‹ LessingChapitre 116 sur 233 · Dramaturgie, n» lO · texte numérisé non relu

Dramaturgie, n» lO

cipe à rai*t de l'acteur, dont ne s'occupaient guère les savantes Poétiques du temps V La tâche était ingrate et Lessing le sent bien. Les mêmes obstacles qui s'opposaient à un libre et fécond développement de la littéra* ture dramatique en Allemagne, rendaient difficile aussi la constitution d'un art scéniqiie, fondé non plus sur une routine intelligente, sur des procédés mécaniques, ou sur les hasards d'une heureuse inspiration, mais sur des principes et des règles ayant autorité et force de loi, capables à la fois de discipliner et de féconder les dons naturels de l'artiste. Les personnalités distinguées que Lessing avait sous les yeux, n'étaient que de brillantes exceptions, qui ne laissaient que mieux apparaître la médiocrité générale.

Aussi Lessing, à la fin de sa Dramaturgie, las et découragé, reconnaissant l'inutilité de ses efforts, s*écriet-il : « Nous avons des acteura, mais nous n'avons pas l'art de l'acteur. Si cet art a existé dans les temps anciens, nous l'avons perdu. Il faut l'inventer de nouveau. De vagues bavardages sur ce sujet, on en trouve dans toutes les langues, tant et plus. Mais des règles spéciales, acceptées par tout le monde, foi-mulées avec précision et clarté, d'après lesquelles on peut, dans un cas donné, louer ou blâmer l'acteur, j'en connais à peine deux ou trois. De là vient que tout raisonnement

1. Cette théorie est renfermée dans quatre vers que Lessing é«riTlt claos VAlbum d'un arliête : c L*art et la nature ne doivent faire qu*uo sur le théâtre. Lorsque Tari devient nature, alors la nature est devenue artiste. •

Kunêt und Kalur

Sei aufder Bûhne Einet nur,

Wenn Kunêl sieh in NtUur renoandelt,

Dann htu Aalur mit KuhH gehattdeU,

CRITIQUE DRAMAÏIQUK. 331

en cette matière paraît toujours si incertain et si vague, et que Tacteur qui n'a pour lui qu'une heureuse routine, s'en trouve offensé... En général on a depuis longtemps remarqué que la susceptibilité des acteurs vis-à-vis de la critique augmente dans la proportion où diminue la certitude, la clarté et le nombre des préceptes de leur art*. »

Il est regrettable tout de môme que Lessing n'ait pas pu , ou n'ait pas voulu continuer ses observations et ses réflexions sur le jeu des acteurs. Il aurait enrichi et complété ce code de législation scénique, cette Grammaire de l'acteur, dont il n'a pu donner que des fragments. Mais plus que ses théories, ses œuvres dramatiques ont contribué, en dépit de ses plaintes, à former de bons acteurs, par la vérité, par le ïiaturel de sentiments et de langage, qui distinguent les personnages de ses pièces. Nous répéterons comme conclusion de ce chapitre ce que nous avons dit au début : les bonnes pièces font les bons acteurs. Il n'y a pas de théorie, si savante fût-L*lle, qui vaille cette vivante leçon.

1. Dramaturgie, n«* 100-104. — On peut rapprocher de ce passage, un passage analogue de la 17* Lettre sur ta litlérature. Voy. impartie, chap. H.

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