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Voy. Critique dramatique, ch. V : Dcê Caraetèrer

cer ses qualités niatti*e8ses. C'est en étudiant les Œu\Tes des maîtres, en interprétant des caractères bien observés, bien creusés, conformes à la nature et à la Térité, qu'ils apprennent à être vrais et naturels dans leur jeu et dans leur débit, à reproduire les nuances variées du sentiment, le jeu complexe des passions humaines.

A cet égard, TintroduCtion sur la scène allemande du répertoire français, par les soins intelligents de la Neuber, avait été un bienfait et un progrès'. C'en était fait de la mimique effrénée et échevelée, des vociférations sauvages des Haupt ActUmen. Mais les qualités de justesse et de mesui'e dans le débit et la déclamation, de dignité et de noblesse dans l'attitude et les gestes, l'art de faire agir et parler à la fois avec naturel et dignité leurs personnages, toutes choses que les acteui-t^ allemands pouvaient apprendre à l'école de nos poètes, grâce à la routine du métier, à l'organisation vicieiise des troupes, à l'éducation trop incomplète des comédiens, dégénérèrent le plus souvent en solennité emphatique et affectée, en gesticulation mécanique et automatiquement prévue.

Il faut dire aussi que la tragédie, et même la comédie française , outre qu'ellesétaient défigurées le plus souvent par de mauvaises traductions, étaient trop étrangères aux mœurs allemandes pour que les acteura pussent s'identifier avec leurâ rôles et y mettre leur âme. Vers 1750, avec l'appaiûtion de la comédie sérieuse et du dramo bourgeois en Allemagne, un nouveau et important progrès fut réalisé dans l'art scénique.

1. Voy. sur la Neubor et sa réforme Uiéàtrole, le chapitre sur Ooltsclied dans notre premier volume : Histoire du doelrinês lilUraires et etthétiques en AUema^ne.

CRITIOUE DRAMATIQUE. 317

Le dialogue en prose, les situations de la vie domestique, des sentiments et des passions plus conformes à la réalité bourgeoise, permirent aux acteurs d'être plus naturels, d'être plus « chez eux » et les y obligèrent même.

Les pièces de Lessing, Miss Sara Sampson et Minna de Bamhelm, furent les modèles de ce genre nouveau, bien éloigné encore du réalisme grossier des Iflland et des Kotzebue, et qui sait unir, sans rien sacrifier ni de l'un ni de l'autre, le souci de la vérité et le respect de l'art*. C'est aussi le principe de la théorie de Lessing sur l'art de l'acteur, qu'il essaiera de faire triompher au théâtre de Hambourg.

Lessing, nous l'avons dit', de bonne heure déjà, à ses débuts au théâtre de Leipzig, avait observé et étudié avec soin cette partie extériem^e et représentative de l'art dramatique. Il avait continué ses observations et ses études partout où il en trouvait l'occasion. Il arrivait à Hambourg plein d'idées, de réflexions, d'expériences sur l'art scénique; et nul assurément n'était plus capable de juger et de conseiller les acteurs, dont il était appelé à suivre les représentations. Le théâtre de Hambourg possédait la meilleure troupe, recrutée .sur toutes les scènes importantes de l'Allemagne. Deux «artistes surtout y brillaient : Eckhof et M"*" Hensel, dont l'inspiration géniale avait devancé les théories du critique et leur servait de commentaire vivant'. Les-

I. Voy. B. Devrient, Getchiehte der deuiicken Schauipielkuntt, 2« vol. - S. Voy. ch. !•'", Dramaturgie, introduction.

3. Dans le chapitre précédent, nous avons raconté IMiistoire de ces deui artistes, leurs pérégrinations, jusqu*an moment de leur apparition sur le nouveau théâtre de Hambourg. Ici 11 ne sera question que de leur talent scénique.

siiig, à son tour, trouvait dans ces deux artistes la réalisation de ses propres idées, et l'occasion en même temps de les développer et de les compléter par de nouvelles observations.

Déjà dans l'introduction de la Dramaturgie, il signale une des difficultés du métier de critique dramatique : c'est de savoir, dans l'appréciation d'une pièce, distinguer ce qu'il faut mettre, en fait d'éloge ou de blâme, au compte du poète, et ce qui en revient à l'acteur. < Reprocher à l'un les défauts de l'autre, c'est faire tort et nuire à tous les deux. A l'un, on a ôté la confiance en lui-même ; à l'autre, on en a donné trop '. A l'acteur surtout, on doit la plus grande sévérité et la plus grande impartialité, car l'œuvre du poète demeure, tandis que l'art de l'acteur est éphémère ; le bon et le mauvais passent rapidement, et souvent c'est le caprice journalier du spectateur qui est cause, plus que l'acteur luimême, que tantôt le bon, tantôt le mauvais, l'ont plus vivement touché. •

De même que les théories dramatiques de Lessingse rattachent aux pièces qu'il juge, celles qui concernent Tart de l'acteur lui sont suggérées par le jeu des artistes qui les interprètent. Ainsi, dans la pièce d'ouverture : Olynthe et Sophronia, de Cronegk, il admire chez Eckhof *

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