‹ LessingChapitre 148 sur 233 · Dramaturgie, d · texte numérisé non relu

Dramaturgie, d

S. LestiDg donne une analyse très étendue des Ibéories de Hurd, qui remplit quatre numéros de la Dramaturgie, n<>* 99-96. Nous n*en gardons que ce qui se rapporte directement à la question traitée ici.

rents genres dramatiques, qui fait suite à son commentaire sur VArt poétique d'Horace, Hurd trouve que ce qui distingue la comédie de là tragédie, c'est que la première représente une action inventée, la sec(Hide une action vraie, et il en conclut que la comédie nous montre des caractères généraux, et la tragédie des caractères individuels, c L* Avare, de Molière, n'est pas tant le portrait d'un homme avare, que celui de l'avarice elle-même ; tandis que le Néron, de Racine, n'est pas la peinture de la cruauté, mais celle d'un honune cruel. > Voilà qui semble bien séparer les deux genres qu'Aristote avait réunis, en attribuant aux personnages qu'ils mettent en scène cette même généralité typiq[ue qui est propre à la poésie et qui la distingue de l'histoire. Mais Hurd s'explique, et cette explication le remet dans le vrai chemin. Il a voulu dire seulement que les caractères de la tragédie sont plus individuels que ceux de la comédie. Le dessein de la tragédie ne permet pas au poète de réunir dans ses personnages autant de traits caractéristiques, que peut le faire le poète comique. Car dans la tragédie, on ne nous montre d'un caractère que ce qui est nécessah*e au développement de l'action, tandis que la comédie peut recueillir et réunir tous les traits qui sont constitutifs d'un caractère et qui le distinguent de tous les autres. Si donc Hurd dit que les caractères tragiques sont individuels, il veut dire par là qu'ils représentent moins que ceux de la comédie, mais que ce qu'ils nous montrent, si peu que ce soit, doit néanmoins teudre au général. Réciproquement, en ce qui concerne la comédie, elle doit rendre ses caractères aussi généraux que possible, et en faire, en quelque sorte, les représentants de toute une espèce ; mais elle

ne doit pas concentrer dans un seul personnage, tous les effets possibles et quelquefois contradictoires, par où ce caractère pourrait se manifester, mais seulement ceux qui se produisent réellement, et que Texpérience confirme. En ceci, selon Uurd, Plante et Molière ont péché dans la comédie de V Avare*.

Hurd pense donc, au fond, comme Âristote, puisqu'il ne refuse pas à la tragédie cette généralité, ce xa^oXou qui est le propre de la comédie. Il ne lui accorde qu'un moindre degré de généralité, et Lessing marque très bien cette différence entre les deux genres, en disant « que la comédie nous présente des caractères personniûés, tandis que la tragédie nous présente des peraonnages caractérisés (characterisirte Personen). Le poète comique, on peut du moins le supposer, part de la conception générale et abstraite d'un caractère, qu'il personnifie dans un individu, tandis que le poète tragique prend une individualité réelle et concrète, dont le caractère est donné par l'histoire, mais qu'il étend, qu'il élève jusqu'à la généralité d'un type. Néron, dans Britannietés, n'est pas seulement le personnage historique qui porte ce nom. Il est jusqu'à un certain point la personnification de la cruauté elle-même, mais avec des traits, avec une physionomie qui n'appartiennent qu'à lui. Le critique anglais est donc d'accord avec Aristote, à la grande satisfaction de Lessing, pour qui, être en opposition avec le législateur de la Poétique, est le plus grand tort et le plus grand malheur'. Mais Diderot est-il dans le même cas ? Lessing voudrait bien le

1. Sur celte question, noua reuToyons au chapitre sur Molière.

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