Dramaturgie, n<>" I0i
l'occasion d'une tragédie religieuse de Gronegk, Olynthe et Sophronia, par laquelle fut inauguré le nouveau théâtre ; ensuite, dans sa correspondance avec Mendelssohn et Nicolaï, pour défendre contre eux ses idées sur la tragédie que venait de lui suggérer son étude de la Poétique d'Âristote. Si Lessing n'aime guère la tragédie française, il a moins de sympathie encore pour la tragédie religieuse et chrétienne. « Cette tragédie, ditil, a presque toujom*s pour héros des martyrs. Or, nous vivons à une époque où la saine raison parle trop haut, pour que chaque fuiieux qui, étourdiment, sans nécessité et au mépris de tous ses devoirs de citoyen, se précipite dans la mort, puisse prétendre au titre de martyr. Nous savons distinguer les faux martyrs des vrais ; nous méprisons ceux-là autant que nous vénérons ceux-ci; tout au plus peuvent^ils nous arracher une larme mélancolique sur l'aveuglement et l'égarement dont leur exemple nous montre que l'humanité est capable. Mais cette larme n'est pas de ces douces larmes que la ti*agédie veut nous faire verser. Les seuls martyrs que puisse admettre le théâtre, sont ceux qui n'obéissent qu'à des motifs sérieux, impérieux, et ne courent au supplice que poussés par une inéluctable nécessité \
C'est évidemment Polyeucte que Lessing range dans cette catégorie de faux martyra. Mais cette distinction est plus subtile que juste. Il n'y a pas de faux martyrs connneily a des faux dévots. Il y a des martyrs comme Polyeucte qui sont entraînés par une sorte de folie héroïque, et ce ne sont pas les moins intéressants et les moins sympathiques. Le martyre cherché volontaire-