‹ L’Esprit blancChapitre 7 sur 9 · PETIT-OISEAU · texte numérisé non relu

PETIT-OISEAU

L'ombre allait s'épàississant ; les femmes Indiennes, agiles et ardentes comme des panthères, se' ruaient "-à la curée des dépouilles françaises, et

prenaient une part bruyante à ce festival de la m or L Le tumulte retentissait sur toute la plaine,

croissant à mesure que le jour fuyait.

Marguerite, étendue comme une morte sur le lit de Rattlesnake, entendit la conversation de deux femmes sur le seuil de la porte : elle distingua la voix de Petit-Oiseau, et se mit à écouter avec anxiété: mais la causerie avait lieu en langue indienne, Marguerite ne put rien comprendre.

Bientôt Petit-Oiseau se mit à parler en mauvais Français comme le jargonnaient toutes les peuplades voisines du Fort. La prisonnière pensa aussitôt que ce changement d'idiome était à son intention : elle écouta. de son mieux.

— Je viens du Fort, disait Petit-Oiseau, les

hommes ont bu énormément de brandy; ils dansent et chantent autour des têtes des Français ; la plupart sont ivres et tombent cà et là ; bientôt ils le seront tous.

— Je voudrais bien, grommela la vieille, cjue mon fils se hâtât de revenir et de m'apporter de

VEau-de-feu; je suis singuiièrement.ennuyée de croupir ici, loin de la fête.

— Votre fils a bu de YEau-de-feu moitié plus

qu'il n'en peut supporter : il ne sera pas de retour avant cinq ou six heures. d'ici; pas même pour voir sa femme, comme il l'appelle. Dort-elle ?

— Comme un ours en hiver, répliqua la matrone en riant ; elle dormira jusqu'à ce qu'il revienne,

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quand ce ne serait que demain : elle est outrée de fatigue. Bah ! que je m'ennuie ici à faire le chien de garde !

—, Si elle dort aussi profondément, il n'y a aucun danger qu'elle fuie : vous seriez hien sotte de tous abrutir ici pendant que tout le monde s'amuse. Allons donc voir ce qui se passe au grand square du chef; c'est là qu'on trouve de belles et bonnes choses! habits, parures, souliers, étoffes colorées ! ah ! il faut voir tout cela !

— Si elle venait à se sauver, dit la vieille, hésitant devant la tentation, mon tils ne me le pardonnerait pas ; il me tuerait dans sa colère !

— Ils ont apporté un beau miroir qui était dans

la chambre du chef blanc, continua Petit-Oiseau ; vous pouvez vous y voir toute entière. Toutes

les femmes sont là. Allons-y I quelle folie de ne . pas voir une si belle chose ! votre lils ne reviendra pas de longtemps : il ne peut quitter la danse

de guerre. D'aiileurs, saura-t-ii que vous vous

êtes absentée un moinent. Et puis, -là Face Pâle dort profondément. \

-— C'est pourtant vrai , murmura la vieille ; eii

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outre elle a les pieds liés ; ■ alors même qu'elle s'éveillerait, elle ne pourrait fuir.

— Enfin! où irait-elle ?.> r elle ne ferait pas deux

enjambées sans être prisé. Bah ! courons vite ! Il

faudra nous regarder dans cette merveilleuse

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Eau Brillante qu'entoure un cadre d'or ; profitons

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de l'occasion; sans dDUte que le Grand ^Soleil

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voudra le garder datis son wigwain;

Incapame" de résister •■■ là niërè de ^ Râttlesnaké se leva, et, après avoir donné un coup a'oeil à là

captive toujours inim

avec sa compa-

gne: ^etit-Qiseau s'a^eïçut au ^ut de quelques

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pàsV quelle avait perdue de porc-épïc et révint en courant la cbercnér. :,— ^Vite ! rèvetljezi^ous ! inurmura-t-elle en se pëncîianti sur le lit de Marguerite.

-^ Je suis réveillée *.-. je n'ai pas cessé de l'être '

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— Voila un couteau. Quand nous serons éloignées depuis quelques instants, coupez vos cordes. Il fera nuit. Sortez, regardez partout : s'il n'y a personne bondissez comme un daim; trois cabanes sont à gauche, entrez dans celle qui a un linge

blanc suspendu à la porte, cachez-vous dans mon lit; je serai de retour avant que la lune se couche.

Au même instant la jeune Indienne s'élança vers la vieille femme qu'elle rejoignit en balançant en l'air la ceinture qu'elle venait de retrouver. La ruse avait pleinement réussi.

