Voy. chap. IV
deux dissei^tatioiis : Tune de Saint-Âlblii sur le Comédieti, Tautre dé Dubos sur les Reprèsentatiaiis théâtrales des anciens. Tout le reste est consacré au théâtre anglais : Histoire du théâtre anglcUs; Vie de Thompson, avec une préface et la traduction de ses comédies ; Dryden et ses œuvres dramatiques ; au théâtre espagnol : extrait de la tragédie Virginia de Don Augustino de Montanio y Luyando ; au théâtre italien : extrait de la Sophonisbe de Trissino, de la Rosmunda de Ruccelaï, de la Calandra du cai*diiial de Blbiena. Enfin un fragment de Sophocle (publié neuf années après la mort de Lessing, 1790) montre aussi l'importance que Lessing attachait à Té tude du théâtre grec pour la réforme du théâtre allemand. Néanmoins, les nombreux travaux de critique dramatique et littéraire qui absorbent Lessing pendant son séjour à Berlin, n'ont pas arrêté chez lui la création originale. En 1755 paraît une œuvre importante dans l'histoire du théâtre allemand : Miss Sara Sampson, qui réalise les idées, les théories nouvelles, qui fermentent dans sa tôte. Ce n'est plus une comédie ni une tragédie, calquée sin: les modèles français. C'est un drame bourgeois, nous disons aujourd'hui un mélodrame, forme nouvelle alors de l'art dramatique, malgré quelques tentatives antériem*es du même genre. Sans doute, cette œuvre est encore d'imitation étrangère. Le lieu de la scène, les personnages sont anglais 5 le roman de Richardson, Clarissa Harlowe, le drame de Lillo, the Merchant of London, ont servi de modèles. Mais que cette tragédie, car c'en est une quant au sujet (une jeune fille séduite, empoisonnée par une rivale, abandonnée par le même séducteur, lequel se tue finalement pour se faire justice lui-même), que cette tragé-
die, avec ses péripéties émouTantes, se déroule, non sur la grande scène de Thistoire, mais dans l'intérieur de la vie domestique ; que les acteurs soient, non des rois, des princes ou des personnages illustres, mais des gens de condition moyenne et bourgeoise; qu'ils se parlent, non en solennels alexandrins, mais en prose, dans la langue com*ante : TOilà déjà une tentative d'émancipation de la tutelle classique, im premier pas vers un théâtre plus conforme à la nature et à la vie.
En 1755, la préoccupation du théâtre conduit de nouveau Lessing à Leipzig. Il y continue ses études et ses expériences dramatiques, dans un milieu plus favorable que Berlin, qui n'avait alors, comme nous lavous dit, en dehors des représentations françaises, que les arlequinades de Schuch et quelques rares et éphémères visites de troupes allemandes.
A Leipzig, Lessing, que sa tentative de drame bour* geois n'avait pas détourné du théâtre antique, qu'il regardait, ainsi que celui de Shakespeare, comme étant plus près de la vraie nature que le théâtre français, Lessing étudie à fond la théorie de la tragédie dans Aristote, qui sera désormais son guide et son maître. Sa correspondance avec Mendelssohn, qui roule surtout sur la tragédie et sur son objet, est le premier résultat de ses études, que la Dramaturgie développera et approfondira. A Leipzig encore, il rencontre les vestiges de la légende du Doctor Faust, qui le ramène au vieux théâtre allemand. Il trouve là un sujet de drame populaire et germanique, renfermant en outre cet élément shakespearien, dont il attendait la régénération de la scène Jiationale. Il résolut de faire le drame de Faust. La première idée avait pu lui en venir dès 1753, à Berlin, où
le 14 juin, un Dactor Faust fut représenté dans la baraque de Schucb, dont Lessing était, on le sait, un habitué. L'origine du Faust de Lessing dans ce cas serait à peu près la même que celle du Faust de Goethe.
Quoi qu'il en soit, ce drame est une des préoccupations de Lessing. Il en est question plus d'une fois dans sa correspondance. En 1755, son ami Mendelssohn lui demande où il en est de sa pièce, dont le titre (on ne comprend trop pourquoi) ne lui paraît pas bien choisi. L'année suivante Lessing annonce à Gleim qu'il la fera prochainement représenter à Berlin, et il en insère un fragment dans la 17* lettre sur la littérature'.
