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Chassiron

S. De Comœdia commovente,

S. Voy. Dramaturgie, ch. 1*', introduction.

mais ne nous donne pas cette impression utile et salutaire que nous recevons de la peinture comique de nos ridicules et de nos travera. Le genre de la comédie proprement dite est infiniment plus fécond et plus riche que celui de la comédie sentimentale.

L'argumentation de l'académicien français est assez faible. Des affirmations plutôt que des preuves. L'autorité des anciens n'est pas une raison absolue, pas plus que la défense de rien changer aux choses existantes. L'antiquité d'ailleurs n'ignorait pas complètement la comédie légèrement attendrie ; et le mélange du tragique et du comique n'était pas non plus une nouveauté au XVII* siècle. On en trouve quelques exemples en France auxvii' siècle, et on le rencontre dans chaque drame de Shakespeare.

Ce n'est pas d'ailleurs par ce mélange que se distingue la comédie sentimentale. Au contraire chez Nivelle de La Chaussée, elle est exclusivement sentimentale et touchante. Quant à sa prétendue stérilité, l'avenir seul peut la prouver. Enfin le plaisir supérieur que nous retirons de la comédie classique, est chose relative et personnelle, et ce plaisir, fût-il même supérieur, ne constituerait pas un argument décisif contre une forme différente et nouvelle.

L'apologie de la comédie sentimentale par le professeur allemand est plus judicieuse que le réquisitoire de l'académicien français. Gellert distingue deux sortes ou plutôt deux degrés du ridicule et du comique : le comique palpable en quelque sorte, qui provoque un rire bruyant, tout extérieur, et le comique plus fin, plus discret, qui cause un plaisir plus délicat et tout intérieur; qui fait plutôt sourire que rire.

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La ix)mé(lle n'est pas tout entière dans ce comique absolu. Elle comporte aussi un élément supérieur, plus sérieux, et qui est nécessaire pour que le rire ne soit pas affaibli par sa continuité même. Autrement les charmantes comédies de Térence ne seraient pas des comédies. De quel droit repousserait-on une comédie qui, outre le plaisir, nous donne une émotion qui sans doute a l'apparence de la tristesse, mais qui en ellemême est très douce ?

Quant au reproche fait au genre nouveau de n'être qu'une tragédie 30us le nom de comédie, et de détruire ainsi la différence naturelle qui existe entre l'une et l'autre, Gellert y répond, en distinguant entre les sentiments qui sont du domaine de la tragédie et ceux que la comédie touchante revendique pour elle. « L'amour que représente cette comédie, n'est pas cet amour héroïque que le devoir, le courage, l'ambition rendent indestructibles ou détruisent à jamais ; ce n'est pas un amoiu* violent, désespéré, mais un amour doucement inquiet, qui sans doute rencontre des obstacles qui l'augmentent ou l'affaiblissent, mais dont on triomphe heureusement, et dont l'issue, sans être toujours agréable aux personnages de la pièce, est généralement conforme au désir des spectateurs.

Il n'y a donc pas de confusion à craindre. Si l'action héroïque est le sujet de la tragédie, l'amour par son côté plus délicat, ainsi que les autres sentiments et les vertus de la vie privée, appartiendront à la comédie touchante.

Yoici le terrain de la comédie nouvelle nettement délimité :

Elle n'est pas un produit b&tard, un monstre, qui em-

prunte à d'autres êtres ses membres disparates 4 elle a son objet propre, son domaine à elle ; et si elle ne répond pas aux définitions traditionnelles des poétiques, c'est que ces définitions ont été tirées de pièces antiques ou imitées de l'antiquité. Pourquoi les modernes, à . leur tour, n'en feraient-ils pas de même pour leurs pièces à eux, ou n'élargiraient-ils pas les définitions consacrées, pour y faire entrer des éléments nouveaux?

Cette démonstration qui semble une réfutation directe de l'attaque contenue dans Id première dissertation, peut paraître assez péremptoire. Elle se borne à revendiquer pour la comédie nouvelle sa place au soleil, sans prétendre cbasser de la leur, la tragédie et la comédie.

Lessing après avoir laissé parler les deux parties, se prononce à son tour.

Mais déjà avant de leur avoir donné la parole, il a essayé d'expliquer, ce que n'ont pas fait les deux critiques, l'origine et la raison d'être de cette innovation dramatique. Il remarque qu'après avoir fait longtemps rire le spectateur, on a voulu le faire pleurer et le toucher par le spectacle des vertus ; de là, la comédie sérieuse. D'autre part, on a admis les bourgeois au privilège, réservé jusque-là aux héros et aux princes, d'exciter la terreur et la pitié ; de là, le drame bourgeois. Quant aux causes de cette double origine, il prétend les trouver dans le caractère même des deux nations : « Le Français veut toujours paraître plus grand qu'il n'est ; l'Anglais, au contraire, veut rabaisser jusqu'à lui tout ce qui est grand. L'mi trouvera déplaisant d'être toujours montré par ses côtés ridicules. Un secret amourpropre le portera à faire paraître ses semblables sous un