Non ! ce n'était point un rêve ! Marguerite le tenait, le couteau ; on lui avait réellement dit des paroles amies I elle allait être libre ! après avoir

fiévreusement attendu pendant environ dix minutes, elle se leva, trancha ses liens, courut à la

porte, et écouta en regardant dans l'ombre.

Tout était silencieux et désert, dans cette partie

du village. Gà et là, de rouges lueurs lancées par

les lointains incendies plongeaient dans le feuillage

sombre : Marguerite tremblait d'être trahie par les reflets de sa robe blanche ; elle aurait donné l'univers pour être vêtue comme Petit-Oiseau: mais, hésiter c'était perdre une occasion précieuse, qui ne se représenterait plus. ELie adressa au ciel une fervente prière et se glissa .dehors comme une ombre.

Au bout de quelques pas elle aperçut à gauche les troismaisons dont avait parlé Petit-Oiseau ; à l'une

d'elle flottait le blanc signal convenu ; rien ne troublait la solitude- et le silence... Marguerite entra, éperdue, et alla tomber sur un lit. Elle chercha avec la main, à reconnaître si elle était dans celui de Tree-la-lu, Les lits des Natchez, nous l'avons dit, étaient

des espèces de coffres profonds d'environ deux pieds, remplis de roseaux nattés. Marguerite s'aperçut que les tresses avaient été écartées d'avance et une cavité préparée dans le fond pour qu'il fut facile de s'y cacher : elle se blottit sous les

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nattes qu'elle ramena de son mieux sur elle et demeura immobile, retenant sa respiration.

Au bout de quelques instants plusieurs femmes passèrent, regagnant leur logis. Parmi elles était la mère de Rattlesnake revenant furtivement à son poste, inquiète comme un enfant échappé sans permission, tant était profonde, chez les Natchez, l'abjection des femmes vis à vis de leurs seigneurs et maîtres.

Petit- Oiseau s'arrêta sur sa porte, d'un air indifférent, laissa la vieille continuer son chemin; puis, lorsqu'elle fut seule, s'élança vers son lit et le fouilla eh demandant :

— Es-tu là?

Elle ne reçut aucune réponse,mais ses mains sen-

tirentle corps de la fugitive, toutpalpitant dans son

immobilité. A *peine cette vérification était-elle faite, que la vieille accourut hors d'haleine en criant:

— L'Oiseau blanc s'est envolé!... que vais-je devenir ? mon fils me tuera !

— Envolé ! exclama Tree-la-lu avec l'accent de la plus vive surprise : mais c'est impossible ! à moins que ce ne soit un esprit) Ses pieds n'étaient-ils pas liés? Vite! allumons des torches, cherchons partout! elle ne peut être loin. Allons! allons ! cherchons vite!

— Gourons ! courons ! alerte ! alerte ! criait de son côté la vieille Indienne faisant un tel vacarme que tout le village fut aussitôt en émoi.

On alluma d es feus , on fouilla toutes les cabanes . Chaque femme mettait une ardeur incroyable à ramener la; victime aux mains de sesbourreaux.

Quand on eut fouillé toutes les huttes, on se répandit partout, dans le bois, dans la plaine, on envoya des messagers aux autres villages pour signaler l'évasion.

Personne ne se donna plus de mouvement que Tree-la-lu, pas même la mère de Rattlesnake.

L'ESPRIT BLASC 155

Elle se montrait outrée devoir un guerrier tel que Rattlesnake perdre une femme si courageusement conquise.

La mère de Petit-Oiseau était morte ; son père et ses frères étaient au Fort; sa maison était donc vide. Elle alluma une torche, fouilla en présence de témoins son logis du haut en bas, bouleversa tout et eut soin d'entasser beaucoup de choses sur son lit.

Quand tous les efforts furent reconnus vains, elle émit l'opinion que cette prisonnière Face Pâle devait être un esprit surnaturel que sa' robe blanche avait emportée dans les cieux, où-

elle s'était changée en un des nuages argentés qui volaient . dans l'espace.

Cette idée, , comme toutes celles qui mettent en jeu le mystère et la superstition, fut religieusement adoptée par toute la bande féininime; elle parut l'explication la plus simple et la plus

vraie de cette disparition inexplicable.

Ce fut un grand soulagement pour la vieille matrone qui, pour conjurer l'orage, résolut aussitôt de raconter une longue histoire à son fils. — Elle avait vu soudainement la prisonnière s'élever.., s'élever en l'air: courant à elle, et la saisissant même par les pieds, elle avait inutilement cherché à la retenir ; ses mains n'avaient senti qu'une vapeur froide comme le hrouillard de la nuit, et la hlanche fugitive poursuivant sa course aérienne avait disparu dans la profondeur du ciel. Et — dans son opinion, — il fallait ne

plus songer à cet être nuageux qui se changerait

en vapeur lorsqu'il lui plairait ; mille fois mieux il valait vivre heureux auprès d'une sensible, aimante; et industrieuse fille comme Tree-la-lu, que toujours on aurait en vue, même en fermant un œil.

