‹ LessingChapitre 164 sur 233 · E. Faguot, Étude sur Diderot · texte numérisé non relu

E. Faguot, Étude sur Diderot

». Voy, par eiemple nclo x, se. II.

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forme remporte sur le fond; sa rhétorique brirante peut faire illusion, et ce vêlement aux riches broderies souvent recouvre des formes maigres et grêles.

Zaïre cependant tient une place à part dans le théâtre de Voltaire, et quand, dans ime lettre annonçant à un ami l'apparition prochaine de la pièce, il dit : < Je tâcherai de jeter dans cet ouvrage tout ce que la religion chrétienne semble avoir de plus pathétique, tout ce que Tamour a de plus tendre et de plus cruel* >, on peut dire qu'il a fait ce qu'il voulait faire, et qu'il a gagné sa gageure. Ce n'est pas sans raison que Rousseau condamne cette « pièce enchanteresse » comme dangereuse pour les âmes. < Je serais curieux de trouver quelqu'un, homm<? ou femme, qui s'osât vanter d'être sorti d'une représentation de Zaïre bien prémuni conti-e l'amour. Pour moi, je crois entendre chaque spectateur dire en son cœur, à la fin de la tragédie : < Âh ! qu'où me < donne une Zaïre, je ferai bien en sorte de ne pas la « tuer*. »

Mais en la condamnant, il en fait le plus bel éloge, comme œuvre de poésie et de passion. Elle aurait trouvé grâce à ses yeux si elle était moins passionnée. Lessing aussi, sans le vouloir, lui rend hommage en disant, bien qu'ironiquement, qu'elle restera longtemps la pièce favorite des femmes. C'est qu'elle a su trouver le chemin des cœurs, et le succès qu'elle obtient encore de nos jours auprès d'un public blasé par le lyrisme romantique, atteste son charme toujoui*s jeune et vivace.

Sans doute, la comparaison absolue de Zaïre avec

1. Lettre à Cidovilie, IS mai l7Si 8. Lotira à M. d*Alembcrt.

iioméo et Juliette, comme peinture de l'amour, n'est pas favorable à Voltaire, qui n'a pas cette intuition divinatrice de l'àme humaine, cette puissance plastique de création et d'expression du poète anglais. Dans Roméo et Juliette, l'amour est autrement intense et profond que dans Zaïre, on ne peut le nier. C'est la passion pure, absolue, irrésistible dans sa puissance presque inconsciente, agissant comme une force de la nature, bravant tous les obstacles et tous les périls, les bienséances du monde, les haines familiales, les scrupules de la conscience, les prescriptions du devoir, triomphant même des terreurs de la mort et du tombeau.

Mais Juliette ne résiste pas, ne lutte pas contre ellemême et contre sa passion, et c'est par là que Zaïre se distingue de rhéroîne shakespearienne. Outre que l'amour n'estpas, comme nous l'avons dit, le sujet principal de la pièce de Voltaire, il n'a pas le même caractère que chez Shakespeare, et il est douteux que Voltaire ait, ici, voulu tenter une imitation. Fidèle à l'esprit et à la tradition de la tragédie française, il montre l'amour de Zaïre aux prises avec sa foi nouvelle, avec ses devoirs de chrétienne et de fille * . L'amour chez elle

de remords oombatta,

Parait ane faiblesfie et non une vert a.

La critique de Lessing, ici, porte donc à faux. Il est plus dans le vrai, quand il compare la tragédie de Voltaire, non plus^ Roméo et Juliette, mais à Othello. Ici

]. Ce point a été parfaltemont mis en lumiôre par M. Crousié dans son ouvrajge sur Leasing et le goût français, p. 30a et S09.

rimltation paratt Tislble et Lessing peut afiEirmer, arec raisoûf que « le jaloux Orosmane, en face du jaloux Othello, fait triste figure ». Il cite les paroles de l'Anglais Gibber, qui dit « que Voltaire s'est emparé du feu qui a allumé le bûcher tragique de Shakespeare », mais pour ajouter immédiatement : c J'aurais dit, moi, qu*il s'est emparé d'un tison de ce bûcher flamboyant, et encore d'un tison qui fume plus qu'il n'éclaire et ne ré* chauflé. Dans Orosman'e, nous entendons parler un jaloux ; nous le voyons accomplir l'action emportée d'un jaloux; mais, dé la jalousie elle-même, nous n'apprenons ni plus ni moins que nous ne savions déjà. Othello, au contraire, est le plus complet traité sur cette triste folie, où nous pouvons apprendre tout ce qui le concerne. Nous apprenons à l'exciter et à nous en préserver*. »

La critique française contemporaine a donné, sur ce point, raison à Lessing; elle a même renchéri sur son jugement'. Toutefois, on peut dire i la décharge de Voltaire, que la jalousie chez Orosmane ne pouvait, ne devait pas avoir le même caractère, la même puissance de fureur el d'explosion que chez Shakespeare. Othello est un Maure, un homme de couleur; il n'est plus jeune ; il n'est pas beau. Il peut craindre l'infidélité de sa jeune femme, et sa jalousie une fois éveillée, fera des progrès et des ravages d'autant plus terribles. Orosmaqe, au contraire, le monarque d'Orient, le beau et puissant seigneur, habitué à voir tout trembler devant lui, 9t ses femmes, humbles esclaves^ mendier un regard

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