‹ LessingChapitre 15 sur 233 · Leitret 5 et · texte numérisé non relu

Leitret 5 et

t. Lettre 7, p. 5:i. Critique littéraire » Voy. chopllre II.

s. Lea Lettres de Nicolaï uvaièut paru sans nom d*autouret pendant quoique temps Lessing passa pour en être l*auteur {Lettre de Letting d Rammler, ii dëc. 1765).

théories. Quoi qu'il eu soit, cette communauté de aympathies et d'autipalhies littéraires rapprocha Nicolaï et Leasing. Ils deviennent amia, trarailleut en commun à la mâme tâche, et lorsque, plua tai-d, Leasing suivra sa voie propre et ne marchera plus avec lui, ce désaccord entre leurs opinions n'altérera en rien leur amitié^.

Nicolal, cependant, devait servir la littérature allemande et la liberté de penser plus efficacement que par ses écrits, par aon habileté et son aclirilé d'éditeur, de rondateur et de directeur de revues périodiques importantes. Après avoir, pendant quelque temps, contribué à la rédaction du Journal étranger, fondé en 1754 par Grimm, Nicolaï fonda en 17Ô7 la Bibliotiuk der xehônea Kùiiau und Wissensduifien, dont le premier numéro contient une dissertation de lui sur la tragédie, qui servit de point de départ à une importante correspondance entre Lessiug alors à Leipzig, et Mendelssohu. Nicolal avait en outre, pour encourager les jeunes talents, proposé un prix de ÔO thalers pour la meilleure tragédie inédite de l'année. Obligé de renoncer à ce recueil, il en créa un autre, en 1759: les Briefe die neiasU LiUratur betreffend, de concert avec Leasing. En 1765, pour remplacer cette publication qui avait cessé, toujours actif et militant, il fonda \a Attgemeine'deuuehe BibHothek, qui, grâce à lui et aux collaborateurs qu'il avait enrôlés, devint bientôt l'organe iniluent et quasi-offlciel du rationalisme berlinois, du parti de l'émancipation intellectuelle, dont Nicolaï fut désormaia le chef reconnu. Ce recueil se maintint pendant quarante ans, jusqu'en 1805, à travers toutea sortes de vicissitudes et de changements de régime, et malgré les évolutions de la littérature et les transformations de l'esprit public, resta

fidèle à son programme, et, au nom des droits de la libre pensée, au nom de la raison et du sens commun, continua la lutte contre Tintolérance et l'obscurantisme. Seulement ce parti, à la longue, devint \me secte. Les adversaires de l'intolérance et du fanatisme, à leur tour, se montrèrent intolérants et fanatiques. Tout ce qui dépasse les bornes du sens commun, tout ce qui ne se peut raisonner et démontrer, tout ce qui relève du sentiment et de rinspiration : la poésie, la religion, l'art, dans ce qu'ils ont d'intime et de profond, fut pour eux objet de raillerie dédaigneuse ou injurieuse. Vers la fin du siècle, avec le réveil de la poésie, avec le retour à la nature et la renaissance du sentiment religieux, Nicolaï resta obstinément attaché à son ancien progranune et à sa polémique voltairienne et antireligieuse. La lutte qu'il avait autrefois soutenue, et qui était alors nécessaire et féconde, n'était plus alors qu'une opposition inintelligente et stérile aux idées et aux œuvres nouvelles. On connaît sa satire contre Werther et contre Gœthe ; et sa polémique contre Fichte. L'un et l'autre lui rendirent ses attaques avec usure, et mirent les rieurs de leur côté. Il arriva ce qui devait amver. On oublia les mérites de Nicola!, ses qualités d'écrivain et de critique, les services qu'il avait rendus à la littérature et à la liberté de penser. Bientôt il fut tout à fait oublié. Oubli injuste, car, indépendamment de sa multiple activité de journaliste, il a produit plusieurs ouvrages, entre autres deux romans, dans le genre voltairien, où il raille spirituellement les

1. Goethe daas le premier Faust (scôae de la Walpurgiinacht), Fichte, yicolaU Leben und sonder bare Meinungen, i80i.

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nouvelles doctrines philosophiques, et qui se lisent encore avec plaisir'.

Un autre ami et collaborateur de Lessing, et dont les relations avec lui ont été plus intimes et surtout plus fécondes, c'est Moïse Mendelssohn. Juif, né de parents pauvres, il vint à Berlin à l'âge de quatorze ans, avide de science, déjà nourri de la forte substance de la Bible et du Talmud. Endépitdela géoe, d'une santé délicate et d'un corps débile, en dépit du mépris et des vexations qui, alors encore, dans la ville des lumières, poursuivaient les juifs ; poussé par une vocation exceptionnelle pour la philosophie et les sciences abstraites, Mendelssohn, aidé par de généreux protecteurs, put commencer et mener à bonne Qn de profondes études qui le rendirent maître des langues et des systèmes de philosophie anciens et modernes, ainsi que des sciences mathématiques. Un des bonheurs de sa vie fut d'être jnis en relation avec Lessing et Nicolaï, qui, l'un et l'autre, eurent bientôt deviné les sérieuses qualités d'esprit et de caractère qui se cachaient sous ces dehors timides et embarrassés. Une étroite amitié s'établit entre eux qui, malgré certaines dissidences d'opinions, dura toute leur vie.

