Voy. Critique linéaire, cli. I
i. Voy. Critique esthétique, cli. I".
exemples dans ses pièces, et Texposé théorique, dans les Entretiens sur le FUs naturel et dans son Essai sur l'Art dramatique.
Pièces et théories ont également séduit Lessing, car elles correspondaient à ses propres idées encore vagnement formulées, mais qu*i\ voyait maintenant précisées, développées, démontrées et réalisées sur la scène. En 1760 il donne une traduction du FUs naturel et du Père de famille, ainsi que de V Essai sur l'Art dramatique, avec une préface \ Dans cette préface, Lessing vante < le génie et le goût que Ton trouvera dans les pièces et daus les théories de cet esprit original, qui pousse plus loin dans les routes déjà battues, et trace de nouveaux sentiers dans des contrées inconnues*. > 11 va jusqu'à dire que c depuis Âristote aucun esprit jilus philosophique que lui, ne s'est occupé du théâtre, et la preuve c'est qu'il ne croit pas que le théâtre de sa nation soit arrivé au point de perfection où le voient les esprits médiocres, et à leur tête M. le professeur Gottsched ».
'Lessing salue déjà en Diderot, l'adversaire de la tragédie française et son auxiliaire dans la campagne qu'il projette contre l'ennemi héréditaire du théâtre national. 11 espère « que cet homme, qui est persuadé que l'art dramatique est susceptible d'effets plus puissants que ceux que produisent les chefs-d'œuvre tant vantés de Corneille et de Racine, sera plus écouté eu Allemagne que chez ses compatriotes. Il le faut, si nous
1. Celte traduciion parut d^aliord sans nom d'autour. Mais dans une nouvelle édition en 1781, précédée d*uno nouvelle préface, figure le nom de Leasing.
s. Voy. Œuvres, vol. 8. Éd. U.
voulons prendre rang parmi les nations polies (gesilteten) qui ont chacune leur propre théâtre » .
Vingt et un ans après, en 1781, dans la préface de la seconde édition de sa traduction, Lessingn'a pas changé d'opinion. Il exprime sa recoimaissance à Thomme qui a eu une si grande part à l'éducation de son s^as littéraire : « Quel qu'il soit, j'ai conscience que, sans les exemples et les doctrines de Diderot, il eût pris une tout autre direction, plus personnelle peut-être, mais qui prabablement n'eût pas satisfait davantage mon esprit. » Ce qui justifie son admiration pour Diderot, et ce qui explique aussi pourquoi ses pièces ont eu en Allemagne plus de succès qu'en France, c'est qu'elles peignent non plus des mœurs locales et particulières, mais la nature humaine elle-mâme. «L'Allemagne peut s'y reconnaître, tandis qu'elle ne se. reconnaît pas dans les pièces de ses prédécesseurs que la mode lui impose, et où les Français, eiu, trouvent ce que les Allemands s'imaginent seulement y trouver.. »
Cette préface qui date de l'année même de la mort de Lessing, est un pieux hommage de reconnaissance, sans restriction critique^ qui rattache cette seconde édition à la première. Lessing se replace dans les dispositions où il était vingt ans auparavant, quand il publia pour la première fois sa traduction.
Mais entre ces deux préfaces se place l'œuvre critique décisive de Lessing, la Dramatwgie . A plusieurs reprises, directement et indirectement, il trouve l'occasion déjuger les œuvres et les théories de son maître. Sans doute, il l'admire toujours ; il lui emprunte comme les meilleures armes dont il puisse se servir, ses objections contre la tragédie française. Mais son admiration n'est
plus tout à fait montée au même ton. Elle n'est pas absolue. La critique s'y mêle. Ce n'est plus le disciple seulement, c'est le maître qui se montre à son tour.
L'esprit indépendant et personnel de Lessing, s*il adopte volontiers les idées qui corroborent les siennes, ne s'y soumet pas entièrement et sans réserve. L'admirateur n'impose pas silence au critique. Lessing maintenant discute, réfute Diderot sur différents points. L'étude plus approfondie qu'il a faite depuis, de la Poétique d'Aristote, et aussi ses propres réflexions, ont modifié à certains égards ses idées sur le théâtre, et Diderot n'est plus le théoricien impeccable qu'il avait loué autrefois. Ainsi, le Fils naturel et le Père de famille qu'il avait dans sa première préface confondus dans le même éloge, maintenant n'ont plus une valeur égale à ses yeux. Tout en déplorant que Diderot ait été enbutle à la perfidie et aux calomnies d'une critique envieuse*, Lessing convient qu'il avait donné quelque prise à ses détracteurs dans le Fils naturel. Ce premier essai n'est de loin pas à la hauteur du Père de famille. « Trop d'uniformité dans les caractères, et dans ces caractères trop de romanesque ; un dialogue gourmé et précieux ; im appareil pédantesque de sentences philosophiques à la mode du jour, tout cela donnait beau jeu aux critiques. Surtout la solennelle Constance, qui va si philosophiquement à la chasse au mari, et qui s'entretient si doctement, avec un homme qui ne veut pas d'elle, des enfants vertueux qu'elle poun^a avoir de lui, tout cela a donné raison aux adversaires de Diderot, et a mis les rieurs de leur côté. D'autre part on ne peut pas nier que