Témoia réloge éloquent de Richordsoa par Diderot
d'observation pour le poète et le romancier allemand. Là, l'auteur et le public pouvaient se sentir chez eux et s'affranchir de l'imitation servi le et stérile des modèles étrangers. C'est dans la bourgeoisie, dans la classe moyenne que, depuis le commencement du siècle, la littérature allemande avait trouvé son domaine naturel, et sa tendance générale la portait vers l'enseignement et la prédication morale. En outre, la sentimentalité, qui est un des traits du caractère allemand, étouffée jusque-là par l'engouement exotique, commençait à se réveiller et à se répandre dans la poésie et dans le roman. Tout favorisait donc le succès de la comédie sérieuse, sentimentale et moralisante, et, en attendant les créations originales, les œuvres étrangères devaient trouver un accueil favorable. Car, là même où l'Allemagne se retrouvait et se reconnaissait elle-même; elle était condamnée encore à l'imitation et à l'importation étrangère.
Celui qui devait être le réformateur et l'émancipateur de la littérature allemande, et qui dès ses débuts dans la carrière médita de doter son pays d'un théâtre national, Lessing, dut accueillir avec empressement cette forme dramatique nouvelle, qui rompait avec le système et la tradition classiques, tout-puissants en Allemagne, et qu'il s'agissait de renverser. Cependant son opinion tout d'abord n'est pas faite. Il n'a pas encore pris parti.
Dans ses premières pièces de 1748 à 17Ô2, il est encore disciple et imitateur de Molière, de Regnard, de Marivaux, en un mot, de la vieille comédie française. Mais déjà dans le Recueil 'périodique et critique qu'il publie en 1750, la Theatralische Bibliothek, il insère, mais en
juge impartial, deux dissertations: Tune contre et l'autre pour la comédie sérieuse et sentimentale; la première d'un académicien français de la Rochelle ^ q[ui défend la distinction traditionnelle du genre comique et du genre tragique ; l'autre d'un Allemand, le célèbre Gellert, de Leipzig, qui en latin (c'était une dissertation inaugurale, un programme de cours*) plaide en fayeur du genre mixte qui les réunit l'un et l'autre'. L'académicien français combat la comédie sérieuse, d'abord au nom de l'antiquité classique, qui ne connaissait pas et n'eût pas accepté cette distinction, et ensuite au nom de la nature humaine elle-même, qui ne supporte pas ce mélange d'impressions et de sensations contraires que lui offre la comédie nouvelle. Ce passage brusque de la gatté à la tristesse et de la tristesse à la gatté fait violence à l'âme et occasionne des mouvements désagréables et forcés. D'ailleurs, la distinction des genres n'est pas arbitraire ; même au nom de la liberté et du droit d'innover, il n'est pas permis d'y rien changer, et aucune littérature jusqu'ici ne l'a tenté. En outre, la morale d'une pièce ne doit pas être, comme le veut la comédie touchante , l'œuvre du personnage principal. C'est lui, au contraire, qui doit être l'objectif des traits moqueurs et satiriques du poète. C'est aux personnages secondaires que revient ce rôle. Et puis cet étalage de beaux sentiments, ce ton toujours larmoyant, ces aventures romanesques qu'on nous raconte, et qui n'ont aucune analogie avec notre propre situation, tout cela peut tout au plus provoquer notre pitié,