Dramaturgie, préambule
9. La nature n*avaU pas prédestiaé Eckbof au théâtre. l\ était pelit, laid, mal bàli, presque difforme, au point d*ôtre obligé de a*appliquor sous son costume un coussin à Tendroit du cœur, pour rétablir tout bien que mal les proportions de son corps. Set pieds étaient bossuéi et il ne cherchait même pas à cacher ces excroissances. Mais llntelligonce, Ténergie, la passion de Tari, une impérieuse Tocalion, avaient triomphé de ces obstacles physiques et fait d*Eckbof un grand artiste. Le seul doa naturel dont il sut tirer un excellent parti, c'était un admirable organe. Il concentra donc toutes les forces do son talent sur la
Tart avec lequel cet acteur débite les sentences morales, qui abondent dans nos tragédies classiques, surtout dans celles du xviu* siècle. Ce n'est pas que Lessing fasse grand cas de ces vers à effet, qiii, le plus souvent, comme dans la pièce en question, sonnent et reluisent faux. Mais il constate que si le public les goûte fort, il faut en faire honneur à la manière dont Facteur sait les prononcer. Il cherche la raison de ce succès et, transformant en théorie la pratique d'Eckhof, il détermine comment doivent être débitées ces sentences pour produire tout leur effet*. Avant tout, elles doivent être dites sans hésitation, sans arrêt, comme inspirées par les circonstances présentes, et avec Taccent vrai qui montre que Tacteur comprend ce qu'il dit. Toutefois, Taccent juste ne sufBt pas. On peut à la* rigueur l'apprendre à un perroquet. Il faut les dire avec sentiment, et que « Tâme entière y soit présente ». Mais, de toutes les facultés de l'acteur, la sensibilité est la plus sujette à caution, la plus dépendante de la constitution phy-
débit et la déclamation, dont le charme et la puissance, également remarquables dans le tragique et dans le comique, faisaient bientôt oublier les désagréments physiques de sa personne, ^is 11 fallait pour cela le prestige de la scène. Schrœder raconte la déception qu*li éprouva d*abord, quand, le 91 avril 1764, Eckhof, qu*il n*avail jamais vu, débarqua à Hanovre pour entrer dans la troupe d'Ackermann : « D'une voiture couverte de toile à voile, il vit sortir péniblement un petit homme courbé, coilTé d*une sorte de bonnet de femme, s'occupant à faire descendre après lui ses petits chiens ; assistant au déballage, se disputant pendant une demi-heure avec le voilurier, enfin ne montrant ni dans son attitude ni dans ses discours, rien qui répondit à Tidée d*un grand artiste. Mais quand il le vil quelques jours plus tard dans Œdipe, Schrœder fut transporté par le jeu de Tacteur, que Tart avait transformé. • (Voy. F. L. Schrœder, par L. W. Meyer, Hambourg 1819, 1*' vol. — Voy. aussi la nouvelle biographie de Schrœder par Utzmann, !•' vol., et Devrient, 2« vol.