DranuUvrgie, u
«. Ibid.
devons faire ou éviter; nous faire connaître \e$ vrais caractères du bien, du mal, de ce qui est convenable, de ce qui est ridicule ; il veut nous montrer, que le bien dans toutes ses combinaisons et dans toutes ses conséquences est identique avec le beau et le bonheur, même dans le malheur ; que le mal au contraire, môme dans le bonheur, est malheureux et laid ; et dans les sujets qui ne nous offrent pas directement des exemples à imiter ou à fuir, il veut au moins offrir à notre faculté d'aimer ou de haïr, des objets dignes de la soUi* citer, et présenter ces exemples dans leur vrai jour, afin d'empêcher qu'une illusion trompeuse nous fasse désirer ce que nous devons haïr, haïr ce que nous devons désirer*. »
On peut reprocher à Lessing, non sans raison, d'incliner souvent vers la conception du drame moralisant, prêcheur de vertu et dé beaux sentiments, fort à la mode au xviii' siècle; et les théories dramatiques de Diderot chères à Lessîng, n'étaient pas faites pour l'en détourner. La définition de la tragédie et de la catharsis qui couronne la Dramaturgie j en est une preuve '. Mais il est juste de reconnaître qu'il ne s'en tient pas à cette seule conception. Dans le même article de la Dramaturgie où il rend compte de la pièce de Favart, nous voyons qu'il s'en fait une idée plus vraie, plus esthétique, moins utilitaire.
En marquant la différence entre le conte et le drame,
1. Dramaturgie, n» 34. — Le prologue en vers composé pour Tou- ▼erturo du théftlre de Hambourg, et allribuo très vraisemblablement au poète Dusch, un ami de Lessiog, donne ugalement au thdàlre un but moral isatour. Dramaturgie, n^ 6.
i. Voy. noire étude sur Lessing et la (ragûdie françnise.
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il dit : « Le théâtre ne prétend pas donner un enseignement déterminé et qui découle directement de l'action. Il vise les passions, que les changements et les x>éripéties sont capables d'entretenir et d'exciter, ou bien encore, il veut nous donner le plaisir que procure une vive peinture des mœurs et des caractères '. »
Tout ceci à propos de la comédie de Favart. On pourrait trouver que Lessing fait bien de Thonneur à cette bluette, en y rattachant de si sérieuses et dogmatiques réflexions, si on ne savait pas que pour lui les pièces dont il est appelé à rendre compte ne sont le plus souvent qu'un prétexte, pour exposer et développer ses théories. L'importance de ses développements n'est pas toujours en rapport avec l'importance et la valeur des pièces que les hasards de la représentation amènent devant son tribunal critique*. Particulièrement, ses idées sur les droits et les devoirs du poète à l'égard derbistoiie, intéressent bien moins la comédie, qui s'inspire rarement de l'histoire, que la tragédie qui y choisit communément ses sujets et ses personnages. Aussi sera-ce à l'occasion de deux tragédies : VEssex de Thomas Corneille et la Rodogune de Pierre Corneille,' que Lessing précisera davantage encore son opinion, sur la façon dont le poète dramatique doit se servir de l'histoire. • Voltaire avait reproché au Comte Essex de Thomas Corneille et à la Rodogune de Pierre Corneille, comme de graves dét'auts, plusieurs inexactitudes historiques* touchant les personnages principaux de leurs pièces. Lessing, sans louer le Comte Essex comme un chef-