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Cette réunioa, parait-il, subsisle encore aujourd'hui

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à peine commencées. Il s'agissait d'accompagner, à titre d'ami, un riche particulier de Leipzig gui désirait, pour son instruction, parcoiu-ir une partie de l'Europe. Lessiag, qui trouve à cette offre avantage et profit, accepte sans hésiter. On se met en route ; on passe par Hambourg, où Lessingal'occasiond'admjrerracteurEckhof, déjà célèbre alors, et qu'il devait retrouver à Hamboiu-g dix ans plus tard.

A peine était-on arrivé à Amsterdam, que la guerre éclate. La Saxe est envahie. Leipzig est pris par les Prussiens. Winkler (c'est le nom du royageurque Lessing accompagnait), qui tremble pour sa fortune et sa propriété, se hâte de revenir. Le voyage devait être repris l'année suivante ; mais après toutes sortes d'atermoiements, il est déânitivement abandonné par Winkler qui, profitant de certains dissentiments politiques qui s'étaient élevés entre lui et Lessing, trop admirateur à son gré du roi de Prusse, rompt toutes relations avec lui, et môme se refuse à tout dédommagement en dépit des stipulations faites. Un procès s'ensuit et Lessing se voit forcé de rester à Leipzig pour en attendre l'issue. Mais ce n'est qu'au bout de sept ans, quand déjà il était retourné à Berlin, qu'il obtient, mais incomplètement, gain de cause. En attendant, ses ressources sont épuisées et, pour vivre, comme à l'époque de ses débuts, il reprend son métier de traducteur '. Les ennuis inattendus de ce séjour forcé ne lui font que plus vivement r^gi-etter Berlin et les amis qu'il y a laissés. Mais une

1. Troiluclions de l'anglnla : Morale de la ration, de F. Hulcheson. — Tragéitiei de J. Thomion, ovec préfoce. — Exkortaiiom à la vie pieitit ri lainte, de W. Law. — Morale pour ta jeuneut, liriSe dei Fabiê» tVÉïope, pur Sumual RIcbardsuQ.

correspondance active le dédommage un peu de leur absence. Cette correspondance est précieuse pour Thistoire des idées et des œuvres de Lessing, et nous ne devons pas regretter les circonstances qui Font provoquée. S*il était resté à Berlin, les discussions^ les réflexions qu'elle contient, n'auraient probablement jamais vu le jour. Cette correspondance roule sur la tragédie, sur le but qu'elle doit se proposer, sur les effets qu'elle peut produire. On y trouve en germe quelques-unes des questions qui seront plus amplement développées plus tard dans la Dramaturgie et dans le Laocoon. Mais il est intéressant de les prendre là à leur source et sous leur forme primitive'.

Leipzig réseiTait à Lessing lui autre dédommagement encore, aux ennuis de son séjour. Ce sont les relations intimes qui s'établirent entre lui et le major prussien Ewald von Kleist, noble nature d'homme, de soldat et de poète, retenu alors en garnison à Leipzig par des occupations administratives qui impatientaient son ardeur guemère, avide de batailles et de gloire. La maladie vint encore augmenter ses ennuis et sa mélancolie naturelle. Un heureux hasard introduisit auprès de lui Lessing, qui devint sa société de chaque jour, sa distraction et sa consolation. Il lui amena ses amis, Weisse, Brawe, Gleim qui vint de Halberstadt. Il se forma ainsi autour du malade un cercle d'amis, de littérateurs et d'offtciers, où se fortifia encore l'admiration de Lessing pour le grand Frédéric.