Cette dernière ne manqua pas d'applaudir à une légende dont la moralité lui convenait si hien.

11 fut convenu qu'on ne dirait pas mot de l'ab-

sence que s'était permise la vieille : toutes les femmes jurèrent le secret. C'était, pour le sexe faible, une belle occasion de prendre une revanche contre le sexe fort *, aucune des complices n'aurait eu garde d'y manquer. Toutefois on jugea prudent de dépêcher un messager à Rattlesnake pour lui faire savoir l'événement.

Tout étant ainsi réglé, Tree-la-lu rentra chez elle, fort désireuse de savoir comment se trouvait la fugitive qu'elle avait si hasardeusement prise à sa charge. Le silence et l'immobilité de Marguerite dont elle n'avait pu s'informer que dans

l'obscurité, l'avaient un peu inquiétée, elle la croyait morte. Ce n'eut pas été, du reste, un cha-

grin pour elle, car tout ce qui avait été fait pour la sauver était l'œuvre de la jalousie, non de l'amitié.

Brisée par les foudroyantes émotions qui l'avaient assaillie depuis deux jours, Marguerite avait été moins forte pour supporter Pespé-

1 di ■ ■ ****•

rance que le désespoir ; elle s'était évanouie en tombant dans le lit sauveur de Petit- Oiseau.

Bientôt revenue à elle par les soins de cette dernière, elle reçut de la nourriture, quelques gouttes de rhum et d'eau mêlés ensemble ; ensuite Tree-la-lu arrangea les nattes de manière à la bien cacher sans l'étouffer, et lui dit :

— Dormez et reposez sans crainte ; vous avez besoin de repos.

Puis elle la quitta brusquement pour aller s'asseoir devant la porte de la cabane.

Là, des flots de pensées tour à tour amères et triomphantes inondèrent le cœur de la jeune Indienne. Dans sa passion pour Rattlesnake elle rapportait tout à lui... Quelle fureur- ! quel désappointement ! lorsqu'il, trouverait la cage vide et l'oiseau envolé — C'était une joie pour Treela-lu d'y penser. — Et cette Face-de-Lys qui avait fait tourner la tête et le cœur du guerrier Indien, . . si elle mourait des mains de sa rivale. . ,

quelle douce vengeance ! Oui J mais la colère de Rattlesnake serait telle que son indifférence se changerait en haine, et tout amour serait fini entre lui et Tree-la-lu, alors que celle-ci ne visait qu'à regagner son affection. — Pourquoi ne reviendrait-il pas à elle ce regretté Rattlesnake ? La Face Pâle n'était-elle pas d'une race étrangère, haïe des Natchez. Tree-la-lu, au contraire, n'étaitelle pas du bon sang Indien. . . rouge et lier ? . . . .

Les fils du Chef devaient-ils donc avoir dans les veines le sang empoisonné de ces intrus balayés en une nuit par les jSatchez ! !

Tour à -tour agitée par ces sentiments divers, la jeune Indienne souriait, pleurait ou frissonnait pendant que ses yeux, lançaient des flammes.

Quelques plaintes murmurées par Marguerite pendant son pénible sommeil lui arrachèrent un dédaigneux sourire, tout plein de haine, de jalousie, de mépris.

Si Marguerite eût pu lire dans cette âme sau-

vage et passionnée^ elle aurait tremblé pour l'a venir, et n'aurait point osé bénir cette main ennemie qui la sauvait par baine seulement.

Sa rêverie fut troublée par le bruit d'une horrible disputé entre Rattlesnalce et sa mère. Ce dernier, en recevant le message qui lui annonçait l'évasion de Marguerite, était accouru ivre de saug, de liqueurs et de colère. Tree-la-lu comprit sans peine à leurs voix irritées la scène qui se passait entre eux. La vieille femme tremblant de

la tête aux pieds, mais comprenant que son salut dépendait de l'assurance avec laquelle elle se défendrait, récita sa fable avec une audace entêtée que rien ne pût ébranler :

— ... Et enfin, cria-t-elle hors d'elle-même, si vous ne voulez pas croire votre mère qui vous a nourri de son sein et porté dans ses bras, demandez à Petit-Oiseau; elle vous affirmera que mes paroles sont vraies comme le soleil qui se lève chaque joui 1 .

l'esprit BLAN C. 161

— Petit-Oiseau ! ah ! ce démon ! hurla Rattles-

nake que le soupçon traversa comme un éclair.

