‹ L’Esprit blancChapitre 4 sur 9 · LES DR A M ES Û U N U V EAJJ- M N DE · texte numérisé non relu

LES DR A M ES Û U N U V EAJJ- M N DE

un sourire aussi désagréable que : l'avait été son

accueil.

Elle se serait retirée sur le ctiaiiap si rimnnV

nente certitude du péril ne l'avait enhardie à insister encore.

-» J'en suis sûre, reprit-elle les mains jointes,

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un désastre se prépare : Je vous en prie, çom^

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mandant, prenez vos précautions.

— 11 serait peut-être bon que je remisse le com-

rt

mandement entré vos mains, dit le

avec un sourire glacé ; ^ puis il ajouta aveçun semblant de condescendance ; -^ Que vot^e jolie

petite tête folle se rassure ; les Indiens sont rusés, niais tout jus te -assez pour troubler votre infirme

pi , . -. I -. ,

cervelle; Ils cbercbent à esquiver lé paiement de

l'impôt qû'&m^

la faveur dé rester plus longtemps auïPominier-

Blanc, qui sait ? ils veulent

, même, en

me faisant peur, être totalëmé de

vider lés lieux. Je connais cette racaille et ses.

petites ruses : là-dèssus dormez tranquille; enfant! Si parfois tons aviez à m'entretenir de

,3e vous recevrais mieux., êtes-vous mariée?

Cette question, où perçait une méchante intention, fut lancée d'une façon si brutale que Mar-

guérite^ effrayée, n'eût rien de plus pressé que de

s'enfuir.

— Certes ! je ne le reverrai jamais, murmurait-

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elle en marchant vite ; on ne peut rien attendre

de bon de cet homme. Il connaît les Indiens, les

traite dé pervers, de méchants . . . et ne veut

prendre aucune précaution contre leurs sinistres projets ! Dieu veuille qu'il ne se tronipe pas! je crains bien que son erreur soit fatale. — Et pour-

tant, s'il voulait, le Fort serait en état ' de se déferidre.^Àh! que Maurice n'est-ïl ici ! il aurait

peut- être plus d'influence que. moi.

Mille fois elle avait formé ce vçeu, mais jamais elle né l'avait exprimé avec tant d'ardeur. Néan-

moins Maurice n'arrivait pas. Chaque jour elle demandait des nouvelles à tout ce qui l'entourait , un sous-lieutenant, quelque peu immiscé aux affaires du gouvernement, fût consulté; il ne pût fournir aucune nouvelle de l'expédition envoyée chez les Natchitoches. Eu même temps, les chemins devinrent si dangereux qu'aucun message ne pût arriver, le service des dépêches fut. interrompu.

Marguerite en vint à un état d'exaltation tel , qu'elle aurait entrepris le voyage pour aller rejoindre Maurice si elle avait pu trouver un guide. Quoique une pareille entreprise offrît des périls extrêmes, elle aurait tout risqué pour échapper aux dangers qui menaçaient la forteresse.

Un officier, auquel elle avait fait part de ses craintes, fut tellement impressionné par leur réelle importance qu'il entreprit de faire une démarche auprès de Glopart: il ne put rien

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l'esprit blanc 89

obteni r . L'irascible commandant entrait en fureur

dès qu'on ouvrait la bouche sur un pareil sujet.

Enfin un soldat, renseigné probablement par

Tree-la-lu elle-même, ayant osé en parler au chef, ce dernier, exaspéré, le traita de poltron visionnaire, et lui infligea huit jours de cachot pour avoir colporté une fausse nouvelle. Poussé par un diabolique esprit de contradiction il cessa même d'entretenir le Fort en bon état de réparations ordinaires, et jura que, les remparts dussent-ils s'écrouler, on n'y remettrait pas une pierre avant que les Indiens eussent évacué le village du Pommier-Blanc.