Aussi accueillit-il avec joie, et loua-t-il avec chaleur,

1. Voy. les cliapitre3 sur In Critique dramatique et la Critique est/iétique.

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comme noiis lavons dit tout à l'heur.', les f haïUs d'un grenadier de son ami Gleim. L'amitié pour le poète et l'admiration pour son héros, font taire les scrupules du criti<)ue. Mais comme l'esprit curieui et chercheur de Lessing le pousse toujours d'un sujet à un sujet voisin, en s'occupant des poésies patriotiques de Gleim, il remonte dans le passé, a'enqniei-l des vieux chants guerriers de la Gerraauie, et arrive ainsi à étudier les vieilles épopées, ie Uddenbuch et les fragments que venait de publier le chef de l'école suisse, Bodmer : Chrimhildens Raclie et Chnmhi'deits Klatje. Les observations qu'il adresse à ce sujet à l'éditeur, trop inférieur à sa tâche, pour laquelle d'ailleurs la critique d'alors n'était pas pi-éte, n'ont sans doute plus de valeur aujourd'hui, mais témoignent à tout le moins, de l'intérêt que Lessing portait à tout ce qui touche à la littéi'ature nationale.

Malheureusement les relations avec Kleist, qui embellissaieut pour lui le séjour de Leipzig, ne devaient pas durer. Le major, guéri de sa maladie, plus que jamais brûle de sortir de son inaction et d'entrer en campagne. Son vœu s'accomplit. En mai 17Ô8, il reçoit l'oi-dre de rejoindre le corps d'armée du prince Henri. Ce dépaH imminent, qui devait être une séparation étemelle', trouble Leasing et ravive en lui le désir de revoir ses amis. Laissant là son procès et d'autres affaires en souffi-ance, il quitte Leipzig et retourne à Berlin (mai 1758).

'^ uveau séjour dans la capitale de la Prusse, qui

, morlBJlement lilas»; A la Iratnillo de Kunendorf, inonrut I7&a. V. ckapllro II.

dure deux ans et demi, est rempli par de nombreux travaux : comédies, tragédies acheyées ou ébauchées, études d'érudition et d'histoire religieuse. Mais ce ne sont encore que des essais, des préparations à des œuvres plus sérieuses, qui verront le jour plus tard, et que nous réservons poiur le moment convenable. Deux productions importantes et définitives, les Lettres sur la LiVè* rature et les Dissertations sur la Fable (1759), autour desquelles se groupent des travaux du même genre, dominent cette période et lui donnent son cai*actère. C'est la période de critique littéraire, comme nous l'appelons dans le plan de notre Étude.

Mais avant d'aborder les Lettres sur la Littérature et les Dissertations sur la Fable, il est nécessaire de parler un peu des travaux de journaliste de Lessing. De la fin de 1748, date de son arrivée à Berlin, jusqu'en 1755, où il quitte de nouveau Berlin pour Leipzig, il a publié près de quatre cents articles et comptes rendus, dans la Gazette de Yoss et dans un autre recueil'. On n'attend pas sans doute que nous les analysions en détail. Nous ne pouvons que les considérer en bloc, pour y surprendre dans leur première manifestation, les qualités d'esprit et de jugement de Lessing, les linéaments de sa doctrine littéraire.

La tâche n'était pas commode pour un seul homme, surtout pour un jeune homme, de rendre compte, au fur et à mesure de leur publication, de tous les ouvrages qui paraissaient sur le marché littéraire, venus de tous les coins de l'Allemagne et de l'étranger, et traitant des matières les plus diverses, les plus étrangères les unes

