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Dramaturgie, u

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convenances, puisqu'il continuf? à laisser Cloriiide hurler dans le ton d'une vivandière ivre. Là il n'y a plus lieu à modération et à atténuation '. »

Mais lorsqu'une actrice comme M"* Hensel rencontre un rôle bien conçu, un caractère vrai, conforme à la nature, alors on peut dire « (ju'elle fait tout ce que l'art exige ' » . Lessing a pu sans immodestie lui décerner cet éloge, à l'occasion de sa propre pièce, Miss Sara Sampsan. Le poète le mérite aussi bien que l'artiste.

Néanmoins il est plus à l'aise pour exprimer sans réserve l'admiration qu'elle lui inspire, lorsqu'il s'agit d'une autre pièce que la sienne. La représentation de la Cènie de M"' de Graffigny lui fait dire ceci : « Génie, c'est M"** Hensel. Aucun mot qui tombe de sa bouche n'est perdu. Ce qu'elle dit, elle ne l'a pas appris; cela vient de sa tête et de son cœur. Qu'elle parle ou qu'elle se taise, son jeu continue sans interruption. » On ne saurait louer une actrice en de meilleurs ternies. Malheureusement Lessing eut la malencontreuse idée de faire une réserve, oh! bien légère, et qui est encore un éloge; il ajoute : « Je ne lui reprocherais qu'un seul défaut, mais un défaut rare, un défaut très enviable : l'actrice est trop grande pource'rôle. Il me semble voir un géant qui fait l'exercice avec le fusil d'un cadet. Je ne voudrais pas, moi, faire tout ce que je serais capable de faire, même supérieurement*. » Cette restriction, bien flatteuse cependant, ne fut pas du goût de la comédienne, dont la susceptibilité égalait la vanité. Blessée sans doute d'être comparée à un géant, elle se

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plaignit hautement, rompit toutes relations avec le critique mal avisé qui, à partir de ce moment, cessa de son côté de s'occuper des acteurs.

Le silence était la meilleure vengeance, la plus humiliante punition, quHl pût infliger à leur ridicule amour-propre \

En plaçant au premier rang parmi les qualités de Tacteur, la mesure, la modération dans la voix et dans le geste, Lessing ne fait qu'appliquer à la mimique théâtrale la théorie esthétique de son Laocoon, qui défend à l'artiste, au nom de la Beauté, de pousser ses effets à leur degré et à leurs limites extrêmes.

Mais si d'un côté l'art de l'acteur participe des arts plastiques, l'acteur étant, par ses attitudes et sa physionomie, une statue et une peinture vivantes, soumis par conséquent à la loi qui gouverne ces beaux-arts, l'acteur, d'autre part, se meut et parle, et son art rentre donc aussi dans les arts successifs et transitoires. Dès lors, il lui est permis de ne pas donner à ses attitudes ce calme et ce repos qui rendent si imposantes les créations de l'art antique, c Ses mouvements pourront avoir quelque chose de l'impétuosité d'un Tempes ta, ou

1. M"" Hensttl avait d'autant moins siyet de se plaindre de la critique do Lessing, que d'autres juges se moniraient moins élogieux à son égard. On lui reprochait assez, brutalement et sans restriction laudative, ses allures masculines, rexagération de son jeu. Un acteur do la troupe, Schrœder, le beau-fils d*Ackermann, dit f qu'elle marche dans son costume comme un dragon ». Les auteurs d'une fouille théâtrale {die UtUerhallungen) l'appellent en français f raetrice qui fait peur i et prétendent que sa démarche sur la scène, dans le rôle de Cléopàtre do Rodogune, a plutôt les allures d*un flep*i-l>ra8 que celles d'une grande reine. Us lui font observer i qu'une reine dans sa colère parle autrement qu'une paysanne ». (Litzmann, Friedrich Ludwig Scknxder, vol. i. p. 170 ut suiv.)

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de la liberté d^iu Beroini, sans produire Teflet choqiiant qui dans les arts plastiques résulte de leur caractère de permanence •, »

Mais en même temps Lessing recommande aux artistes d'atténuer cas mouvements plus Tiolents, de les préparer, de c les fondre dans le ton général de convenance qui doit dominer tout ». Il leur rappelle que leur art (en tant que mimique) « est une poésie muette, mais tpn veut se rendre immédiatement intelligible à nos yeux. Aucun sens ne doit être blessé, s'il doit transmettre à râmé, dans leur intégrité, les impressions qu'il est chargé de lui fournir. » *

On peut juger encore du soin délicat avec lequel Lessing avait étudié et observé, dans tous leurs détails, les questions qui se rapportent à l'art de l'acteur, par les ingénieuses réflexions qu'il émet sur l'importaiice, dans la déclamation, du mouvement, qui est destiné à eh varier, les effets, chose que beaucoup d'acteurs igno* rent*. Le mouvement n'est pas la même chose que la me* sure. Il consiste dans le degré de vitesse ou de lenteur avec lequel la mesure est exécutée. Dans la musique, le mouvement est Uniforme. Toutes les mesures, depuis la première jusqu'à la dernière, doivent être exécutées avec la même lenteur ou la même vitesse ; et cette uniformité est nécessaire. Sans elle, l'accord des

s. Dramaturgie, n** 8. — Leasing cite comme exemple de cette Ignorance, une Jeune nclrtce, Mi»' Lœwen/dont IMoue la voix sonore et agréable, la physionomie ouverte, calme et néanmoins expressive, la seosibiiitù duiicale, mobile et vive... mais chez laquelle il regrette de ne pas trouver ces accents iniemifê dont il parle. Mais elle sait compenser co défaut par un artifice très délicat que la plupart des acteurs ne soupçonnent pas, et qui consiste précisdment dans Part de varier les roouvomenls dont le critique donne Texplication.

voix et des instiniments serait impossible. Mais un morceau de musique n'exprime qu'une seule et même chose. Il n'eu est pas de même de la déclamation. Si nous considérons une période comme un seul morceau de musique^ et les membres de cette période comme autant de mesures distinctes, ces membres, fussent-ils même d'égale longueur, et composés de syllabes d'égale durée, ne devraient cependant pas être pronancés avec la même rapidité. Car, n'ayant pas la même valeur, ni quant à l'intention, ni quant ai^ sentiment qui domine toute la période, il est conforme à la natm*e.que la voix énonce les plus insignifiantes rapidement, négligemment, comme en glissant; et que, par contre, elle s'arrête sur celles qui sont plus importantes ; qu'elle les prolonge, nous détaille chaque mot, et dans chaque mot chaque syllabe*,

« L'effet que produit ce mouvement constamment varié de la voix, est prodigieux, et lorsqu'on y ajoute, aux bous endroits, toutes les modulations de la voix, non seulement quant à la profondeur et à l'acuité, à la force et à la faiblesse, mjiis eucore à la rudessa et à la douceur, au tranchant et à la rondeur, il en résulte cette musique naturelle à laquelle s'ouvre immanquablement notre cœur, parce qu'il sent qu'elle vient du cœur, et que l'art n'y a de part qu'autant que l'art lui-même s'est changé en natm'e. »

L'art changé en nature, voilà bien le dernier mot de toute théorie esthétique, qu'elle se rapporte à la poésie, au drame ou aux arts plastiques. Ce n'est pas un des moindres mérites de Lessing d'avoir appliqué ce prin-

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