Mais la représentation n'eut pas lieu, car la pièce n'était pas achevée. Ce qui le prouve, c'est que, pendant son séjour de Breslau, il voulut la reprendre et mettre à profit quelques scènes d'une tragédie, Satan, du jésuite silésien Franz Noël. Mais la maladie aiTéta son travail. En 1767, à Hambourg, Faust revient sur l'eau. Lessing annonce à son frère qu'il s'en occupe et qu'il projette do le faire représenter dans le courant de l'hiver. Il médite même une nouvelle conception du même sujet, un second Faust, où Méphistophélès serait représenté par un séducteur humain. En attendant, le premier n'est toujours pas achevé. Mais Lessing ne Ta pas oublié, même au milieu des occupations nouvelles que lui créent ses fonctions de biblothécaire à Wolfenbùttel (1750). Il l'emporte avec lui dans son voyage d'Italie, en 1775. Il en cause avec ses amis à Leipzig; il en cause à Vienne.
Il est décidé maintenant à mettre sur pied ce drame
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longtemps coûté. Le moment lui paraît propice. La jeune école révolutionnaire commençait à faire parler d'elle, et inaugurait cette période de la littérature allemande qu'on appelle la période àelutU et d'amaxU {Sturinwid Drangperiode) . Lessing était hostile à ce débordement de lyrisme, à ce titanisme, à ces audaces shakespeariennes, qui dépassaient de beaucoup les limites, très élargies pourtant, qu'il avait lui-même posées à l'art dramatique. Il condamne absolument Gôtx de Berlichingen et Werther', dont la sentimentalité maladive lui fait hausserles épaules. Le dégoût que lui inspire ce désordre théâtral (doi Iheatratitehe Unweten)\e retient de s'attaquer à ces dangereux novateurs. Cependant l'annonce du Faust de Gœthe et d'autres encore, le décide à donner son Faust, dès que Gœthe aura donné le sien, en ajoutant, dit-on : * Le diable emporte mon FatMl,' mais moi, j'emporterai celui de Gœthe... ■ Gœthe ne donna pas son Faust assez à temps pour que Lessing pût eiécutersa gageure. En outre, un malheureux accident le décida à 7 renoncer tout à fait. Le manuscrit qu'il avait emporté avec lui dans un voyage, et qu'il avait laissé & Dresde ou à Leipzig pour le faire réexpédier à Wolfenbûttel, sa résidence alors, fut perdu en route et ne fut jamais retrouvé*. Lessing ne se sentit
1. Od nlt que LeMiog éLouchR ud* Mtle de parodie uUrique de Weriber : Werther itet- Btuert, qui devait frapper plua jilile et plua fort que le pamplilet asseï pille de Nicoloa : Itt Joiei du jeune Wrr- Iher. {Vaj. Boiborger, Dramatitclte EntwSrfe Leiting'i, qui dODoe l'bltlaire délalllée de la plècu de Leuing.)
1. Le fait cependant ne parait paa idi. JainM Slme*, le biographe anglais de Loaalng, croU que Leiiing, mdcoDlonl de «on œnvre, don> la doDU^e lui pamiasall Inaoluble, ddlniliit lui-mame «an manuacril. II. Erieh SchmidI donne la* deux veriloai aan* se prononcer. {Uuing, vol. I. p. as».)
pas le courage de recommencer son œuvre, et il ne fut
plus question du Faïut, ^
Il eût été intéressant, à n'en pas douter, de mettre eu pi^ésence Tœuvre de Lessing et celle de Goethe. Ce qui
nous reste de la première ne nous suffit pas pour nous en faire ime idée exacte. Outre le fragment cité par luimême dans la 17* lettre sur la littérature, et dont nous avons parlé dans im précédent chapitre \ nous n'avons que l'indication très sommaire d'une scène d'ouverture, d'un prologue (Vorspiel) et de quatre très courtes scènes du premier acte, le tout retrouvé dans ses papiera posthumes.
Dans le prologue, les démons de l'enfer sont rassem* blés dans une vieille église en ruines, sous la présidence de Belzébuth, et l'on y décide de corrompre Faust et de le gagner à l'enfer. La première scène du premier acte nous le montre dans son cabinet, désespérant de trouver la solution d'un problème de philosophie scolastique. Il prend le parti d'évoquer le diable, qui paraît sous les traits d'Âristote. Le diable disparu, Faust satisfait du résultat de son évocation, appelle im autre esprit (scène ii), qui apparaît à son tour (scène m).
Ces brèves indications ont été complétées et précisées ])ar les conmiunications de deux amis de Lessing, à qui il avait souvent parlé de son Faust^. Ils nous ont fait connaître le dénoûment et l'idée maltresse de la pièce; la voici : Le diable a fait son œuvre. Mais Faust ne lui appartiendra pas. Il sera sauvé par un ange du ciel, qui