Tous avez manœuvré ensemble ! Elle est jalouse

et sournoise, Ugh ! je vous brûlerai vives toutes deux !

— Les colombes des bois ne la valent pas, mon fils. Elle passait, par hasard devant notre hutte, comme j'appelais au secours ; elle a vu le nuage d'argent qui fuyait dans l'air.

Rattlesnake, sans répondre, se tourna vers la cabane de Tree-la-lu. La lueur d'un feu de joie donnant en plein sur sa porte, où elle était assise, l'éclairait comme la clarté du soleil.

La jeune fille frissonna jusqu'au fond de Pâme en rencontrant le regard sanglant de Rattlesnake. Elle pressentit une scène terrible, et pour cacher son trouble elle ferma les yeux.

La fureur, l'ivresse, l'exaltation du carnage, avaient fait du beau Rattlesnake un être hideux, effrayant, terrible comme Lucifer lui-même. 11

ltV> LES DRAMES DU NOUVEAU-MONDE

s'avança vers la jeune Indienne tête baissée, avec une allure de tigre, les yeux flamboyants au milieu de son rouge visage, pendant qu'une ceinture de chevelures saignantes se balançait autour de lui. C'était une bête féroce animée de rintelligence humaine.

La fille Natchez son amoureuse, le trouvait

beau, grand, admirable, quand même, à travers ses paupières fermées.

— Où est Yeux- Riants? demanda- t-il d'une voix sifflante; son couteau à la main.

— Là... répondit brièvement Tree-la-lu en montrant du doigt, un léger nuage blanc qui flottait dans le lointain couchant.

— Yous mentez î

— Si le cœur d'un guerrier ne se sent brave que pour insulter Petit-Oiseau, c'est bien \ Il dit vrai. — Elle ment,

— Je ne suis pas fou! Les filles Françaises n'ont pas plus d'ailes que les Natchez. Elle n'a pu

l'ÊSPBIT BLANC 163

s'envoler. Vous cherchez à jeter un voile sur mes

yeux.

— Ils ne sont point encore obscurcis, vos yeux, ah !... Eh bien ! servez-vous de leur finesse

trouvez-la.

Exaspéré, Rattlesnake la frappa à la joue, du plat de son couteau, avec une telle violence que le sang jaillit, et la jeune Indienne alla tomber au milieu du chemin. Ensuite il entra dans la •hutte qu'éclairait parfaitement le feu de joie :

après avoir soigneusement fouillé jusqu'aux moindres recoins, il remarqua quelque désordre suspect auprès du lit : s'approchant aussitôt il se mit à le bouleverser.

Le cceur de Tree-la-lu bondissait dans sa poitrine : Rattlesnalïè souleva quelques nattes et les jeta au milieu de l'appartement ; mais ne trouvant rien il fit deux pas pour s'en aller. Un dernier soupçon le ramena auprès du lit, il plongea brutalement son long couteau dans les roseaux....

Tree-la-Iu ne put retenir un cri perçant.

— Qu'y a-t-il ? fit le chef.

— Un serpent vient de se glisser sur mon pied, il m'a fait peur, répondit la jeune Indienne respirant à peine, mais d'une voix qu'elle eût la force de rendre égale et tranquille.

y ni

l'esprit blanc

La destruction du Fort fut célébrée pendant plusieurs jours par des fêtes, des débauches et des excès de toute sorte. Les Natchez étaient persuadés que tous les Français avaient péri dans chaque localité du territoire ; ce qui serait infailliblement arrivé si la main hardie de la jeune Indienne n'avait soustrait, dans le temple, plusieurs branches au faisceau sacré, et n'avait ainsi détruit le concert simultané des tribus sauvages. Les Indiens, gorges à'eaitrde-feu, de provisions et de richesses pillées dans le Fort, se livrèrent sans

réserve aux premiers enivrements du triomphe.

Mais, la réflexion vint, et la crainte de n'être pas entièrement débarrassés de leurs ennemis leur inspira le projet d'une dernière campagne qui devait être décisive.

Lefameux capitaine Saint-Denis, (dont l'histoire bien connue à la Louisiane peut rivaliser avec les plus étranges conceptions d'un roman), était commandant d'un fort Français, établi chez les Natchitoches. C'était à son service que Maurice Gantarelle était engagé. Saint- Denis avait su par sa prudente et courageuse habileté, se concilier l'amitié des Blancs et surtout celle des tribus Indiennes : à cent milles à la ronde il était l'arbitre de tous les différends, le conciliateur de toutes les querelles, le père et le protecteur des faibles, l'ami de tous.