Marguerite vivait dans des transes perpétuelles : le moindre bruit la faisait tressaillir et pâlir. Ses nuits, pleines d'insomnies, se passaient à trembler; à chaque instant elle croyait entendre le sauvage cri de guerre ou voir en réalité les affreuses visions qui la désolaient. Dans l'ombre, les yeux flamboyants de Rattlesnake lui apparaissaient

comme les prunelles d'un loup dévorant; Elle

finit par être atteinte d'une fièvre nerveuse et

lente qui inquiéta les braves gens chez lesquels elle vivait. Elle leur avait d'abord fait part de ses alarmés, et ceux-ci les avaient Mvemënt 3^-

tagées : Mais peu â peu le négociant v toutoccuipe de ses affaires* s'était rassuré en voyant la tranquillité de Giopart, et il se joignit aux railleurs qui recevaient en incrédules 10s avis tîe la jeune

fille. *Toutes ses émotions se rattachaient au navire

chargé qu'il attendait de la Nouvelle-Orléans. Pourvu que sa femme fût toujours yrôse; dodue et souriante, pourvu que ses deux petits enfants

prissent

au

f *Àu milieu de tous ces indnTérentsJ Marguerite en vint à douter d'elle-même tleHësë demanda si Tree-la-lu ne s'était ^s ou ne l'avait pas trompée. Mais elle né put Maircir ; ses doutes, là

jeune

ner

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ÙnefoisEattleSnaké vintla Wr: il hii àpppïv

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tait eh cadeau des plumes d'oiseaux sauvages ;

mais il s'arrêta peu et ne fît aucune allusion à

leur dernier entretiem Marguerite crut remarquer dans sort regard une lueur sombre et cachée, semblable au reflet d'un triompiie anticipé.

Revenons à Tree-ia-lu.

i En s'apercevant du peu Reflet produit par ses avertissements sur l'esprit du commandant Çiopart elle mi sûr le point de perdre tout espoir de mettre le Fort hors de danger; cependant v plusque jamais dès plans fiévreux de vengeance roulaient dans sa

tête; elle se demandait si le meilleur parti ne serait pas de percer d'une flèche ou d'empoisonner cette Face-Pâle, sa rivale détestéé.Mais aussitôt elle peusait que Rattlesnakë découvrirait i facilenient la main coupable et qu'alors son indifférence àctueïle se changerait en haine contre Tree4a-lu, sans aucun espoir de retour à des sentiments plus doux. D'ailleurs, elle s'était mis dans la tête de sauver

Jes Français, auxquels elle portait une certaine

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affection ; elle prit donc une grande résolution.

L'idée lui était venue que si elle parvenait à arracher quelques brins du faisceau de branches déposé dans le Temple, elle jetterait le désordre dans le compte des jours désignés pour l'attaque générale, et qu'alors les Natchez n'étant pas soutenus dans leurs hostilités prématurées seraient hors d'état d'obtenir un triomphe.

Mais le point difficile, dangereux, pour ne pas dire impossible, était d'arriver à ce faisceau sacré, que gardaient, à vue, jour et nuit, huit guerriers ch argés sous peine de mort d'entretenir un f eusan s cesse allumé dans le Temple, Les gens de la classe inférieure à laquelle appartenait Petit -Oiseau n'avaient pas le droit de pénétrer dans leTemple;aucun prétexte ne lui permettait même d'en approcher.

La jeune fille, nous l'avons dit, passait pour

une beauté dans le village : elle y comptait beaucoup d'admirateurs. Un des gardiens du temple devint le but de ses coquetteries adroitement cal-

culées ; elle le fascina si bien, qu'une nuit, il la

laissa entrer dans la mystérieuse enceinte. Elle lui avait persuadé que la curiosité était son seul motif- et avait réussi à le convaincre que cette

infraction, restée inconnue, n'était pas une faute,

Une fois dans le sanctuaire mal éclairé par le brasier languissant, il ne lui fùtpas difficile d'arracher au faisceau quelques branches : elle en prit huit, et, triomphante, songea à la retraité qui ne semblait devoir offrir aucun obstacle.

Mais ce fut avec un affreux battement dé cœur qu'elle s'entenflit interpeller à voix basse par un gardien caché dans l'ombre ; c'était Rattlesnake î Elle frémit à la pensée qu'elle avait été suivie et que tous ses projets étaient découverts : le Temple était dans un village éloigné de deux milles environ de celui qu'habitait Tree-la4u : u dâns ses courses nocturnes^ un pied silencieux, à la manière sauvage, avait marché sur sa trace v la méfiance veillait sur elle.

