Voy. rOde de Klopstock sur la rime
s. Dans les Lellret tur la Littérature. Vuy. chap. II.
tion seront toujours tempérées par la critique deb défauts du jeune poète, qui tiennent à sa nature d'abord, et aussi à son milieu et au genre qu'il a choisi. Lessing goûte peu la poésie biblique. Particulièrement la sentimentalité mystique, les envolées séraphiques, les airs de prophète et de pontife pontifiant de Klopstock, sont antipathiques à son esprit net et logique, épris par-dessus tout de raison, de clarté, de justesse. £n revanche son tempérament, essentiellement critique et raisonneur, Tempéchera de rendre complète justice à cette poésie, et d'en apprécier pleinement toutes les beautés.
Ainsi VOde à Dieu de Klopstock ne saurait lui plaire, à cause de cette tendresse sublime qui y règne d'im bout à l'autre, et qui précisément, pai*ce qu'elle est toujours sublime, laisse froids les lecteurs. Citant plusieurs strophes, où le poète supplie Dieu de lui rendre la bienaimée qu'il a perdue, Lessing ne comprend pas « qu'on ose tant prier pour une femme » . Par contre, il admire une autre Ode de Klopstock, placée en tête du premier volume du Messie et adressée au roi de Danemark. Après en avoir cité et disséqué ime strophe : « Voyez là les membres épars du poète. Chaque phrase est un tableau, chaque mot est xme image. Considérez-les chacune à part. Une beauté en produit ime autre et chacune est assez ample pour en contenir d'autres, invisibles d'abord. »
Le Messie, dont les cinq premiers chants avaient paru lie 1748-1753, mérite ses éloges en plus d'un endroit. Il cite un épisode du 4® chant, le Rêve de Caïphe, et admire l'art avec lequel est développée la comparaison imaginée par le poète. Dans le tableau des souffrances
de Jésus il trouve même qu'il a surpassé son attente, et qu'il s'est surpassé lui-même.
Ce poème, dont l'apparition est le plus important événement littéraire de la première moitié du xtiii' siècle, occupera Lessing encore plus d'une fois et plus longuement qu'ici, dans les Lettres sur la LUUrature. Il aura toujours, sans doute, pour Klopslock le respect que mérite une grande et noble nature de poète ; mais jamais une admiration sans réserve. II s'appliquera bien plus à signaler ses défauts, qu'à faire ressortir ses beautés'. Sou bon sens, hostile à toute exagération, à tout ce qui détoime, à tout ce qui dépasse la note juste, s'irrite de l'engouement iiTéfléclU, des louanges hyperboliques qui accueillirent l'apparition des premiers chants de ce poème*. 11 est agacé de voir un savant professeur d'esthétique de Halle, Heier, ■ le plus habile à prouver qu'on doit sentir certaines beautés, lors même qu'on ne les sent pas >, louer sans mesure ce jeune poète à ses débuts ; le placer à côté, sinon au-dessus d'Homère et de Virgile. Il veut « qu'on sfe garde d'élever trop haut une œuvre dont on ne connaît que le commencement >. Il pense « qu'il faut encourager, louer le style noble et poétique, les images expressives, et pour le reste espérer le mieux >. Et comme chaque fois qu'il s'agit de
I. Une épigrommo de Lesalng résume asMi bien ion jagemeol tur Klopatock, du moins dans aa partie DiigaUve.
• Qui ue louerail pas un Klopslock?
> Mais cliacua le lira-t-îl '.
■ Non. Nous alntODamleui être motos ravis, al âlra lus davantage! •
t. Des prédlcaleun cllaienl ea cliilre lea vers du Mtuit. On a repntlenlii Budmer tenant en main le poème et disant comme Simûon : I Seigneur, lu lolaoea partir ton aervilenr en paii, cac mea jeui ont 'u lo Messie. •
Klopstock, l'éloge est accompagné de quelque réserre ironique, il ajoute : « Lorsque le poème sera achevé et exécuté dans son entier, comme il semble à M . le Professeur (Mêler), qu'il Test d'ores et déjà, on ne manquera pas de rélever jusqu'au ciel. Même on a déjà décidé de composer alors sur cette épopée, comme sur une action héroïque, une autre épopée intitulée : le Messie de Klopstock, et de la faire paraître en douze chants, mais en une seule fois. >
Lessing, cependant, en veut moins à Klopstock lùiméme, qu'à ses imitateurs, à toute cette tourbe de médiocres et prétentieux chantres bibliques, que le Messie avait fait surgir, et qui naturellement n'imitaient que les défauts déjà choquants du mattre, sans posséder les grandes qualités qui chez lui, du moins, les atténuent. « Quand un esprit audacieux, confiant dans sa propre force, pénètre dans le temple du goût, par ime entrée inconnue avant lui, cent imitateurs se pressent derrière lui, espérant s'introduire à sa suite, mais en vain. Avec la môme énergie qu'il a mise à forcer la porte, il la ferme derrière lui. Sa queue se voit obligée de rester dehors, et la gloire qu'elle espérait se change pour elle en rires moqueurs \ »
« M. le professeur Gottsched, au lieu de critiquer le Messie, aurait mieux fait d'attaquer ces pauvres petits esprits qui se sont rendus ridicules par leurs malheureuses imitations de cette grande poésie,... qui s'imaginent qu'un mètre héroïque maladroitement employé, quelques constructions latines, la suppression de la rime, suffisent pour les mettre hors de pair parmi les