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aspect noble. L'autre ne peut se résigner à accorder tant d'avantages aux têtes couronnées. Il sent que les violentes passions et les hautes pensées ne leur appartiennent pas de préférence à ceux de sa classe. »

Ce parallèle antithétique, qui est une des formes favorites de la critique de Lessing, manque de justesse et de vérité, surtout en ce qui concerne la France. Lessing, ici comme ailleurs et dans la suite, raisonne dans l'abstrait et d'après des idées préconçues et dès préventions invétérées. En admettant que la vanité soit le fond du caractère français, ce défaut n'est pour rien ni dans le succès de la comédie sérieuse, ni dans l'insuccès de la tragédie boiu*geoise de Diderot. Celle-ci réussit médiocrement, comme l'a fait observer un judicieux critique, parce que son auteur manquait de goût, de mesui*e et de naturel '.

Ensuite, si l'on explique la comédie sérieuse ou sentimentale, par notre caractère national, on se demande pourquoi ce genre n'a paru qu'au xviii* siècle. Il semble que ce caractère national était déjà bien formé au xvii** siècle, où florissait la tragédie héroïque, qui est bien différente de la comédie sérieuse.

Mais ce qui est plus important que ce préambule, ce sont les conclusions de Lessing, son opinion sur la nouvelle forme de la comédie.

D'abord, en bon logicien, il demande qu'on s'entende sur la déûnition de ce qu'on appelle comédie sérieuse, sentimentale ou larmoyante. Faut-il entendre par là une comédie où le grotesque se mêle au sérieux et à l'honnête, ou bien une comédie où tout est attendris-

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aement; une comédie où on ne rit pas toujouiB, ou une comédie où on ne rit jamais? Poiu* la première, pas d'objection à faire. Elle est autorisée par l'exemple des anciens (les Captifs et le Triumnus de Plante), et Molière dans quelques-unes de ses pièces (le Tarluife et le Misanthrope) en 9' donné des échantillons. Gelle-là est la vraie comédie^ la seule qui mérite ce nom; sérieuse et comique à la fois ; la plus conforme à la réalité de la vie humaine, où les fous et les gens sages sont mêlés. Une société de fous est presque aussi invraisemblable qu'une société uniquement composée de gens raisonnables. Mais en reproduisant sur le théâtra ce mélange de raison et de folie, qui est la vie, la comédie montre au spectatem*, non seulement les défauts qu'il doit éviter, mais aussi le^ qualités qu'il doit imiter. Il lui fait voir dans un môme tableau ces deux aspects de la réalité, l'un faisant ressortir l'autre.

Quant à la comédie qui ne veut que nous émouvoir par le spectacle des vertus et des mœurs honnêtes, Lessing en fait peu de cas, et n'a pas une très haute idée des spectateurs qui s'y plaisent. Il la regarde comme une déviation du type de la vraie comédie,, ainsi que celle qui veut uniquement nous faire rire, et qui s'appelle la farce. Ces 4eux formes incomplètes de la vraie comédie ne doivent pas cependant être mises sur le même rang. La farce est pour le peuple; la comédie sentimentale s'adresse à un public choisi, « aux personnes d'une tendresse e^^cessive, qui veulent mériter la gloire qui s'attache aux âmes sensibles, même aux endroits où les honnêtes gens bâillent. » Cette catégorie de spectateurs est d'ailleurs restreinte. Elle ne foi*me guère que le vingtième des habitués ordinaires

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du théâtre. L'attention qu'ils pi*étent à ce spectacle n'est, en définitive, qu'un hommage qu'ils rendent à leur amour-propre, un aliment qu'ils fournissent à leur vanité.

L'effet moral de ce genre de pièces paratt même douteux à Lessing : « Chacun se croit d'autant plus capable des nobles sentiments et des belles actions dont il est témoin, qu'on ne lui donne pas le moyen de penser à l'envers de ce beau tableau et de s'y comparer. Il reste ce qu'il est, et de toutes ces belles qualités qu'on lui a fait admirer, il n'emporte que l'Illusion de les posséder lui-même'. »

Lessing se prononce donc catégoriquement en faveur de la comédie sérieuse : celle de Destouches, qui renferme encore quelques éléments de vraie comédie. Mais il rejette absolument la comédie entièrement touchante et sentimentale, celle de La Chaussée, contre laquelle Voltaire s'était aussi prononcé*. Il va même plus loin que Gellert, qui s'était borné à revendiquer pour ce genre nouveau, au nom du progrès et des libertés du génie poétique, le droit de cité à côté de la comédie ancienne et classique. Mais pour Lessing, la comédie sérieuse est la vraie comédie, la représentation fidèle de la réalité, et qui réalise complètement le des* sein de la comédie, qui est de nous instniire et de nous rendre meilleurs ; car elle ne nous montre pas seulement les défauts que nous devons éviter, mais aussi les

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