C'était, en outre, un rude homme de guerre, et les Natchez tremblaient de le voir arriver un jour avec de bonnes troupes, tomber sur eux comme la

foudre, et venger le malheur de ses concitoyens. Il ne manquerait pas, d'avoir pour alliés les Texans et les Gomanches, deux peuplades puissantes, irréconciliables ennemies desNatchez.

Ces derniers formèrent donc la résolution de prendre les devants, et de surprendre Saint- Denis par une attaque nocturne, préparée dans le plus grand secret. Cent cinquante guerriers, choisis parmi les plus éprouvés, furent désignés pour cette expédition dont Rattlesnake était le chef. Sa bravoure bien connue, son adresse et son agi-

leté extrêmes, ainsi qu'un instinct belliqueux remarquable, l'avaient. désigné d'avance à ce poste

difficile.

Il l'avait, du reste, sollicité lui-même. Depuis l'évasion de Marguerite, il était tombé dans une mélancolie morose, bien opposée à son caractère ouvert et enjoué. Les matrones du village affirmaient qu'il était victime d'un maléiice lancé par la belle Face-Pâle disparue dans les régions

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lunaires. Sa propre mère gui, à force de raconter sa fable, avait fini par y croire sincèrement, partageait cette opinion lamentable, et répétait sans cesse à voix basse que son fils avait été ensorcelé. D'autres lui reprochaient plaisamment de se métamorphoser en femme. Aux expressions de pitié ou de sarcasme, le beau ténébreux ne répliquait rien, et avec une patience exemplaire retombait dans ses noires rêveries. 11 avait fini par être l'objet d'une sorte d'aversion craintive.

Un jour, secouant sa torpeur, et sentant le besoin de se réhabiliter aux yeux des siens, il prit une grande résolution et se mit en avant pour l'expédition projetée contre Saint-Denis.

Malgré l'animation nouvelle que jetèrent dan

son existence ces projets belliqueux, il ne put se défaire du touchant souvenir de Marguerite :

c'était encore pour lui un plaisir amer, d'errer au milieu des ruines du Fort, dans la rue oùil avait aperçu pour la première fois la jeune fille, et de

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l'esprit BLANC 171

rêver seul aux entretiens qu'il avait eus avec elle.

La veuve du négociant n'avait pas tardé à succomber aux indignités cruelles dont elle avait été victime; Rattlesnake recueillit son petit enfant, et voulut que sa mère en prit tout le soin imaginable : c'était pour lui comme un vivant souvenir de celle qu'il avait perdue.

L'ardeur guerrière du jeune chef avait encore une autre cause restée secrète; et celle-là était la plus puissante. Bien convaincu que Marguerite n'avait point disparu dans les nuages, il pensait qii'elle avait fui au hasard dans les bois, ou qu'elle avait suivi le cours de la - rivière. Cette dernière -hypothèse prenait plus de consistance dans son esprit, lorsqu'il se rappelait sa tentative nocturne la veille de l'attaque. En même temps il sentait une jalousie féroce le mordre au cœur, lorsqu'il réfléchissait qu'elle n'avait pu aller bien loin sans tomber entre les mains de quelque

■ow

172 LE S DR AMES DU N UYEA ti^MOK DE

•ami

en se la représentant esclave et femme de quelque Indien plus heureux que lui. Enfin, eut-elle réussi à déjouer tous les périls, et à regagner le territoire des Natchitochés. .... c'était là qu'était

son cousin Maurice, ce rival détesté, auprès d e qui elle vivait heureuse.

Tuer le rival, reprendre Màrguèritej tel était Punique but de Rattlèsnake ; il était atteint si l'expédition projetée réussissait. Delà venait la résurrection du jeune chef aux sentiments î)elliqueux.

Lés préparatifs ue furent pas ; longs : la petite

troupe, abondamment fournie de vivres* dé muni-

lions et d'armes pillées dans le Fort, se mit en route par une uuit sombre et orageuse de déçemhre. Uhe : flottille de caiiots Rivait été préparée,

.. J ■ r mJT -m - d__ p- * - ---i ,— t *■ . J ^ ■- ■- - j-.. -- .-t,- il.. -F- - '-H , - ■ i- - i- j*r —

elle s'abandonna silencieusement au courant du

fleuve ; l'intention de la petite troupe était de

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quitter la riviëré au point du jour, pour se jeter dans lès bois, au travers desquels on gagnerait le

territoire des Natchitoch.es situé à une centaine de milles vers l'ouest. Pour n'être point découverts

par les tribus Indiennes disséminées sur la route, les Natchez ne devaient marcher que la nuit, à moins que des fourrés épais ne vinssent leur offrir un couvert impénétrable.

