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plaisir d'amateuï, auquel ils doivent renoDcer lorsqu'arrive l'àgG de raison, l'âge des occupations et des fouctions sérieuses et utiles à la société : < Dès l'approche de l'âge viril, on doit consacrer toutes ses forces à un emploi utile, et si cet emploi nous laisse quelque loisir d'écrire, il convient de n'écrire que des choseB compatibles avec la gravité et l'importance des fonctions qu'on exerce : un joli traité sur des matières académiques, une chronique de sa chère ville natale, un sermon édifiant, etc . , etc . De là vient que notre littérature, quand on la compare, non pas seulement à la littérature antique, mais à celle de toutes les nations civilisées modernes, présente un air juvénile et même eofantin, qu'elle gardera longtemps encore. Ce n'est pas le sang, la vie, la couleur et l'ardeur qui lui manquent ; c'est la force, le nerf, la moelle et les os. Elle possède encore trop peu d'œuvres, qu'un homme esercé à penser aime à prendre en main, lorsqu'il veut appliquer son esprit àquelque objet, en dehors du cercle monotone et insipide de ses occupations journalières. Quel aliment peut-on trouver dans nos comédies si absolument triviales' »?

Cette infériorité dans l'art dramatique, et surtout

dans la comédie, que Lessing signale ici avec autant de

franchise que de sagacité, cependant n'est pas seule-

""înl due à des causes accidentelles ; elle ne résulte pas

ilement des tâlonncments d'un art qui commence,

i cherche sa voie, et qui est arrêté dans son essor

r des préjugés qui dispnraCtront. Non, elle est en

elque sorte un défaut constitutionnel, dont les Aile-

mands jusqu'à ce jour n'ont pu se débarrasser. Le puissant développement du théâtre allemand pendant l'époque classique n'a pas profité à la comédie.

La Mimia de Bamhelm reste toujours le modèle à peu près unique d'une bonne comédie yràiment allemande. Mais de même qu'une hirondelle ne fait pas le printemps, une comédie, quelque remarquable qu'elle soit, ne suffit pas pour constituer un théâtre comique. Non seulement les conditions sociales, qui ne sont pas immuables; mais la nature, le caractère, certaines qualités innées à l'esprii allemand, de l'aveu même de leurs meilleurs critiques, aujourd'hui encore et, malgré quelques remarquables exceptions, empêchent nos voisins de réussir pleinement dans ce genre, et les rendent toujours encore tributaii'es de notre théâtre*. On comprend qu'ayant, et avec raison, une si médiocre opinion de la comédie de son pays, Lessing, malgré ses

1. Nous aurions fort à foire si nous voulions apporter ici tous les témoignages & l'appui de ce que nous avançons, tant ils sont nombreux. Contentons-nous do citer l*opinion d*un penseur qui fait autorité, un des maîtres de l^estliétique allemande, Vischer, qui reconnaît lui aussi rinfdriorité de l'Allemagne dans la comédie : « La cause pour laquelle nous sommes si pauvres en comddies, c*est assurément en partie le manque d'une société, d*une capitale qui donne le ton, qui constamment produit des types et des sujeis comiques ; on partie aussi lo manque de liberté politique ; mais plus oncoro une certaine étroitesso {Eimeiiigkeit) de talent chez nos auteurs. La profondour du génie allemand lui permet de saisir le fond des choses, de réussir dans la peinture humorisliquo ded caractères ; mais il lui manque le sens de la forme, Tart de combiner une action, de nouer une intrigue. Il résulte de là que lo talent supérieurement doué ne peut rien produire, car sans action point de drame, et qu'il est surpassé par un talent plus facile, qui, sans beaucoup de peine, imagine une action, produit des caractères superficiels, conventionnels, souvent frivoles et même peu comiques, avec lesquels il opère comme un Joueur avec ses jetons, ot nous, malgré notre richesse, nous sommes encore heureux d*avoir uu Kotxebue à nous mettre sous la dont. » {Aetthetik, {917, p. 14S6.)

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préventions à Tégard du théâtre français^ dont il cher* ché à miner rinfluence, ne peut pas ne pas reconnaître, quoi qu'il en ait, les mérites supérieurs de nos auteurs comiques. Molière, Regnard, Marivaux,' Destouches, lui ofirent précisément les qualités qui manquent le plus à ses contemporains*. Aussi n'hésite-t-il pas à les louer, loi*sque son métier de critique dramatique Tamëne à les juger.

Bien plus, lui, Tapologiste du théâtre anglais, vers lequel il s'efforce d'amener l'Allemagne, il fait ses réserves expresses à l'endroit de la comédie. Il lui préfère la comédie française. U Écossaise àe Voltaire lui fournit l'occasion de s'expliquer là-dessus. Cette comédie, publiée en ITGO sous un faux nom, et donnée comme traduite de l'anglais, avait été retraduite en anglais par Colman, qui l'avait modifiée en plusieurs endroits, chargée d'épisodes, pounmieux l'accommoder au goût anglais. Mais Lessing préfère la pièce française. « Nous autres Allemands, nous nous accommodons volontiers d'une action moins touffue et moins compliquée. La manière anglaise distrait trop et fatigue notre attention. Nous préférons un plan simple et qui se laisse embrasser du coup Les meilleures comédies des Wi-

cherley et des Congre ve nous seraient insupportables

1. Il est assez surprenant que le comique danois Uolborg, auteur très original, très fécond, dont l'esprit a beaucoup d'affinité avec l'cspril allemaud, très populaire en Allemagne, et que Lessing d*alUeurt a imité en plus d'un endroit, il est surprenant qu*HoItHirg n'ait trouvé place ni sur le théâtre de Hambourg, ni dans la Dramattirgie» Lessing n*en parle qu'une fois ot asseï dédaigneusement, dans un article du Journal dé Berlin fi75i)à roccaslon de ses fables. (Voy. A. ScUimberg, Ueber den Einfluu Hofberg'i und Desiouche'ê auf Lstêing's Jugend^ dramen (i883).

sans avoir été émoiidées de leur trop luxuiûante- végétation. Nous nous arrangeons déjà mieux de- leurs tragédies. Plusieurs d'entre elles ont réussi chez nous, ^ans le moindre changement. On n*en pourrait dire autant d'aucune de leurs comédies*. »

Cette critique de la comédie anglaise n'est-elle pas en même temps un éloge indirect de la comédie française?

Il ne faut pas oublier d'ailleurs que nos auteurs ont été, avec Plante, les maîtres de Lessing. Il les a étudiés, analysés, imités, pendant sa période d'apprentissage à Leipzig. D'eux il a appris à composer, à construire une pièce; à poser ses personnages et à les faire parler naturellement. Il a tiré profit de toutes ses études. Rien n'était perdu pour lui. Même ses pièces originales, qui résultent d'une autre conception du théâtre, se ressentent de la fréquentation de ses premiers maîtres français, et si Gœthe admire l'exposition de Mintia de Bamhelm et ne la trouve comparable qu'à celle de Tartuffe, unique dans son genre •, il semble indiquer en même temps quel modèle Lessing devait avoir devant les yeux, ou dans sa mémoire. En retrouvant plus tard sur le théâtre de Hambourg les maîtres de sa jeunesse, il se rappelait sans doute ce qu'il leur devait*. Il se savait leur obligé, et le critique a acquitté envers eux la dette contractée par l'auteur.

Le répertoire du théâtre de Hambourg dont Lessing suit la marche, l'amène à passer en revue, successive-

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