‹ LessingChapitre 155 sur 233 · Dramaturgie, n» fS · texte numérisé non relu

Dramaturgie, n» fS

mais 8ur ce point seulement, contre Voltaire, qui lui reproche, chronologie en main, que Rodogune n'était plus assez jeune pourjustifierTamour des deux princes, frères et rivaux. Il le défend aussi contre lui-môme, et pense qu'il n'avait nullement besoin dé s'excuser d'avoir inventé une intrigue sous des noms connus, mais qui manqué absolument de fondement historique, et de s'autoriser de l'exemple de Sophocle et d'Euripide ^ Certes, Corneille pouvait en user à sa guise avec les faits historiques. Il pouvait supposer Rodogune aussi jeune qu'il voulait. Les supputations et les chicanes chronologiques ne le regardent pas, et Lessing peut appliquer à Rodogune ce qu'il a dit à propos du comte Ëssex : « Admettons que la tragédie de Corneille n'est qu'on roman. Si ce roman est touchant, le sera-t-il moins parce que le poète se sera servi de noms connus '? »

La critique adressée à Favart s'applique donc et plus justement encore à Corneille. Son plus grand tort n'est pas d'avoir inventé son sujet, mais de l'avoir mal inventé; et surtout d'avoir créé dans Rodogune, un caractère contraire à la fois à la vraisemblance humaine et aux lois de la tragédie. Mais ce point appartient à la critique générale du théâtre de Corneille et trouYera sa place ailleurs'. Ou voit donc que Lessing accorde au poète de grandes libertés, et qu'il admet implicitement que Thistoire, en entrant dans le domaine de la poésie, doit se soumettre à ses lois et à sa juridiction, et que le poète peut disposer, modifier même en une certaine mesure les faits pour les faire servira ses desseins, etlesaccom-

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