Ils naviguèrent ainsi pendant près de trois heures, silencieux à la manière Indienne, et ne négligeant aucune ruse pour dissimuler toute trace de leur passage. La pluie tombait par torrents, au point de submerger leurs frêles canots d'écorce : la foudre grondait et les éclairs sillonnaientrombre que leurs lueurs fugitives rendaient plus épaisse encore. On ne voyait, par intervalles, que les arbres fouettés par le vent, les longues lianes échevelées cinglant l'air au gré de la tempête ; on n'entendait que le mugissement monotone des eaux clapotantes, ou les sifflements de l'orage à travers les branches tourmentées.

Rattlesnake était dans un canot d'avant-garde

avec; six des meilleurs guerriers ; quoique habile rameur, il avait laissé ses avirons aux autres;

accroupi ; sur rayant, lé front plongeant dans la tourmente, il se perdait dans de sombres 1 pensées, pendant que ses yeux d'aigle cherchaient à percer l'obscurité noire/

Tout à coup il se leva d'un bond èi violent que rembarcàtioii faillit chavirer. Ses o compagnons le regardèrent surpris ; il se penchait ;

vers le fleuve, le doigt tendu vera un point éloigné, les cheveux épars , laissant flotter aiï vent le manteau de fourrures qui abritait sa haute taille;

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^ y oyez } voyez ! murmura sa voix ^frémissante

etCOntènUe; \ \ï?' : -V

Une éblouissante traînée d'éclairs Tenait de s'éteindre:; Èes; guerriers regardèrent yaineinent; là nuit, avec ses ténèbres palpahlés, leur cachait la

nature entière. '"■•.- V v ^.//.■■..^■■}'"-'-

■ ■-:..*?■■ ïe îa vois Ije layoîs ! poursuivit Râttlesnaïe avec une exaltation croissante.

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La foudre gronda de nouveau, précédée de ses brillants messagers ; le lit du fleuve en fut illuminé, mais les perçants regards des Natchez ne purent rien découvrir.

Rattlesnake se rassit, et comprimant avec sa main les battements de son cœur :

— Je l'ai vue ! répéta-t-il, ce n'est pas une illusion. Elle nous suit sur les eaux, dans un petit canot ;... sa robe blanche flottant en l'air comme la Yoile d'un esquif;... sa belle chevelure ondulant au souffle de la nuit !... Par le feu du ciel ! je l'ai vue, comme je voyais ma mère avant-hier !

— Il vient d'avoir une vision, dit à voix basse le guerrier le plus proche ; Elle est descendue des nuages pour déjouer nos projets et prévenir

son peuple Ceci est un mauvais présage, j'en

suis effrayé.

— Oui ! répondirent les autres, c'est un présage fatal ! Elle est l'amie des Français. Ne disons

rien aux autres, leur esprit en serait aiïaibli.

Le découragement s'était emparé de ces fiers guerriers. En eifet, le sauvage Indien courra joyeusement au plus terrible combat; il supportera les plus atroces tortures sans qu'un seul de ses muscles tressaille : mais tout ce gui est mystère pour lui répouvante. En cette occasion les Natchez se sentirent, glacés d'une terreur surnaturelle : leurs yeux dilatés [sondaient les profondeurs obscures, épiant l'apparition de la robe argentée sur les sombres nuages que roulait l'ouragan.

Pendant une heure ils ramèrent dans un morne silence, avides d'échapper à ces effrayantes visions: le tonnerre continuait de prodiguer ses formidables éclats qui faisaient trembler le ciel, la terre, et l'eau : les yeux de Rattlesnake ne pouvaient se détacher du courant de la rivière.

— Ah ! c'est elle encore ! s'écria-t~il.

Mais, avant qu'il eût fini de parler, l'obscurité avait étouffé les feux de l'air.

Soudain une ceinture d'éclairs enveloppa l'horizon.... Tous alors purent apercevoir la belle Face Pâle, debout au milieu d'un étroit canot qui semblait remonter seul le courant du fleuve. Son visage, son col, ses bras, sa robe, tout était d'une blancheur éclatante, à l'exception de sa noire chevelure qui serpentait au vent.

Cette vision dura quelques second es, puis régna

de nouveau l'obscurité profonde.

