CHAPITRE VII
La Dramaturgie. — La tragédie française. — Voltaire.
La polémique instituée par Lessing contre la tragédie française, dans la personne des deoz poètes qui la représentaient alors avec éclat sur la scène allemande^ Corneille et Voltaire (Racine ne figure pas sur le répertoii*o de Hambourg), occupe une notable partie de la Dramaturgie, Elle en est le but et en quelque soile la raison d'être. Favoriser Tessor d'un théâtre national et Téclosion d'une forme dramatique conforme au génie allemand, plus libre, plus hardie, affranchie de^la régie-, mentation française, et s'inspirant des modèles anglais et des modèles anciens mieux compris, voilà l'œuvre patriotique à laquelle Lessing travaillait depuis ses débuts dans la critiqué théâtrale, et dont la création du théâtre de Hambourg et la Dramaturgie devaient hâter l'accomplissement.
De tous les, poètes français. Voltaire était le plus répandu, le plus applaudi, le plus imité en Allemagne ; bien plus que Corneille et que Racine, par conséquent l'adversaire le plus dangereux de cet art national que Lessing voulait encourager; mais c'était aussi celui dont les pièces, malgré la faveur du public, pouvaient offrir le plus de prise à la critique. En outre. Voltaire, non seulement par ses œuvres, mais par sa présence, par son inQuence personnelle à Berlin, par les faveurs et les honneurs dont le comblait le roi de Prusse, incar-
nait en lui cette domination de l'esprit français en Aile* magne, impatiemment supportée par la jeune génération littéraire, mécontente et découragée, se voyant dédaignée, ignorée, par celui qui lui devait aide et protection sympathique, et dont elle célébrait cependant avec un patriotique désintéressement la gloire et les triomphes militaires. Lessing lui-même avait eu i soufjErir de cet injuste dédain du roi, qui accordait à Tintrigue étrangère ce qu'il refusait au mérite indigène.
Néanmoins, comme beaucoup d6 ses contemporains, il avait été séduit par Tesprit et le génie de Voltaire. Il admirait en lui Técrivain, Thistorien, et nous savons qu'à l'époque de ses débuts, il avait étudié, loué, traduit ses écrits historiques, et que même il avait été introduit auprès de Voltaire et chargé par lui de traduire des mémoire%pour ce malencontreux procès d'argent où il était engagé alors .
Nous avons raconté aussi le fâcheux incident qui brusquement mit fin à ces relations, et qui dut laisser un souvenir aigri dans l'âme de Leasing, injustement accusé de mauvaise foi, quand il n'était coupable que d'élourderie et de légèreté *.
SiLessing, dans sa polémique contre Voltaire, ne visait pas exclusivement le poète, le critique et le théoricien littéraire, et s'il n'avait pas ailleurs rendu justice à l'écrivain et au philosophe, on pourrait croire, et il n'y aurait pas lieu de s'en étonner, que l'irritation causée par cette mésaventure n'eût influé sur ses jugements.
Toujoura est-il que, dans la Dramaturgie, sa critique