Leasing se vengea par une épigramme assez méchante
Pourquoi le plus rusé Juif de Berlin n*est pas parvenu à tromper la plus spirituel des hommes de France.
fl Voulez-vous savoir pourquoi la malice du juif n*apas eu de succès? Écoulez la rôponso : M. de V... était un plus grand coquin que lui. >
En outre, après la mort de Lessing on trouva sur une feuille un sujet d*une fable de Phèdre:
« La morale est celle-ci : que c*est une affaire très délicate de vider un différend où les deux parties sont reconnues fourbes. Ainsi par exemple dans le procès de Voltaire contre le juif Hirsch, U y a quelques années, on aurait fort bien pu dire au juif :
Tu non videris perdidisse quod petis, et à Voltaire :
Te credo turrijmiae quod pulchre negai,
S. De Tespognol : Examen des crânes en vue de la ecienee, de Joan
CRITIQUE UTTÉRAIRE. 21
il fonde une nouvelle revue, la Theairalische Bibliothek déjà mentionnée, et gui parut de 1754 à 1758. En 1753, il publie ses Œuvres en deux volumes d'abord, contenant, le premier, ses poésies de jeunesse \ chansons, odes, fables, épigrammes, fragments de poèmes didactiques ; le second, im choix de Lettres reproduisant, sous cette forme très usitée au xv!!!*" siècle, plusieurs articles parus dans la Gazette de Voss*, En 1754 et 1755, suivent quatre nouveaux volumes, contenant, le premier, les Réhabilitations (Rettungm) écrites pendant son séjour à Wittenberg ; les trois autres, ses premières comédies et sa tragédie bourgeoise : Miss Sara Sampson.^ Ces volumes, qui réunissent tout ce que Lessiug a produit jusque-là, ne sont encore que l'œuvre d'un auteur de vingt-quatre ans, d'im débutant, mais qui promet de devenir un maître. Articles de journaux, travaux de critiq[ue littéraire, d'histoire religieuse, comédies, ne sont que des essais, des préparations à des productions mûres et achevées. Nous les retrouverons quand nous aborderons celles-ci, auxquelles elles se rattachent naturellement. Mais nous devons dire ici un mot de ses poésies de jeunesse, chansons, odes, qui remplissent le premier volume, car nous n'aurons plus occasion d'en parler dans la suite. Lessing n'a pas poLu*suivi ce genre,
Iluarte; du français: VHMoiredes Arabes, de Vahbé Marigny; la suite do VHiêtoire aiieienne, do RoUin ; Lellret au pnbtic, de Frédéric le Graod ; de Tauglais : Analyse de la Beauté, de W. Hogarlh ; Exercices de piété de ta bienheureuse M^^ Itowe, publias par Isoac Watts.
1. Déjà publiées deux ans auparavaut sous le litre : BagaAelles {KleinigkeHen),
2. U ne faut pas conrondre les Lettres (tout court) avec les Letires sur la littérature dv jour parues on I7ft9, et dont nous parlons en dé* tail dans le chapitre suivant.
32 , LEâSlNG.
dans un juste sentiment de ses forces et de sa véritable vocation, qui n'était pas la poésie lyrique. Lessing est avant tout et partout critique, penseur, dialecticien. L'inspiration prime-sautière, le don de traduire immédiatement en images les impressions et les sentiments éprouvés, le don poétique en un mot, il ne le possédait que faiblement. Les joies et les soufiirances de l'amour, les orages de la passion, ont bien rarement troublé sa vie. Aussi ses poésies légères et éroliques manquentelles de naturel et de spontanéité. La réflexion y parait trop, et l'émotion est aouveut factice. On voit bien, et il. veut qu'on le croie, que ces coupes qu'il a vidées, ces baisei-B qu'il a donnés, ces belles qu'il a aimées, ne sont que des réminiscences classiques, des allégories, une imitation des po&tes anacréontiques à la mode'. Beaucoup de ses cbansons ont un sens épigrammatique et ce sont les meilleures, pai'ce que l'ironie, le trait satirique, tout ce qui rel6ve de l'esprit est tout à fait dans les cordes de Lessing. Là, il est sincère et naturel. S'il n'a pas toujours éprouvé réellement les émotions d'ivresse ou de plaisir qu'il chante, il a toujours pensé, médité les réflexions malignes qui lui échappent. Aussi Lessing est-il resté fidèle à l'épigramme , ainsi qu'à la fable, à laquelle il a donné un caractère souvent épigi-ammatique toujours didactique et philosophique'.
I. Dana unolellre A «on pAro (IB avril 174»), il M dûren<I avec clialeur conire loul eoupsoD de conduile immorale qu'on pourmil supposer, i la leclure do ses poiSsIee aancréoD tiques. Ses wnrlmeiils n'ODl rien i voir avec ses vers. C'est lo lenlnlloa de s'eiercer danl loua les genres de podslo qui lus n rail naître. Qusnd on ne cherche pas quelle ■phére peut vous convenir, on se risque dans une huMe, où l'on peut Il peine a'âlever au-dessus du miidlocra, quand dans une sutto on aurait peut-être pu s'éiovor à une liautourprodiglciise.
t. Vo;. ch. Il ; les Dtiierlaiioiu (ur la Fabtt.
Les travaul de journalisme et de critique de Lessing, la publication de ses œuvres avaient attiré Tattention du monde savant et littéraire sur le jeune écrivain. Il n^est pas encore célèbre, mais il est connu, approuvé par beaucoup, craint par quelques-uns. De sérieux amis se sont groupés autour de lui, qui travailleront avec lui à Tœuvre de réforme et d'émancipation littéraire à laquelle il s'est voué. C'est maintenant| croyons-nous, le moment de faire coimattre de plus près ce milieu intellectuel de Berlin, le théâtre de l'activité de Lessing et de ses amis.
Depuis le commencement du siècle, depuis que Télectorat de Brandebourg était devenu royaume de Prysse (1701), Berlin s'était agrandi en étendue et en population, s'était enrichi de monuments et d'établissements publics, et prenait de plus en plus la physionomie d'une capitale. Mais c'est du règne de Frédéric II que date réellement son influence prépondérante dans le développement politique et littéraire de l'Allemagne. Par ses victoires et ses conquêtes, Frédéric avait fait de la Prusse une puissance redoutée, lui avait donné une importance et un prestige inconnus auparavant. Il avait exalté l'orgueil national, réveillé le sentiment patriotique de sa léthargie sécidaire, donné à la nation ailemsmde tout entière im point d'appui, un principe et une substance de vie intérieure {einen inneni Lebensgehait) \ L'enthousiasme excité par la gloire militaire de Frédéric avait eu son contre-coup dans la littératiure, et avait provoqué une explosiou de poésie patriotique. Les anacréontiques de Halle : Gleim, Uz, Gôtz, Lange,