Bientôt, à travers les nuages s'annonça le lever du jour; l'orage s'apaisa; il fallut songer au débarquement, et renvoyer les canots que devaient ramener des hommes venus exprès. On prit terre sur un banc de sable très bas qui aboutissait à

une forêt de pins. Après avoir marché dans le fourré l'espace de quelques milles, ils s'arrêtèrent pour faire halte dans une petite vallée où jaillissait une source. Il faisait alors grand jour ; on se mit à manger : pour se réchauffer, lés Natchez ne

pouvant allumer les broussailles mouillées et dont

la fumée les aurait trahis, se contentèrent de boire quelques gouttes d'eau-cle-feu. Après ce frugal repas on plaça des sentinelles, et la petite troupe chercha à réparer ses forces par un sommeil de quelques heures.

Rattlesnalce ne voulut point se reposer : alléguant l'intention d'examiner les environs dans la crainte de quelque surprise, il s'enfonça dans les broussailles. Mais, à peine fût -il hors de vue, qu'au lieu de rôder autour de la vallée, il retourna vers la rivière. Un secret pressentiment l'y attirait: il commença à sonder minutieusement la rive, pas à pas, avec la sagacité merveilleuse et

la patience obstinée de l'Indien. L'insuccès de ses premières recherches lui arracha d'abord nne exclamation d'impatience : il recommença avec plus d'ardeur, ne laissant pas une motte de terre, pas une touife d'herbe sans la fouiller ne son œil perçant.

— Ah ! fit-il au bout de quelques instants, avec

un soupir, de satisfaction, en s'arrêtant sur un monticule proche du rivage.... Quand il releva la tête, un sourire de triomphe illuminait son visage: il venait de faire une découverte ! Sur le sol humide se trouvait, à demi effacée, la trace presque invisible de l'abordage d'un canot; tout près étaient des empreintes de pas tournées vers la forêt ; ces empreintes étaient faites par des chaussures françaises. Si réellement il avait va Yeux-Riants sur le

fleuve, la nuit précédente, et si ces traces étaient les siennes, la pauvre fille était perdue ! Moins

subtile et moins prompte est la panthère à suivre une piste, que ne Test un chasseur Indien sur les pas de sa proie. Les empreintes étaient faciles à suivre ; on avait marché sans méfiance et d'un pas fatigué : parfois la piste s'interrompait sur le gazon; mais, quelques enjambées plus loin, la terre humide reproduisait de nouvelles empreintes.

Arrivé à un certain endroit, Rattlesnake ne pût

démêler la piste qui paraissait avoir tourné plusieurs fois sur elle-même pour revenir à la rivière.

A ce moment un frémissement se fit entendre dans les broussailles.. . Rattlesnake s'élança comme une flèche : au moment de saisir sa proie ses bras retombèrent... Petit-Oiseau se montrait en poussant un éclat de rire moqueur.

— Yous vous donnez bien de la peine, ici,

pour vous emparer de moi, lui dit-elle, alors quïl aurait été si facile de me prendre dans

mon.wigwam.

Les regards de Rattlesnake foui lièrent à la hâte tous les environs ; Tree-la-lu était absolument seule. D'ailleurs il n'y avait qu'une trace de pas. Son désappointement, fut furieux.

— Qu'êtes-vous venue faire ici, folle? demandat-il dédaigneusement.

Les yeux de Petit-Oiseau lancèrent des flammes. Elle avait jusqu'alors aimé Rattlesnake

l'esprit BLANC 181

humblement, timidement, comme toutes les femmes de sa race osaient aimer : elle avait supporté bien des froideurs, bien des rebufiades ; mais à ce moment la mesure était comble, sa patience à bout ; l'amour s'évanouit, une haine vengeresse resta seule dans son cœur.

Néanmoins elle sut modérer ses lèvres tremblantes, contenir les battements de son cœur ; et, baissant les yeux d'un air lamentable, elle murmura de sa plus douce voix.

— Je ne le sais que trop, pour mon malheur, Tree-la-lu est folle.... mais son cœur lui ordonne de suivre son beau chef au combat, afin, s'il est blesse, d'avoir le bonheur de lui donner des soins.

— Bah I vous êtes idiote ! vous voulez marcher sur le sentier de guerre, avec les hommes ? Nous ne voulons pas de femmes ici pour nous abrutir. Allez-vous en.

— Tree-la-lu n'importunera plus les braves guerriers ; elle les suivra de loin, modestement ;

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de manière seulement à voir parfois son seigneur de ses propres yeux, savoir s'il va bien, et si une flèche vient le frapper, la recevoir, elle aussi, et mourir sur ce corps chéri.

— Vous êtes aussi stupide qu'une chouette, grommela le chef avec un peu moins de dureté, car il n'avait pu rester insensible à ces touchantes

expressions d'un amour aussi dévoué ; mais que signifient ces traces de chaussures françaises ? ajouta-t-il en étendant un doigt vers la terre.

