Patiêt. Acte !•', scène de la « Taverne d'Âuerbach
OÙ 11 ne voulait pas aller. Jeté, au sortir de la studieuse solitude de Sainte-Afra, dans le mouvement et l'agitalion d'une grande ville, il comprit tout d'abord que c'était là qu'il poiurait, mieux que dans les bibliothèques et les salles de cours, apprendre la vie, connaître les hommes, former son esprit et son caractère, devenir enfin, ce qui était son ambition, un honmie et un écrivain, l'un, poiur lui, n'allant pas sans l'autre.
Toutefois, soit déférence aux volontés de son père, soit timidité d'adolescent dépaysé dans un milieu nouveau, il commença par vivre retiré chez lui et se livra avec ardeur à l'étude. Attaché d'abord aux études imposées par la volonté paternelle, l'indépendance de son caractère réfractaire à toute tâche obligatoire, et aussi ses goûts naturels, le détournèrent bientôt de la théologie, et le poussèrent vers l'antiquité classique et vers les mathématiques, ses études préférées.
Deux maîtres célèbres à des titres divers représentaient alors l'enseignement classique à l'Université de Leipzig : Christ et Emesti. Le premier, savant doublé d'un homme du monde, artiste et voyageur, auteur de travaux qui ont marqué dans la science, supérieur, aux érudits de son temps, sorte de Winkelmann anticipé, initiait ses élèves à tous les aspects, à toutes les manifestations de la vie et de la pensée antique. Le second, plus spécialement philologue, appai*tenait encore à la vieille école, mais enseignait cependant avec ime méthode plus libre et dans im esprit plus large. A ces deux maîtres, au premier surtout, Lessing s'attacha avec amour et reçut d'eux ce fonds solide et abondant d'érudition classique et archéologique, dont il devait bientôt donner des preuves, et qui le mit hors de pair parmi
les critiques contemporains \ Le professeur de mathématiques Kâstner, esprit très fin, caustique et humouristique dont on cite les mots, était également un des maîtres favoris de Lessing. Il assistait assidûment à ses conférences, ses disputationes, où se fortifiait et s'aiguisait son habileté raisonneuse et dialectique.
Peu à peu cependant cette existence exclusivement studieuse et renfermée pèse au jeune étudiant, avide non seulement d'apprendre, mais de vivre, de se répandre, d'aspirer le grand air, de fréquenter le monde. Il comprend, comme il l'écrit à sa mère, « que les livres feront de lui un savant, mais jamais un homme ». Il a honte de sa timidité, de sa gaucherie, de son ignorance des usages du monde. « Il croit lire dans tous les regards le mépris qu'il inspire. » Il s'exerce alors à l'escrime, à la jg^ymnastique, à la danse, qui donnent à son corps plus de souplesse, d'aisance et d'aplomb. Outre les étudiants qu'il fréquente, il se lie avec quelques jeunes gens de talent qui s'exercent au métier littéraire, particulièrement avec F. Chr. Weisse, plus tard un des plus féconds producteurs dramatiques de Tépoque ; avec Mylius, un parent éloigné, esprit bien doué, d'aptitudes variées, littérateur, journaliste, naturaliste, auteiu! dramatique, aussi libre dans ses mœurs que dans ses croyances, vrai type de bohème, et à ce
1. Le goût de rénidUion bibliographique, philologique et archéologique persista chez Losslng durant toute sa vie. L'érudition se mêle n tous ses travaux môme littéraires et esthétiques, et l'entraîne très souvent à des digressions fatigantes. Ses écrits posthumes [Nachlass publiés par son frère Karl (1793), augmentés depuis par de nouvelles découvertes, roulent pour la plus grande part sur des questions d'archéologie et de philologie. On les trouve réunis dans l'édition Hoïnpol, vol. is et 18.
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moment encore, sans doute par nécessité, disciple de Gottsched et travaillant sous ses ordres.
Lessing, sans approuver et surtout sans imiter sa conduite, se lia cependant assez intimement avec Mylius. Il reconnaissait dans cette universalité d'aptitudes et d'études, dans cette indépendance d'esprit, une certaine affinité avec sa propre nature. Mylius, d'ailleurs, lui fut très utile. Très répandu dans le monde littéraire, il servit d'introducteur et de patron à son jeune ami, qui devint également son collaborateur dans l'un ou l'autre des recueils périodiques qu'il dirigeait \ Sous ses auspices il fit ses premières armes dans le journalisme littéraire. Mais le plus grand attrait pour le jeune étudiant, la plus puissante tentation, ce fut le théâtre. Celui de Leipzig, dirigé par M""* Neuber, conseillée, aidée par Gottsched, était alors le premier de l' Allemagne par l'organisation de la troupe, par le talent des acteiurs et par la valeur littéraire des pièces représentées. Bientôt le théâtre l'emporta sur l'Univereité, et, sans négliger toutefois ses études de philologie et d'archéologie classiques (la suite prouvera qu'elles étaient fortes et sérieuses), Lessing, grâce encore à Mylius, put s'initier non seulement à la littérature, mais àla pratique et à la technique de l'art théâtral. Il suit assidAtnent les représentations ; traduit deux pièces françaises, et compose lui-môme plusieurs comédies dont l'une, déjà commencée à l'école de Sainte-Afra, fut représentée avec succès par la troupe de M"' Neuber*.
Tout est pour le mieux. Lessing a trouvé sa voie ; il s'y
1. Dans le Nalurfoneher. Peul-élre aussi (car tes articles n*étaieDt lias sigués) dans les ErmutUerangen zu*n Vergnâgen des GemiUhi,