épaules avec un sourire amer :
— n y a plus de feu dans la poitrine d'une femme rouge que dans toutes celles des Faces- Pâles. Notre sang est plus rouge et plus chaud.
Je n'aime pas les Français • mais j'aime Rattlès-
nake, et j -aimerais mieux sauver toute la race blanche que de voir une de ses filles au pouvoir de mon guerrier. Petit-Oiseau sera sa femme, qu'il le veuille ou non ; et ce sera ! quoiqu'il m'ait fait affront en rejetant la ceinture qui
venaitdemoi!
 ces mots l'Indienne disparut.
Là nuit se faisait autour de Marguerite : autour
d'elle il lui semiblait voir de longues tramées sanglantes ; le ciel bleu, les ; verts feuillages, la moussé des sentiers, tout lui apparaissait au travers d'un brouillard de sang, Elle se bâta de remplir sa corbeille afin d'avoir un prétexte pour
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rentrer- Sa compagne, étonnée d'un changement
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si subit et si incompréhensible pour elle dans l'hu-
meur enjouée de Marguerite, se mit â railler en
lui déclarant que l'amour la rendait "fôllé* et que sa précipitation à rentrer venait sans doute de ce qu'elle croyait Maurice arrivé. Marguerite ne put
L ES D R À M E S 1) tt N UV E A U . - MO N D E
trouver un seul mot en réponse à ces joviales
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plaisanteries qu'elle entendait sans même lès comprendre : son esprit était comme voilé par des visions dé mort et de désastre.
En arrivant chez elle, la j eune fille saisit un prétexte pour sortir, et courut en toute hâte chez le commandant. Ce dernier êMt seul chez lui ; Marguerite fut aussitôt introduite en sa présence. Il tourna vers elle un regard nonchalant; et d'une
voix hautaine lui demanda pour quelle affaire elle $e permettait de le déranger, il n'eût même pas la politesse de J'ihviter à s'asseoir; Marguerite
resta, donc dehout; mais irritée d'une telle grpsr siéreté, elle comprit la colère clés Natçhez mal-
traités ;pàr. cet homme, et fût sur le|pqint de se
retirer sans rien dire : mais l'imporlahee du sui et
au'elle avait à traiter la retint ; elle raconta
aussi brièvement et clairement que
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ce que lui avait dit Petit-Oiseau, sans la nom-
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mer.
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Néanmoins Glopart l'écouta d'un air dédaigneux
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et irritant : la jeune fille sentait son cœur bondir d'indignation. — De qui tenez-vous ces balivernes ? lui de-
mandâ>t-il superbement.
qui
Français ; vraiment, Monsieur, je suis convaincue
que c'est la vérité-
— Bien, je ne vous demande pas votre opinion, mademoiselle ; ; . . on vous â dépêcbé quelque
commère sauvage pour se moquer de vous et tous faire tourner la tête de frayeur. Enfin, ne revenez pas m 7 importuner de nouveau par: de semblables fadaises, ce qui revient â dire que je vous engage à ne pas revenir ; car d'une boucbe de femme on ne peut attendre que des sottises y alors même qu'elle serait aussi jolie que la
vôtre./ "-;•".: ■•'"■"':■■: ."'' "'--■'.-"!'---■ ■ '" '""'\-- ■"' "■' Le brutal officier; commençait à remarquer la
beauté rare de Marguerite :■; il daigna lui octroyer