1. Dans les CrUUclie Naehrieliten au$ de m Reicfie der Getefirsamkeit.

aux autres. Ainsi dans cette longue liste de livres recenses par Lessing, tous les genres sont représentés : histoires, beaux-arts , poésie , théologie, romans , sciences, correspondances, mémoires, etc., etc. Les sujets les plus divers, les plus disparates, se rencontrent, tout étonnés de se trouver ensemble. A un traité sur la - Navigation succède un autre sur les Pantomimes ehtz les Anciens, suivi lui-même d'un traité sur la Htltgion et sur YEspiranee dans la mort. Immédiatement après les Odes d'Horace un Voyage dans les Indes orientales; des Poésies légères après une Histoire de l'Église. 11 ne suffit pas d'analyser tous ces ouvrages qui traitent de tout, qui touchent à tout. Il faut les juger; décider si l'auteur connaît son sujet ; s'il Ta traité dans le ton et dans la forme voulue ', signaler les erreurs, les fautes et les lacunes, faire en un mot œuvre complète de critique. Eh bien ! Leseing s'est acquitté avec succès de cette tâche si lourde et si complexe. Il y déploie une singulière facilité, à s'assimiler ces matières si diverses et à en parler avec une suffisante compétence. Ce critique de vingt ans fait preuve d'une instruction très solide et variée, d'une science bibliographique très étendue, en même temps d'une connaissance sérieuse des langues étrangères, sans parler des langues anciennes qu'il possède à fond. Non seulement il juge les œuvres, mais il motive ses jugements, preuves en main. Il signale les fautes, les omissions. Il connaît les sources et les documents dont l'auteur a fait usage ; il en indique d'autres qu'il n'a pas connus. Ainsi dans la recension d'une oraison funèbre du maréchal de Saxe prononcée à Strasbourg, il reproche à l'orateur d'avoir choisi le même texte que Fléchier, pour celle de Turonne, et

rectifie en même temps une erreur historique qui lui a échappé. A un Italien, traducteur d'un roman espagnol, il prouve qu'il a mal traduit, qu'il ne connaît pas l'original, qu'il s'est servi d'une traduction française, et il le prouve par des citations. A propos encore d'un roman espagnol traduit en allemand, il rectifie une assertion du Gelehrien-Lexicon de Jœcher qui alors faisait autorité \ Il signale aussi des. erreurs dans le Dictionnaire histonque et critique de Chaufepié, continuateur de Bayle.

La critique de Lessing n'est pas seulement substantielle et savante ; elle est en outre assaisonnée de plaisanterie, aiguisée d'ironie, et on verra mieux encore dans la suite, dans ses grandes polémiques, comment il sait manier ces armes redoutables. C'est là une nouveauté assez rare et originale, une marque de liberté et de personnalité, dont on rencontre trop peu d'exemples dans la critique des journaux d'alors, pour que nous n'en citions pas quelques traits. Ainsi, en rendant compte des Discours de Gottsched, une de ses victimes de choix, il explique cette publication, par la raison que Gottsched ne veut rien laisser perdre de tout ce qu'il

1. LessiDg, daus sa studieuse solitude de Witlonberg, onlro autres travaux d*énidIiioD, avait entrepris une critique détaillée des nSmbreuses erreurs coutenues dans le volumineux ouvrage do Jœcher. Il envoya môme plusieurs fouilles de ce travail à Téditeur à Leipzig, en lui faisaot savoir, comme une sorte de menace, qu*ll continuerait sa critique, en dépit des suppléments recliflcatirâ annoncés I/auteur, averti trop tard, 8*empressa d'écrire à Lessing, pour le prier de lui céder, contre dédommagement, les feuilles déjà imprimées, et lui offrit en même temps de Tassocier à la continuation de son ouvrage. Lessing ne donna pas suite a cette aflTaire, dont on avait méchamment dénaturé le caractère. H renonça à ce travail, mais publia ce qu'il avait déjà écrit, dans ses Lettres (la25«).

écrit, et qu'ayant remarqué que ses Discours manquaient encore dans sa bibliothèque, l'éditeur s'est laissé décider à combler cette lacune. Quant aux Dernières poésies, du môme, il nous en explique l'origine, en nous appre* nant que M. le Professeur, convaincu que Tinsuccès de ses premières poésies ven^t de ce qu'il les avait composées chez lui entre quatre murs, convaincu d'ailleurs que la littérature allemande ne peut se passer de ses vers, entreprit un voyage aux eaux de Carlsbad, réputées souveraines contre la stérilité. C'est à ce voyage que le public doit les Dernières poésies de Gottsched. Mais la cure n'a pas été heureuse et les eaux célèbres n'ont pas cette fois prouvé leur efficacité. Une Ode sur la paix de Westphalie, insérée dans une revue de Gottsched, et que l' Aristarque outrecuidant se vantait d'avoir corrigée et d'en avoir effacé les taches, inspire à Lessing la réflexion « qu'il ne sert de rien d'effacer, si on se sert d'une éponge sale ». Ailleurs, la lecture des Aveniures d*un homme inconnu à lui-même lui fait regretter que < cet inconnu n'ait pas eu l'heureuse idée de rester inconnu pour tout le monde » *.

