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tés avec les exigences d'une action plus compliquée, plus étendue, explique l'embarras qu'éprouvent souvent nos poètes tragiques, surtout Corneille et Voltaire, et la peine qu'ils se donnent pour accommoder, sans la violer ouvertement, cette règle à leurs conceptions. Voilà aussi l'originalité ou, si l'on veut, le défaut du théâtre de Voltaire, d'avoir voulu faire entrer une action plus toufTue, plus mouvementée, dans le moule étroit et inQexible du théâtre classique ; d'avoir voulu concilier le mélodrame et la tragédie. Cette tentative se rencontre déjà chez Corneille, dans ses dernières pièces, dans Rodogune, notamment, qui est aussi le point de mire de la polémique de la Dramaturgie contre la tragédie fran* çaise.
Mais Lessing n'a pas vu, ou du moins n'a pas dit, que cette tyrannie des règles à laquelle s'asservissent nos poètes tragiques, n'est elle-même qu'une conséquence de la tradition classique souveraine en France, depuis la Renaissance, et de l'autorité d'Aristote, mal compris, mais accepté partout comme le législateur indiscutable du théâtre. Et cette autorité n'a pas été seulement contrebalancée par l'iniluence du théâtre espagnol, mais aussi par celle du roman français, et pour Voltaire, par l'influence de Shakespeare et du théâtre anglais. Il faut ajouter aussi que la critique de Lessing, qui peut s'appliquer à Corneille et à Voltaire, ne s'applique pas à Racine, dont les tragédies tout intérieures et psychologiques et d'une simplicité de construction toute grecque, n'ont pas eu besoin de chercher des accommodements avec l'unité de lieu et de temps. Lessing aurait dû reconnaître aussi que ces tentatives d'émancipation chez nos poètes, attestent un sentiment
confus des conditions nouvelles et des libertés nécessaires du théâtre moderne. C'est, chez eux, comme une velléité de romantisme anticipé. S Ils ne sont pas allés jusqu'au bout, c'est que les temps n'étaient pas arrivés, et qu'il est injuste de leur demander de rompre brusquement avec leurs propres idées, avec les usages, les traditions de leur époque et le goût de leur public'.
Au surplus, dans cette question comme dans d'autres, Lessing ne conclut pas, ne donne pas sa théorie. Elle ne paraît l'intéresser que comme argument et arme de polémique. Lorsqu'il a sufiRsamment exercé sa verve critique et dialectique contre son adversaire, il s'arrête et brusquement déclare qu'il lui répugne de s'occuper plus longtemps de ces « choses élémentaires » . Il veut bien que la Mérape de Voltaire et celle de Maffei durent huit jours et se passent dans sept endroits différents de la Grèce, pourvu qu'elles offrent des beautés qui lui fassent oublier ces pédanteries*.
Aujourd'hui, la question des unités n'en est plus une. On a reconnu que cette prétendue règle des unités, sauf, bien entendu, l'unité d'action, n'est pas dans Aristote, et ce qyi est plus important, qu'elle n'est pas ime règle, mais ime fomie de drame qui dérive de la nature même de certains sujets, mais sans être obligatoire pour tous.
Dans un sujet simple, peu chargé d'incidents et de
1. A ses débuis ot soas lUnûueucti encore do Gottsched et do Boileau, Lessing admet les unités comme chose connue « môme dos écoliers», acceptée de tous et qu*il est inutile de discuter. (Préface des Beitràge zur Historié und Aufnahme des Theaters. 1750. [Œuvres con^ plètes, éd. Munker, t. IV, p, 51.])
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complications, où Taction est plus intérieure encore qu'extérieure, et où l'intérêt se concentre sur une situation unique, sur une crise psychologique, l'unité de temps et de lieu ne s'impose plus conune une règle arbitraire, à laquelle le poète est obligé, coûte que coûte, de se plier. Elle est inhérente au sujet; elle y est virtuellement et logiquement contenue. Il faut reconnaître que Tœuvre ainsi conçue et exécutée par im vrai poète, présente un caractère supérieur de beauté idéale et d'harmonieuse simplicité, outre que, grâce à cette concentration, elle gagne le plus souvent en pmssance et en effet dramatique, ce qu'elle perd en étendue et en développement extérieur. C'est à ce point de vue que l'unité de temps et de lieu a trouvé de nos jours des dé> fenseiu*s, non plus au nom d'Âristote et des Poétiques traditionnelles, mais au nom de l'Art et de la vraie Beauté.
Un éminent philosophe allemand, E. v. Hartmamif qui a jeté de vives lumières sur les questions esthétiques, pense « que plus l'auteur dramatique sait se réduire, plus le spectateur s'attachera à la partie essentielle de l'action ; plus le sujet se concentrera sur l'idée même de l'œuvre, et plus aussi l'effet dramatique sera puissant. Cette concentration sera atteinte au plus haut degré, si l'action se développe sous la loi de l'imité de temps et de lieu. Mais, ajoute-t-il, cette unité n'est nullement obligatoire, et même il est absurde, pour l'obtenir, de soumettre une action dramatique à ime compression contre nature'. > Un de nos plus fins critiques, J. J. Weiss, exprime la même idée, sous une forme