‹ LessingChapitre 167 sur 233 · Poétique, ch. XIV · texte numérisé non relu

Poétique, ch. XIV

Scipion Maffei. Voltaire a imité la^ pièce de Maffei quant au plan, à la disposition générale, mais sur plusieui*s points, il Ta modifiée. C'est une imitation libre et originale.

La critique très étendue, très minutieuse et très sub* tile de Lessing porte à la fo.is sur la pièce de MaSéi et sur celle de Voltaire, ou plutôt il se sert de Maffei contre Voltaire, et d'Euripide contre tous les deux. Il reproche au poète français, et d'avoir imité Maffei et de l'avoir corrigé maladroitement sur certains points. Il désapprouve également ce qu'il lui a pris et ce qu'il y a ajouté de son cru. Mais avant d'aborder directement l'œuvre de Voltaire, Lessing, suivant son habitude, s'attache et s'attarde longuement à des questions de détail, qui sont proprement en dehors de son sujet. Dans une lettre du Père Tournemine au Père Brumoy, sur la tragédie de Mérope, placée en tête de la pièce de Voltaire, Lessing découvre que le bon Père, en rappelant les origines antiques de la pièce, attribue à Âristote le passage de Plutarque que nous avons rapporté plus haut, et, ce qui est plus grave encore, qu'il a mal interprété le jugement d'Âristote sur cette même pièce. Il entame alors une de ces savantes discussions philologiques auxquelles il se platt, et prouve doctement que ni Tournemine, ni Dacier, ni Curtius, ni personne n'a compris le sens de ce passage. Nous n'insistons pas, et Lessing peut avoir raison ; mais cela ne regarde ni Voltaire, ni sa tragédie.

Dans une épitre dédicatoire au marquis de Maffei, qui sert de préface à sa Mérope, Voltaire loue sa pièce, comme il sait louer. Il s'étend sur ses qualités et ses beautés, mais regrette de n'avoir pu les faire passer

toutes dans sa tragédie à lui. Le goût français, d*iine I délicatesse excessive, ne pourrait supporter certains traits trop familiers et naïfs, certains détails de Tie rustique, imités des Grecs: des comparaisons poétiques qui ne sont pas de mise au théâtre, des conversations trop longues entre personnages subalternes; telle scène ferait sourire, telle autre choquerait. Pour adoucir ces critiques, Voltaire les met sur le compte du goût firançais, différent du goût italien. Lessing approuve plu* sieurs de ces critiques. Pour d'autres, il n'est pas de Tavis de Voltaire. Nous y reviendrons toutàTheure avec lui.

Tout d'abord il pense que ces défauts que signale eL qu'excuse le poète français, sont des défauts partout, et qu'un public qui ne les regarderait pas comme tels, n'aurait pas son goût à lui, mais n'aïu^t pas de goût du tout. Il ne veut pas voii*, ou peut-être même ne voit-il pas l'habile et délicat détour que prend Voltaire pour ne pas blesser l'amour-propre du poète italien. La politesse est antipathique à Lessing. Il n'en veut pas, il la méprise comme une forme de l'hypocrisie. Il n'est pas éloigné de regretter que la grossièreté, la divifie grossièreté (die gôttiiche Grobheit)^ qu'un écrivain de nos jours vante conune une vertu germanique, aille ae perdant chaque jour davantage * '.

Une seconde lettre adressée à VoItah*e par un certain Lindelle, et placée à la suite de la première, est écrite d'un autre ton. L'auteur de cette lettre blâme Voltaire d'avoir trop loué la tragédie italienne, et, à son tour, sans ménagements, il signale les défauts de cette pièce:

1. Voy. notre voluroo, Histoire det théories esiftétiques et tittérairts en Allemagne, p. S9.

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