Dramaturgie, n
invraisemblable ramitié entre deux caractères aussi opposés gu'Âlceste et Philinte'.
Quant à Tidée elle-même émise par Diderot, d'introduire les professions sur la scène, elle contient certainement une part de vérité, et a été mise à protit par le théâtre contemporain. Nos auteurs ont renoncé à ces types généraux et abstraits, désignés seulement par le trait ou le défaut saillant de leur caractère. Aujourd'hui les personnages de nos pièces ont une profession, un état, une position sociale; ils sont quelqu'un et ils sont quelque chose. Par là, ils tiennent de plus près au monde réel; ils sont plus vivants. Mais ils n'en ont pas moins leur caractère humain, qui est toujours Tessentiel, quoi qu'en dise Diderot. Seulement, ce caractère n'est plus une abstraction ; il prendjune forme plus concrète, plus déterminée. La condition sociale des personnages influe sur leur caractère, leur imprime sa marque, leur donne une tournure, une allure, une physionomie particulières et ajoute par conséquent à la vérité et à la variété des portraits.
£n mettant les professions sur la scène, et en leur donnant une importance prépondérante, Diderot va à rencontre de sa philosophie et de sa conception même de l'art dramatique. Ce qu'il demande avant tout au théâtre, c'est de nous montrer la nature humaine dans sa franchise et son intégrité. Or la profession c'est ce que la société et la civilisation ajoutent et imposent à
1. « Si Philinte n^existait pas, il naitrait de reiagôniioQ même d*kU
^ caste, et tout prés de lui, non pour le faire valoir, mais parce que
c*est le propre des caractôres eicessifs d^engendrer leurs contrastes
oe fût-ce que par contradiction. ■ Nisard, Hiêloire de la Ultérature
françaite, \. IV, { 4. Diderot, Théorie de la comédie sérieuse.
rhomme, réiément factice qui se supei*pose à la nature. La profession n'intéresse en définitive que ceux qui en sont. C'est Thomme lui-môme que nous voulons voir sur la scène.
Mais Lessing n'en a pas fini encore avec Piderot et avec ses théories dramatiques.
Dans le troisième Entretien sur le Fils naturel, où il expose sa nouvelle poétique du théâtre, Diderot établit la différence entre le genre comique et le genre tragique, qpii, selon lui, consiste en ceci : que le genre comique a pour objet des espèces, c'est-à-dire des types généraux, et le genre tragique des individus.
€ Le héros d'une tragédie est tel ou tel homme ; c'est ou Régulus ou Brutus ou Gaton et ce n'est point un autre. Le principal personnage d'une comédie doit au contraire représenter un grand nombre d'honmies. Si, par hasard, on lui donnait ime physionomie si particulière qu'il n'y eût dans la société qu'un seul individu qui lui ressemblât, la comédie retournerait à son enfance et dégénérerait en satire \ »
Applicpiant cette théorie à un exemple concret, Diderot critique Térence qui, dans sa comédie i'Heautontlmoroumenos (le bourreau de soi-même), nous présente un caractère si extraordinaire, si exceptionnel, « que la plus grande ville, dans le cours d'un siècle, n'en offrirait pas un exemple » .
Lessing défend Térence ou plutôt Ménandre, le véritable auteur de cette comédie, contre Diderot, et lui reproche d'être, à son tour, tombé dans le même défaut. Son Fils naturel Dorval, n'est-ce pas là un carac-