Au* dem Naehlast. Œuvres. Ed. H., vol. 19, p. Bid
Les goûts studieux de Lessing se montrèrent de bonne heure. A six aus, lorsqu'il fut question de le peindra sur un tableau de famille avec son jeune* frère, il ne voulut pas de jouets, mais des liyi*es autour de lui et sur ses genoux. Il n'avait pas treize ans quand, selon le vœu de son père qui le destinait à la théologie et au ministère sacré, il obtint d'entrer conmie bouraier à l'école princière de Sainte- Afra à Meisseu, une des trois écoles, avec Schulpforta et Grimma, que l'électeiu* Maurice de Saxe avait créées avec le fonds des couvents ' supprimés. Cette école, pépinière célèbre de théologiens, de pédagogues et de littérateurs, avait, dans la sévérité rigide de son organisation et de sa discipline, conservé quelque chose de son ancienne destination. Les études y étaient fortes : théologiques et classiques, empreintes à la fois du zèle religieux et de la ferveur humaniste, qui caractérisent le siècle de la Réforme et de la Renaissance : de l'hébreu pour l'étude de la Bible ; beaucoup de grec et de latin ; un peu de géographie et d'histoire; des mathématiques. Pas de langues modernes, sauf le français, ce qui s'explique par l'influence toujours dominante de la France et par le dédain de la langue nationale. Chaque joiu* des exercices religieux. Le jeune Lessing, d'abord un peu mal à l'aise sous le joug de cette discipline presque monastique, et qui devait irriter plus d'une fois son humeur indépendante et frondeuse, finit cependant par s'y accommoder. 11 avance vite, s'assimile avec une extraordinaire facilité les leçons de ses maîtres et bientôt est au premier rang des élèves de l'école. Mais, en dépit des sévérités du règlement, il maintient et défend sa personnalité et la liberté de son esprit. Il étudie à sa manière et selon
ses goûts, moins pour savoir que pour s'exercer à panser, à réfléchii*, à raisonner, encore que Térudition pure ne le rebute pas. Dans les études auxquelles il est soumis, il ne prend que ce qui conyieut à son tempérament, ce qui peut le nourrir et le fortiller. Déjà sollicité par sa vocation dramatique, il lit de préférence Théophraste, Plaute, Térence « qui Sont son monde à lui 1 ; qui lui apprennent déjà à connattre im peu rhomme, la vie, la société et à se connaître lui-même.
Après la littérature, ce sont les mathématiques qui le captivent le plus. Cette étude devait convenir, en effet, à un esprit éminemment raisonneur, et logique comme le sien. Il traduit même trois livres d'Euclide, et amasse des matériaux pour mie histoire des mathé^ matiques. Sa dissertation d'adieu en quittant l'école a pour sujet : de mcUhematids barbarorum.
Comme il arrive toujours dans les écoles les niieux réglementées et surveillées, les études d'à côté, les lectures buissonniëres et défendues tiennent leur place ^ Lessing trouve moyen d'étudier Titalien et l'espagnol ; il s'essaye à la poésie ; il lit et imite les poètes auacréontiques alors en vogue: Pyra, Lange, Gleim; il compose même une comédie: Damon ou la véritable amitié ; et en ébauche une autre : le jeune Savant, qui sera achevée et représentée plus tard. Malgré ces infidélités
aux études officielles, les progrès de Lessing furent si
I. Il faut dire que le régime de l'école, malgré ses tendaucee exclusives et sa réglemeatatjon utroile, favorisait cependant, dans une certaine mesure, Tlnitiative et la liberté des élèves. Chaque semaine, un jour entier leur était accordé pour leurs études personnelles et préférées. Quoique Tallemand ne figurât pas dans le programme d'enseignement, il n*élait pas défendu de s'exercer à la composition allemande. On clomandolt même aux élèves des discours pour les solennités scoloires.
b LESSING.
rapides, qu'il put, malgré l'opposition de son père, et avec l'assentimeat de la direction, grAce à l'interrup- Iton forcée des études amenée par la guerre de Sept ans, quitter l'école arant le terme prescrit, eu septembre 1746, à l'âge de dix-sept ans. f C'est un cheval qui a besoin d'une double ration d'avoine, dit le dîi-ecteur. Les lectiones qui paraissent ti-op difficifes aux autres élèves, ne sont qu'un jeu pour lui. Nous ne savous plus qu'en faire. >
Mais si les progrès étonnamment rapides du jeune Leasing, et son extraordinaire facilité de travail et d'assimilation, avaient ûrappé ses maîtres, d'autre part certains défauts de caractère, surtout son esprit frondeur etson penchant àlamoquerienelenravaientpas échappé. ( Ne sois pas aussi indiscret {naseweis) que ton frère i dit le directeur au jeune Théophile Lessing, qui entia à l'école peu de temps après son atné > . Le reproche était assez fondé. Lessing n'était pas fait pour se plier servilement au formalisme de cette école gouvernementale. S'il emporta de son séjour à Sainte-Afra une juste reconnaissance pour quelques-uns de ses maîtres, il ne dissimule pas à son père, en lui parlant du directeur, qui n'avait pas précisément fait son éloge, < que son grand souci n'est pas de faire de ses subordonnés des hommes raisonnables, pourvu qu'il en puisse faire de dociles élèves, c'est-à-dire des hommes acceptant aveuglément les leçons de leurs matlres, sans se demander s'ils ne sont pas des pédants >.
Après l'école, l'Université. C'est à Leipzig que Leasing, selon le vœu de ses parents, devait continuer et achever ses études, en vue du ministère sacré auquel on le destinait.
CRITIOUK LITTÉRAIRE. 7
Leipzig était alors déjà une des Tilles les plus importantes de rAllemagne, une véritable capitale, un centre intellectuel et Littéraire, vaste entrepôt de librairie, et où chaque année une foire célèbre amenait des visiteui's de tous les pays. Elle possédait en outre ime Université renommée et plusieurs Sociétés qui, de concert avec des recueils périodiques, travaillaient avec ardeur à propager le goût et Tétude de la langue allemande. C'est là que Taristarque Gottsched avait établi sa domination et régentait à la fois la littérature, Tacadémie et le théâtre. Autour de lui se gi*oupaient des disciples dévoués qui travaillaient sous sa direction, mais dont plusieurs devaient bientôt s'émanciper et se séparer du maître*. Leipzig, foyer d'études et de travaux allemands, était en môme temps de toutes les villes d'Allemagne la plus imbue d'esprit, de modes et de langage français. Il y régnait un air de politesse et d'élégance, passablement apprêté et emprunté, mais qui contrastait heureusement avec la grossièreté tudesque des autres villes'. Leipzig tenait à justifier par avance le nom flatteur de « petit Paris » que lui décerna Goethe*.
Le père de Lessing, en l'envoyant à Leipzig, ne visait qu'à en faire un théologien et un pasteur. M^is le jeune homme, sans savoir trop où il voulait aller, savait déjà
I. Il ne paraît pas que Lessing ait eu des relations personuelles avec lé jeune groupe des Bremer Beitràget pas plus qu'avec Gottsched. Quant à Gellert, très populaire alors, trôs rcchorclié malgré son humeur triste et son état maladif, Lessing ne le vit qu'une fois, en passant, dans une visite.
8. Le poème héroï-comique de Zachariae Der'Renommist (le Bretteur ) dépeint le contraste des mœurs polies de la jeunesse de Leipzig et de la grossièreté de celle dléna.