CHAPITRE I
Débuts de Lessing. — Détails biographiques. — Leipzig. — Berlin sous Frédéric IL — Les amis de Lessing. — ' Publications diverses. — Journalisme littéraire.
Dans les derniers mois de 1748, Lessing alors âgé de dix-neuf ans, venant de l'Université de Leipzig, débai*que à Berlin, où pendant vingt ans à peu près, sauf des absences plus ou moins prolongées, se déploiera son activité d'écrivain et de critique. Mais avant de le voir à l'œuvre, il nous faut revenir un peu en arrière et raconter brièvement les événements les plus intéressants de sa première jeunesse et de sa vie d'étudiant.
Lessing (Gotthold-Ëpbraïm) naquit à Camenz, dans la Haute-Lusace, le 22 janvier 1729, le troisième de douze enfants. Son père était pasteur luthérien, savant théologien, supérieiur à sa modeste position, possédant plusieurs langues, traducteur d'ouvrages religieux an-
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glaia^et français, auteur de divers traités de controverse théplogique, fennement attaché à l'orthodoxie luthérienne, mais sans fanatisme, tolérant à l'égard des dissilents^ De lui, Lessing hérita, avec l'amour de l'étude et des savantes recherches, le respect de la vérité, et malgré l'indépendance absolue de ses convictions religieuses, le goût des questions théologiques, qui le préoccuperont au milieu de ses travaux littéraires et dramatiques, et foi*ment une pai*tie importante de son œuvre.
Lessing, peu tendre et expansif de sa nature, a beaucoup aimé son père, malgré de vifs dissentiments au début, à propos du choix de sa carrière*. Il ne cesse de correspondre avec lui, se préoccupe de tout ce qui
1. Un des aocdlres de Lessing, pasteur, signa od 1680 la célèbre Formvle de Concorde. Tliéophilus Lessing, son grand-pôre, soutint, à Tissue de ses études universitaires, une thèse de Religionum tolerantia {GoUhold Ephraim Lessing» Leben von Karl-Gotthelf Lessing (Leipzig, Bib'iolhéque Beelam), L*esprit de tolérance était donc héréditaire dans la ramille, et par une progression naturelle, arrive, chez Lessing, jusqu'à riudépendance philosophique complète.
2. Lessing aimait sa mère en fils respectueux et dévoué, mais pas avec cette tendresse caressante que l'on trouve chez beaucoup d*hommes célèbrus. Elle ne parait pas avoir eu, non plus que la scBur, une influence marquée sur le développement de son esprit et de son caractère. En général, Télément féminin a tenu peu de place dans la vie de Lessing. Sa seule afTcclion sérieuse, pour sa femme Eva Kônig, qu'il épousa sur le tard (il avait quarante-sept ans), était faite surtout de raison et d'amitié, comme le montre sa correspondance avant son mariage. Ouant à ses frères, il ne cessa de s'intéresser à eux, à leurs études, à leurs projets d'avenir. Il les aida do ses conseils, de sa bourse, surtout quatre d'entre eux, Théophile, Gottloh, Gottfrled. Mais celui qui a été le plus intimement mêlé à sa vie, c'est Karl <20tlhelf, qui comme lui suivit pendant quelque temps la carrière littéraire ; vécut avec lui à Berlin de 1766 à 1767; composa plusieurs comédies et entra ensuite dans la direction des Monnaies. Après la mort de son frère il s'occupa de continuer l'édition de ses œuvres et de ses écrits posthumes. Il publia la première biographie de Lessing, citée plus haut.
le touche, s'inquiète de sa sauté et, quand des embarras et des difficultés de toute nature tourmentent le vieux pasteur, il eherche à lui venir en aide de son mieux, déplorant d'être lui-môme dans la gène et de ne pouvoir faire davantage.
5 Quela éloges ne lui adresserais-je pas, s'il n'était pas mon père », écrit-il au professeur Michaelis de 6ôttingen. Quelques années après la mort de son père, se rappelant certains traits de son caractère où il reconnaît le sien, il écrit : c Tu étais un si excellent homme, mais si ardent en même temps. Combien de fois ne m'as-tu pas avoué avec nue larme virile dans l'œil, que tu t'échauffes trop facilement et que dans ta chaleur tu vas trop loin. Que de fois ne m'as-tu pas dit : c Gott- « hold, je t'en prie, prends exemple sur moi, sois sur « tes gardes. J'ai peur, j'ai peur et je voudrais cepen- < dant m'étre corrigé dans ta personne \ >
L'intérieur religieux et patriarcal où grandit le jeune Lessing était égayé cependant par des promenades, des excursions dans les pittoresques environs de la petite ville de Gamenz, par des réunions et des fêtes de famille. Le futur réfonnateur du théâtre allemand reçut même, dans ce milieu de sévère orthodoxie, ses premières impressions dramatiques. Le recteur de l'école de Gamenz, disciple du célèbre pédagogue saxon, Weisse, ce fécond dramaturge, qui faisait servir le théâtre à l'éducation de l'enfance, avait organisé des représentations, dans son école, non sans scandaliser les âmes pieuses et sans s'attirer une réprimande sévère du magistrat.