Sa première pensée fut quelle avait sété trahie : niais par qui? Elle n'avait fait de confidences qu?à Marguerite et à ud soldat français ■: cènx4â n'avaient pu parler; D'autre part/ un rapide examen du passé là rassura pleinement ; aucune chv constance n'était à sa charge. Tranquillisée sur

ce point important, et certaine que nulle preuve ne pouvait être invoquée contre elle, elle reprit

immédiatement son sahg^froid et ëon assurance :

quoique son cceur

resta naturelle et calme.

sa poitrine; sa voix

Sa

crainte

que ftattléëriakë yîit 1

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découvrir, en la touchant; les braiiches gia*éllë cachait sous son vêtement r c^eUen'bsait point, lès jeter à terre si près du Teniple : le lenàemaia

matin on lès ; ^uraitv^s^ i v ^ - ^ ^ -

vènez-vpiis: prô&riër le Temple à

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cette heure solennelle ? demanda sévèrement

venant

adorer le Grand-Esprit qui veille sur les Natchez. Je sais Lien que nul pied semblable au mien n'avait encore pu venir ici : mais, Rattiesnake, vous ne l'ignorez pas, je suis malheureuse et désolée. Celui que, seul, j'aime en ce monde, ne m'aime pas... Ml m'a semblé qu'en venant sup-

j H"-" 1 ! - -, - - i ■ rii- -"

plier le Grand-Esprit jusque dans son temple, j'obtiendrais le changement de ce cœur resté dé pierre à mon égard.

Tout indifférent que f ut lé chef pour la pauvre

Me, il n'était point insensible aux douces paroles sorties d'une aussi jolie bouche.

; — Votre excuse est bonne, dit-il ; mais ne renouvelez pas une telle offensé ! vous seriez punie si elle était connue.

— Que m'importe! là vie h ? est rien pour moi. Jusqu'à ce que mon maître ait mis son pied sur

môij moi son esclave ! je né sèmerai pas de grain > je n'apprêterai aucune nourriture. Laissez^mpi mourir!

— Brrrt! répliqua dédaigneusement le guerrier, que vous manque-t-il pour faire un joli nariage ? Prenez un cle ces beaux Français barbus et couverts cle broderies.

— Je les liais, ces Français ! ie voudrais les voir tous au fond de Teau. Si les guerriers Natchez avaient au cœur la fierté de leurs pères, il y a longtemps qu'on ne verrait plus ici de faces pâles. Faudra-t-il que les femmes se chargent d'allumer le feu de guerre V

— Oh ] oh ! répondit Rattlesnake dérouté par cette belliqueuse apostrophe, 'nous y pensons. Yous, femmes, tenez-vous tranquilles.

— Mais, pourquoi nravez-vous suivie cette

nuit ? demanda Tree-la-lu tout en marchant, et en

jetant dans les broussailles les brins du faisceau

sacre.

— Pour savoir ce que vous faisiez, dit brièvement Rattlesnake.

— Je ne sais pourquoi, continua-t-elie d'une

voix caressante, vous avez quitté ma telle ceinture. J'ai regardé dans le village ; aucune jeune fille ne paraît belle aux yeux de Rattlesnake. Sans doute, ir marche aujourd'hui sur le sentier de guerre; à son retour il sera meilleur pour Petit-Oiseau.

Rattlesnake ne daigna point répondre.

Elle lui avait dit ces dernières paroles pour lui

donner le change, et éloigner de lui- le soupçon

qu'elle avait découvert ses vraies amours. Le chef

s'y laissa prendre, et se sentit satisfait en croyant

certain qu'elle ne savait rien, ni de sa passion

pour Marguerite, ni du projet d'attaque contre le Fort-^

■\V\ mots, -dédaignant de s'arrêter plus longtemps

^^mesufer ises, pas sur les siens, il prit l'allure

; : ràpide;îdu chasseur indien, et laissa la jeune fille

sans" M dite' adieu, sans même lui accorder un

ri

Tree-la-lu resta attérée : la pauvre fille l'aurait

ni

LES DR AMES DÛ NOUVEÀU-tfON DE

dûrf cruel même à son égard, plutôt

qu'indifférent et glacial. Elle se laissa tomber au

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pied d'un arbre et pleura longtemps, le front dans ses mains, couchée sur la terre numide.

—■Ah 1 malheureuse que je suis ! répétait-elle entre ses sanglots, il aurait cette Fa^Pâte, il en

ferait rorneinent de son wigwam ! il serait heu-

retix dans lès bras de cette J?ran çaise j et moi, il

"" -'■. - -. - ' "" \ il" i, - \ -i^ , . ~ "■ ' - 1 ' ' "■ ' "

ne me resterait que la solitude, les ïarîiiës et le

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