CHAPITRE m
Dramaturgie. — La comédie allemande et la comédie française. Molière. — Desiouches. — Marivaux .
En embrassant la table des matières de la Dmouiturgie de Lessing, on pourrait s'étonner que dans le répertoire de ce théâtre, destiné à développer, à encourager Tart national, à combattre Tinfluence trop envahissante du théâtre français, ce soient précisément les auteurs français qui tiennent la plus grande place.
En effet, sur les cinquante-deux pièces représentées pendant la première année, et dont Lessing rend compte, il y a trente-quatre pièces françaises sur dix -sept allemandes (plus une anglaise). Ainsi la France a fourni au théâtre national de Hambourg, un contingent double de celui fourni par TAllemagne.
On doit croire cependant que les directeur de cette entreprise nationale, tout en tenant compte sans doute du goût du public qu'il s'agissait d'attii'er, et qui préférait à la cuisine indigène les mets étrangers plus délicats et plus savoureux, ont tenu à faire la part aussi large et aussi avantageuse que possible au théâtre allemand. Mais le théâtre allemand ne pouvait pas donner ce qu'il n'avait pas, et comme le remarque judicieusement Lessing dans l'annonce de la Dramaturgie^ « le choix des pièces n'est pas une petite affaire. Mais le choix suppose la quantité, et si on ne peut pas toujours
représenter des chefs-d'œuvi^e, on voit bien quelle en est la cause'. »
Dans le contingent dramatique fourni par le théâtre allemand, la comédie tient la plus grande place : quatorze comédies et deux tragédies seulement. Cette disproportion peut s'expliquer. Sans doute, en face de la comédie française, la comédie allemande fait assez piètre figure. Mais comparée à la tragédie allemande d'alors, elle n'a pas seulement la supériorité du nombre, mais elle offre, malgi*é ses défauts naturels, et malgré Timitation évidente des modèles français, certaines qualités. On y trouve parfois de Tobsei-vation, du naturel ; elle présente une image bien pâle, il est vrai, de la société allemande, tandis que la tragédie de cette époque, sauf quelques exceptions, les pièces de E. Schlegel par exemple, ne présente que de laborieux pastiches.
Lessing sait et reconnaît ce qui manque à la comédie allemande. Sur ce point, il avoue facilement la supériorité des Français, et lui, qui s'acharne sans merci contre nos poètes tragiques, se montre en revanche assez favorable à nos auteurs comiques. Il les juge sans parti pris, eUe plus souvent l'éloge l'emporte sur le blâme. Mais quant à ceux de son pays, il les traite assez sévèrement, et trouve chez eux beaucoup plus à blâmer qu'à louer. Un seul, E. Schlegel, reçoit des éloges sans réserves, et encore pour une seule de ses pièces, le Triomphe des bonnes femmes, sa dernière et sa meilleure production (représentée le 9 juillet 1767). « A celui qui a lu la pièce elle n'en plaît que mieux à la représentation et à celui qui l'a vu représenter elle n'^n plaît que mieux