Petit-Oiseau sourit et montra son pied chaussé de souliers qu'avaient fournis les dépouilles de quelque pauvre victime du massacre.

— Vous avez rêvé que vous voyiez sur les eaux Yeux-Riants, la nuit dernière, poursuivit-elle en lui adressant un tendre regard; je savais votre pensée... je savais que vous reviendriez à la rivière... Voilà pourquoi j'ai pris ces chaussures françaises, ce vêtement blanc; c'est Tree-la-lu que vous avez vue dans le canot à la lueur des

éclairs... Yeux-Riants est au-dessus de nous dans la terre des Esprits : pourquoi îattendréj celle qui ne reviendra pas ? : ..'. N'auriez-vous donc aucun

bonheur avec une fille dé votre race .?».;-

Sa voix était frémissante, ses yeux humides... l'amour venait de jeter son cri suprême..

-^- Je suis sûr d'avoir vu la jeune Française I dit sombrement Rattlesnalcë.

— Je vous répète que c'était Tré-la-lu. Si vous avez vu quelque autre apparition, c'était rame de la Face-Pâle cmi guidait mon canot à travers l'orage; Elle sait peut-être Çué je vous aime.

— Je retourne auprès de mes -guerriers, dit brusquement Rattlesnake; àllez-vous-en. Je tuerai le chef blanc et ne serai point blessé. Je ne

veux pas de femme autour de nous;

Il se mit aussitôt en marche pour le lien du campement, vexé au-delà de toute expression de

cette aventure, et évitant de retourner la tête pour savoir si Petit-Oiseau le suivait. Arrivé dans

LES BRAMES DU NOUTE AtJ-MOMDE

là vallée il se coucha pour reposer pendant Une

heure, mais il ne put dormir.

Dans la soirée^ la- petite troupe leva le camp et se remit en, marche à travers les sapins. Durant la route ,. il semblait à Rattlesnalte entendre dans

l'harmonie solennelle de la forêt là voix douce et lointaine ^ de VJ^spnhBlanç; et plus d'une; fois, pendant la nuit, aux clartés de la lune* il crut voir onduler sous les voûtes verdoyantes la robe d'argent de rinvinciile fiancée.

Divers indices relevés par ses sens exercés de chasseur lui apprirent que Tree-lâ-lu suivait fur-

tiyement la troupe, sans se laisser voir.

Au lever de l ? aurqre," les Natçnez étaient hors de la forêt, et débouchaient dans une prairie

immense qui déroulait aux yeux des

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ficencés infinies. Dés iroupeaux innombrables de

bisons erraient parmi les herbes, avec une trân-

qùillité indiquant clairement qù% n ? étaiept pâs ; troublés par le voisinage des peuplades indiennes.

L'ÈSPftÏT BLANC

Un sang généreux bouillonna dans lès veiriës de

Rattlesnalie et de ses guerriers à ce noble spéc-

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tàcle l Qu'il aurait été bon de dévorer l'espace, penchés sur la crinière de leurs chevaux rapides, lançant les flèches, et abattant ces magnifiques proies... Mais ils marchaient sur le sentier de

guerre, leurs visages étaient peints pour le combat ; aucun n'aurait voulu faillir à son devoir, se montrer indigne de ses pères ; un regard; un soupir, ce fut tout ! et les Nàtchez continuèrent

leur route.

: Peu : après ils tuèrent

daim et quelques

oiseaux pour leur repas uu matin, les firent rôtir, et lorsque leur faim fut apaisée, ils se couchèrent dans un abri pour' reposer jusqu'à là nuifr ■••''"■"'•..,' .•■ :: 7---' :"' '--. ■'• -.■"-.'•:"■* ' "-' v 1

Cette marche dura cinq jours ; les précautions devenant toujours plus minutieuses à mesure

qu'on approchait du Fort Français. .

Râttlesnake était devenu sombre et hésitant.

LES DRAMES DU NO UVÉ AU-lii OND E

Frappé par de superstitieuses craintésy éinotionné par : tout ce qu% avait yii en route , poursuivi par de sinistrés préssentimeùtsy il était convaincu que \ YÉsprit'Bkmc le devançait, prêt à donner

Il , i . ' , | ■■■ J . ■ ^ ■■ ■ ■

l'alarmé au cqininaudànt SâintrDénis;

Aussi ne f util pas surpris, lorsqu'il se présente v unenuit v sous les murs duFort. de reconnaître,

avec son iitfaîlliile pérspicaçitéj que le secret de son ; expédition était découvert, et que ; dés inesures dé sti^

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