En ne considérant dans cet amas d'articles que ceux qui touchent à la littérature et à la philosophie, on remarque déjà la position que Lessing prendra dans la suite^ où vont ses sympathies et ses antipathies; quelles seront les idées qui le dirigeront dans son œuvre de critique et de polémiste.

Dans la lutte qui, à ce moment encore, partageait le monde littéraire en deux camps, celui de Gottsched et

1. Toutes cos recensions se trouvent dans les i* et 6* volumes des Œavrtt, Ed. Munker.

celui des Suisses, Lessing, d*instinct eu quelque sorte, et par un sentiment juste de ce qui manquait aux deux partis en présence, pour servir efficacement la cause de la littérature nationale, ne s*attache à aucun des deux, sans méconnaître toutefois la supériorité relative des Suisses, dont la doctrine, plus large et plus libre, contenait des germes d'avenir et de progrès. Mais à Tégard de Gottsched, il professe une antipathie déclarée, qui grandira encore dans la suite, et qui se fera jour à chaque occasion. Nous venons de voir ce qu'il pense de ses poésies et de ses discours académiques. Mais ses théories linguistiques et grammaticales, ses prétentions dictatoriales, sa réglementation étroite et tyrannique, ses attaques haineuses et ses mesquines intrigues contre les jeunes poètes qui ne marchent pas sous son drapeau, sont l'objet d'une critique tantôt violente, tantôt dédaigneusement ironique. Sur un point seulement, il lui fait grâce : il lui reconnaît quelque mérite comme historien documentaire du théâtre allemand; et encore hii refusera-t-il plus tard ce mérite relatif. Quant au i-éfoimateur dramatique que Gottsched se vantait d'être,, Lessing trouvera bientôt Foccasion de le démolir complètement.

Mais son antipathie contre Gottsched ne lui ferme pas les yeux sur les défauts de ses adversaires, les Suisses. Ce ne sont pas leurs doctrines dans lear ensemble qu'il attaque, mais les productions poétiques qu'ils ont suscitées, ces nombreux poèmes bibliques, d'ime ennuyeuse prolixité, sans force et sans beauté, et dont les hexamètres durs et raboteux blessent son oreille. Il ne peut approuver ce mètre nouveau, calqué sur l'antique, adapté tant bien que mal à la langue allemande, plus

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souvent mal que bien ; car il fait violence à l'accentuation naturelle de Tidiome national. Il blâme également cette manie de descriptions que les Suisses ont mise à la mode, confondant les procédés de la peinture et ceux de la poésie. La critique approfondie de cette théorie, dont on peut déjà voir ici le premier germe, fera le fond d'une des œuvres capitales de Lessing, le Laoeoon. S'il réprouve l'abus que les Suisses font de l'hexamètre et surtout la maladresse avec laquelle ils le manient, il ne partage pas non plus leur antipathie contre la rime, proscrite par eux, comme nn jeu frivole et enfantin, inventé par les niodemes, inconnu aux Anciens \ Sans la regarder comme un élément indispensable de la poésie allemande, il ne veut cependant pas qu'on la rejette, par la raison que les Anciens ne l'ont pas connue. C'est vraiment abuser de leur exemple, et son opinion est, qu'il faut laisser là-dessus pleine liberté au poète. Du reste, ajoute-t-il avec malice : « Ces messieurs qui la coudamnent irrévocablement veulent peut-être se venger de ce qu'elle n'a jamais voulu leur obéir. »

Si Lessing, en bon critique, n'a que du dédain pour les médiocres versificateur bibliques, la queue de Técole suisse , en bon critique aussi, il a su discerner les qualités de vrai poète, de poète de grand avenir, qui venaient de se révéler dans les premières productions de Klopstock. Dès ses débuts dans la critique littéraire, et plus tard encore', il le louera et l'admirera même quelquefois. Mais ses louanges et son admira-

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