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Dramaturgie, n»» 8S-36, 22-i

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ropinion des critiques français qui ont condamné Fayart sur ce point*. Voici le joli portrait qu'il en fait: Roxelane, dans la pièce, « est une créature féminine fuyante, étourdie, emportée, spirituelle jusqu'à l'effronterie, gaie jusqu'à la folie; beaucoup de physionomie, peu de beauté; plutôt gracieuse que bien faite; une tournure plutôt qu'une figure; qui rit, qui gronde, qui menace et raille; qui fait de rœil et boude ; qui parle au sultan comme à un bourgeois de Paris, et qui lui fait craindre qu'un petit nez retroussé ne renverse les lois d'un empire * »,

Cependant, sur mï point important, Favart a été infidèle à son modèle Marmontel, et Lessing l'en loue. Au dénouement, l'intrigante frivole se transforme en une femme de cœur et de tête. Elle reprend son vrai caractère. Elle ne l'avait caché jusque-là que pour mettre i l'épreuve l'amour du sultan, qu'elle aime sérieusement et sincèrement, et elle le lui déclare. La maîtresse impérieuse et violente est redevenue l'esclave soumise et dévouée.

Ce changement, pense Lessing, prouve sans doute que Favart s'est rendu compte de la différence qui existe entre le conte moral et le drame. Le conte, comme la fable, ne sert qu'à mettre en lumière une vérité 'morale; dès que cette vérité est devenue sensible et s'est imposée à l'esprit, le but du narrateur est atteint. Nous n'en demandons pas davantage ; le récit peut s'arrêter là. Le sort des personnages ne nous ihtéi^éssé plus ; tandis

I. Voy., sur les Trois SuUanet, la thèse de H. Font : Biêai êur Favori.

S. Nous réunissoos ici plusieurs traits épars dans la longue analyse quo Lessing donne de cotte pièce.

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que le drame doit former mi tout complet, fournir uïi dénouement raisonnable et satisfaisant \

Mais il n'en reste pas moins, que Favart, dans la plus grande partie de sa pièce, a commis la faute de fausser et de travestir l'histoire, du moins quant au caractère de ses personnages. Cependant, ce n'est pas là le tort le plus grave qu'on doive lui reprocher. 11 en est un plus grave, et que Lessing n'a garde de lui pardonner : c'est d'avoir péché contre la vérité et la vi*aisémblance psychologiques, plus importantes que la vérité historique.

« La première faute n'est pas incompatible avec le génie, mais bien la seconde. Il est permis au poète de génie de ne pas savoir des choses que chaque écolier sait. Ce n'est pas ce que sa mémoire lui fournit, qui fait sa richesse, maiis ce qu'il tire de son propre fonds. » Avant tout on doit exiger du poète la vérité, la logique des sentiments et des pensées, dans les personnages qu'il met en scène. Le théâtre est un microcosme dont le poète est le créateur. Ce petit monde que son imagination appelle à l'existence, les êtres dont il le peuple, doivent être ordonnés selon les mêmes lois qui gouvernent le grand univers. Tous les théoriciens de l'art et de la poésie l'ont proclamé, et Lessing à son tour, pour bien montrer que la piincipale préoccupation du poète dramatique doit être, non l'exactitude historique, mais la vérité et la logique psychologiques, développe la conception qu'il a du théâtre et qui n'est qu'une ingénieuse

1 . Lessing applique au conte moral sa théorie sur la fable qu*il a développée dans une dissertation spéciale. Celte assimilation, ainsi que la théorie elle-même, sont discutées dans un chapitre spécial, consacré à la critique liituraire de Lessing.

application à Tart dramatique delà philosophie de Leib* uitz. c Peu importe que ses personnages n'appartiennent pas à rhistoire, ni même à la réalité ; mais qu'ils soient du moins d'un monde où les combinaisons du hasard, pour être différentes de celles que nous voyons ici-bas, n'en sont pas moins bien ordonnées; où les effets et les causes se Buivent dans un ordre différent, mais ne tendent pas moins à la réalisation d'un bien général, bref dans un monde où le génie du poète, pour imiter en petit le génie divin, transpose les éléments du monde réel, les diminue, ou les augmente, pour en faire un tout qui lui appartient et qui doit réaliser ses propres desseins*. »

• Ainsi, aucun désaccord absolu, aucune contradiction choquante ne doit se montrer dans les caractères dramatiques, comme celui que Favart nous présente. « Aucune circonstance ne doit avoir assez de force pour les faire passer du blanc au noir. Un Turc despote, doit rester Turc et despote, même s'il est amoureux*. »

• Il est une autre qualité encore que Lessing exige des personnages di'amatiques. Ils doivent agir en vue d'une fin, c'est-à-dire encore, agir comme des personnes raisonnables. Ceci n'ajouterait rien à ce qui vient d'être dit, si Lessing n'entendait pas par là, que les personnages du théâtre, en agissant en vue d'une fin qui est le bien, doivent nous donner un enseignement moral. « Voilà le devoir du vrai poète, du poète de génie. Quand il conçoit, quand il développe les persounages principaux de son œuvre, il veut nous apprendre ce que nous

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