Voy. Critiqxie littéraire, ch. II
8. Le professenr Engel, de Berlin, dans une lettre adressée à Korl Lessing, et le capitaine de Blanlcenburg dans un recueil (Literatur und Vôlkerkunde),
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veille sur lui et qui lui substitue un fantôme dont s'emparent les démons, croyant tenir leur victime. L'amour de la science, la recherche de la vérité, le plus noble désir de Thomme, triomphe des menées de l'enfer.
Même avec ces données incomplètes, en considérant surtout la nature d'esprit de Lessing, on peut hardiment affiimer que, dans cette joute des deux poètes, l'avantage n'eût pas été pour lui. La poésie intime et mystique, aussi bien que le côté fantastique de cette légende, lui eût échappé, ou du moins la puissance d'imagination pour le réaliser lui eût manqué. En tout cas, il n'eût pas mis daus sa pièce ce que Gœthe a mis dans la siemie. Il aurait incamé dans son personnage l'esprit et les idées de son époque. Sou Faust, et les quelques traits qui nous en restent le prouvent, eût été le Faust du xviii' siècle et non celui du xix*, le seul qui réellement nous intéresse et nous touche.
Nous nous sommes arrêté un peu longuement à ce drame, d'abord à cause de l'importance que Lessing y attachait, et encore à cause du sujet auquel l'art et la poésie ont donné depuis ime popularité et un intérêt universels.
Revenons à Leipzig et constatons que l'éclectisme dramatique de Lessing n'a pas souffert de l'attrait exercé sur lui par le vieux théâtre allemand. En même temps qu'il i*êve à FaiÂSt, il étudie le théâtre italien et se propose d'insérer dans sa TheatraXùehe Bihliothek un extrait des vingt-huit comédies de Goldoni. Il annonce aussi six nouvelles pièces, dont un fragment seul, VHèrUière fortunée (VErede fortunata)^ a vu le jour. Au séjour de Leipzig appartient encore l'esquisse d'une tragédie, Virginia, qui deviendra plus tard Emilia Galotti.
A son rôtour à Berlin (mai 1758), Lessing est plein de pi-ojets, de plans de pièces. « Ma plus modeste ambition, écrit-il à Gleim, est de faire ti'ois Jois autant de pièces que Lope de Vega. » 11 n'en fera pas même autant. Maisy gagné à son tour par l'enthousiasme patriotique que les victoires de Frédéric le Grand avaient allumé en Allemagne, siirtout à Berlin, et à l'exemple de ses amis Gleim', Kleist', Weisse*, qui traduisent Tyrtée, entonnent des chants guerriers, composent des poèmes, des pièces patriotiques, où sous des noms et avec des réminiscences antiques, ils célèbrent les événements du jour. Lessing à son tour publie sans nom d'auteur sa tragédie de Philotas, apothéose du patriotisme, poussé jusqu'aux dernières limites du sacrifice et de l'héroïsme stoïcien*. Cet amour du sacrifice se montre jusque dans la construction de cette pièce, réduite à sa plus simple, à sa plus stricte expression, ^ ainsi que dans le style, dépouillé de tout ornement, condensé jusqu'à l'extrême limite de la concision. C'est une tragédie stoïcienne pour la forme comme pour le fond.
Le séjour de-Breslau, où Lessing demeure de 1760 à 1765, a donné naissance à Minna de Barnhelm, son œuvre dramatique la plus orignale, la plus achevée, et qui