‹ LessingChapitre 112 sur 233 · Dramaturgie, n«" S et S · texte numérisé non relu

Dramaturgie, n«" S et S

sique et du tempérament dés individus, la plus vanable et la plus capricieuse dans ses manifestations extérieures.

Tel actetu* peut ressentir une émotion, et cependant sa physionomie, le son de sa voix, peuvent exprimer toute autre chose que ce qu'il éprouve. L'effet qu'il veut produire est manqué, et le spectateur reste froid. Tel autre, en revanche, peut être si heureusement conformé, être doué d'organes si souples et si délicats, que, lors même que son émotion est simulée, et qu'il ne fait que copier la voix et la mimique extérieure d'un bon modèle, il vous paraîtra réellement, sincèrement ému. Ce dernier sera bien mieux fait pour le théâtre que le premier; et non seulement cet acteur paraîtra ému, mais il finira par l'être réellement. A force d'imiter mécaniquement les signes extérieurs des sentiments observés chez d'autres, n'étant pas assez intelligent pour s'identifier avec son rôle et pour le sentir, néanmoins ces intonations, ces gestes, ces inflexions de voix, ces jeux de physionomie répétés, finiront par agir sur son âme, lui feront éprouver réellement ces sentiments auxquels d'abord il était resté étranger, et les éprouvant réellement, par contre-coup, il finira par les exprimer avec vérité et naturel*.

Cette théorie ingénieuse, encore qu'un peu subtile, ne s'applique qu'au cas spécial où il s'agit de choisir entre deux acteurs dont l'un sent vivement, mais dont la sensibilité n'est pas servie par des organes bien appropriés, et dont l'autre, avec d'heureux moyens physiques, est destitué de sensibilité. Lessing a raison de

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