‹ LessingChapitre 179 sur 233 · Dramaturgie, n» li · texte numérisé non relu

Dramaturgie, n» li

8. Correspondance avec Hendelssohn. Mendelssohm Schriften, toI. V.

S. Mendelasohu n'admet pas que TadmiralioD soit réduite au rOle infériour que lui assigne Lessing. c C*est le sort de toutes les passions dramatiques de devenir méconnaissables lorsqu'elles paraissent comme à la suite d'autres passions. » Loin de regarder l'admiration, ainsi que le veut Lessing, comme un simple temps d'arrêt ménagé à la pitié pour lui laisser le temps de reprendre un nouvel élan, il croit, au •contraire, « que la pKié, plus matérielle de sa nature, fait place à une é|potion supérieure et son doux éclat disparaît lorsque la splendeur de radmiration pénètre notre àme >. (Mendelstohns geinmmelie Schriften^

raison, sinon qu'Aristote n'en parle pas. Pour lui Targument est décisif. Il ne Test pas pour nous, et nous dirons avec un judicieux appréciateur de Lesslng : « Si Corneille a su trouver un ressort nouveau, nous regrettons seulement qu'Âristote ne Tait pas connu'. »

La tragédie de Corneille n'échappe pas sans doute à toutes les critiques qu'on en a faites. Mais, par sa beauté et sa puissance dramatiques, par l'admiration unanime qui l'a placée au rang des chefs-d'œuvre du théâtre, elle l'éfute victorieusement les doutes émis par Lessing, sur la légitimité et la possibilité de la tragédie chrétienne. Nous n'avons pas besoin, comme il nous le conseille, de laisser là provisoirement toutes les tragédies de ce genre, et d'attendre « qu'un poète de génie vienne nous démontrer par le fait, quelles difficultés il est capable de surmonter » . L'épreuve est faite quoi qu'en dise Lessing. L'œuvre qu'il attend de l'avenir existe, et elle donne un démenti à la théorie pessimiste de l'auteur de la Dramaturgie.

La critique de Rodogane ne reste pas, comme celle de Polyeuele, dans les généralités. Elle s'attache à la pièce Blle-môme, qu'elle analyse dans le détail. Comme cette pièce fut représentée sur ^e théâtre de Hambourg, Lessing était obligé, par son devoir de feuilletoniste, d'en rendre compte. Le répertoire avait bien seinri ses préventions, puisqu'il lui livrait en pâtm-e une des pièces de Corneille, où les défauts l'emportent de beaucoup sur les beautés. Rodogune, en effet, appartient à la troisième manière de Corneille (la première comprend les

vol. V., p. 60.) Sans excuser Polyeucte, Mendelssohn repousse la qua- UQcation de saltimbanque que lui inflige Lessing (ibid.). 1. Crcusld, Lessing et le goût français, p. 868. Paris^ 1863.

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pièces qui précèdent les cl^efs-d'œiivre [1636-1643]). Elle marque déjà la période descendante de son génie. L'idéal de grandeur héroïque et de beauté morale, réalisé dans le Cid, dans Cinna, dans les Horaees et dans PolyeucUj s'est déformé, tendu et forcé à l'excès, jusqu'à Tin vrai semblable et au monstrueux, dans les pièces qui suivirent. L'action s'est compliquée d'incidents et d'intrigues qui l'embarrassent et l'alourdissent. L'influence du théâtre espagnol l'emporte maintenant sur la tradition cls^ssique. Mais ce qui paraissait une décadence aux yeux des vrais admiratem*s de Corneille, aux yeux du poète était un progrès. Dans l'examen de /?odogune, il ne dissimule point la tendresse qu'il a pour cette pièce, qu'il serait assez disposé à mettre au-dessus du Cid, de Cinna et de Polyevcle, car, dit-il, « elle me semble un peu plus à moi que celles qui l'ont précédée, à cause des incidents surprenants qui sont purement de mon invention, et n'avaient jamais été vus au théâtre * ». Lessing, sans doute, savait à quoi s'en tenir là-dessos. Il lui eût été facile de défendre Corneille contre luimême, mais il n'a garde de le faire. Au contraire il affecte de prendre Corneille au mot, de le croire sur parole, et puisqu'aux yeux de l'auteur lui-même, Rodogune est son chef-d'œuvre, il faut bien s'y arrêter, et si l'on parvient à prouver que Rodogune est une mauvaise pièce, tout le théâtre de Corneille et avec lui toute la tragédie française est condamnée.

Fort de cet ingénieux raisonnement, qui le dispense de juger les autres tragédies de Corneille, Lessing se met à l'œuvre et instruit le procès de Rodogune, dont il

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