Lessing, particulièrement, s'attacha à Mendelssohn, eu raison même de la défaveur dont les juifs étaient alors l'objet de la part de l'orthodoxie officielle. Il encouragea, protégea ses débuts, et soigna la publica-

I. Reùe durch DeuttcJiland und die Schweit, ou 11 combal le cailiollcUme et la semlmeolalilé romanilque. — S(j>aldu« Ifothanktr, roman BaliHqua égalemacl dirigé conlro l'Église et la Toi chrélienna. — Lrben und MHnvngen det SeoiproniMê Gnndibert, aallra de U spéculalioii mdtaiiliygique el de tea coalradictioDS ovac Ica exigeocog et lea loia ds la vie réelle.

tion de ses premiers travaux philosophiques \ Dans une lettre au professeur Michaelis, de Gôttingue (octobre 1754), au sujet d'un article publié par Mendelssohn, il yante la science précoce de son protégé. « Je le regarde déjà comme l'honneur de sa nation ; sa probité, son esprit philosophique me font voir en lui par avance un second Spinoza, auquel il ne manque que les erreurs du premier, pour lui ressembler. »

L'intimité intellectuelle des deux amis, leurs entretiens de chaque jour, bientôt portèrent leurs fruits. Dès 1754 parut un opuscule: Pope ein Metaphysiker! qui répondait judicieusement aune question proposée, mais mal posée par l'Académie de Berlin, au sujet de la doctrine optimiste du poète anglais Pope. C'était l'œuvre anonyme et commune des deux amis. Elle figure dans les œuvres de Lessing, sans doute parce qu'il y a eu la plus grande part.

Mais bientôt Mendelssohn se fait connaître par des Œuvres personnelles et plus importantes, qui le placent au premier rang parmi les philosophes contemporains. Pénétré à la fois de l'idéalisme de Leibnitz et du sensualisme de Locke, s'inspirant également de Socrate et de Platon, il essaye de concilier ces diverses doctrines en une sorte d'éclectisme qui doit établir et démontrer philosophiquement, mais sous une forme populaire, et à l'aide des lumières du sens commun, l'existence et la providence de Dieu, l'existence de l'âme spirituelle et immortelle, les grandes vérités de la morale et de la religion naturelle, que révèle la conscience du genre humain.

1. PhUoiophiiche Oetpràehe. — Briefe ûber die Empfindungen , 1755.

Cette philosophie, faite surtout pour le grand nombre, n'a pas eu grande influence sur Lessing, que la philosophie pure n'a occupé que passagèrement, et -dont les tendances vont ailleui-s et plus haut'. Mais, MendeIsBohn, comme tous les philosophes du dix-huitième siècle, a rdQéchi et donné ses idées sur tontes les questions qui intéressent la nature morale de l'homme. Il a appliqué à la littérature, à la poésie, aux beaux-arts, sa llnesse d'observation et d'analyse. L'esthétique, science nouyellement ci-éée, lui doit plus d'une conception originale. Il aanalysd, plus profondément qu'on ne l'avait fait avant lui, l'idée du Beau ; il y a distingué et introduit certains éléments importants, que la théorie trop abstraite de Baumgarten avait confondus ou ignorés. Sur le naïf, le sublime, le génie, il a des vues origiaales, avant Kant et Schiller. C'est dans cet ordre d'idées qu'on peut apprécier ce que Lessing doit à Mendeissohn. Avant lui, Mendelssohn a déterminé les caractères constitutifs et les limites respectives des beaux-arts', et donné la définition, célèbre depuis, de la Grâce. Lessing lui doit encore plus d'une modification heureuse des théories *— T absolues de son Laoeoon'. La correspondance qu'il retient avec Ir.i (de 1756-1757) sur la nature, le but

Quant A le CorreBpoDdaTice do Uondetuolin avec Jacobl, ou sujet plDOzisma <lo l.euiDg (ilBs), el à l'ùcrll do Uondoluolin : an die :nd« Utiing'i, molivd par la publication do cello correspondance ne, il on sera qucsIioD dans la 4* partie : Critique Ihioiogiqut H itopkiqui.

tiriefe iiber die Emp/induiijen. — Utber die QuelUn uad K«rWn- (en derichônen Kûaittujut Wiiitntchnfim. — Urberdai Erhnbent

NaiDt. — Vojr. part Icul lé rem eut sur Hendeiasolin eslliétlcien : Ce- :hlt der fioetiielien Théorie un4 Kritik, vau F. Brollmoler |iB8S}.

Voy. Criliqut Mhriiqut, t' parllo, cliopilro I".

et lés effets de la tragédie, contient en germe la partie la plus importante de la Dramaturgie^,

Mendelssohn, par la noblesse et Tintégiîté de son caractère, par la dignité de sa vie, autant que par la valeur et le succès populaire de ses écrits, est une des figures les plus remarquables de cette époque. Il avait à la fois la haute intelligence du penseur et Tâme du véritable sage. Il a mérité d'être appelé le Socrate allemand, et Lessing avait certainement devant les yeux l'image de son vénérable ami, quand il a tracé le caractère du juif Nathan, bon, généreux, chrétiennement charitable et miséricordieux envers ses ennemis, type accompli de Thomme, qui s'est élevé à la beauté, presque à la sainteté morales, par Teffort d'une volonté énergique, éclairée par une haute raison, inspirée par Tamour de l'humanité.

Outre Nicolaï et Mendelssohn, qui forment avec Lessing un groupe compact et uni, il faut citer encore, à un degré moindre d'intimité. Ramier, l'élégant et correct traducteur d'Horace, styliste et versificateur impeccable, conseiller judicieux et sévère des ouvrages de ses amis. C'est avec lui que Lessing publiera les Épigrammes (Sinngedichte) de Logau, avec un dictionnaire de la langue de cet écrivain', sans compter beaucoup d'autres projets, élaborés en commun, mais restés à l'état de projets. C'est encore à Ramier que Lessing communiquera, pour le revoir, son manuscrit de Nathan le Sage.

Moins étroits comme communauté de travail litté-

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