‹ LessingChapitre 180 sur 233 · Examen de Hodogttne · texte numérisé non relu

Examen de Hodogttne

n'a pas de peine à mettre en lumière les faiblesses et lés défauts, les inventions invraisemblables, dont Goraeillô a chargé la donnée historique ; Toutrance du caractère principal, celui de Cléopàtre; l'effet tragique poussé jusqu'à l'horreur. On connaît le sujet de la pièce : une reine, Cléopàtre, qui tue son mari Démétrius par jalousie et haine contre une rivale, Rodogune, et, craignant de trouver dans ses deux fils des vengeurs de leur père, tue l'un et se prépare à empoisonner l'autre, mais, prévenue dans son dessein, est contrainte par lui de boire le poison qu'elle lui destinait. Voilà l'événement, très simple et suffisamment dramatique, que l'histoire livrait au poète. Mais lui, le trouvant trop simple, a pensé le rendre plus dramatique, le corser davantage. Il a voulu qu'alla jalousie s'ajoutât dans l'âme de Cléopàtre, l'ambition, l'orgueil du pouvoir. Ce n'est plus contre son mari (ce meurtre est antérieur à la pièce), c'est contre Rodogune que sa vengeance s'exercera, et ses fils seront les instruments de cette vengeance. Celui qui la débarrassera de Rodogune aura le trône. Voici déjà une invention assez ingénieuse. Mais ce n'est pas tout. Le poète imagine en outre que les deux princes sont tous deux amoureux de Rodogune, qui ne s'est encore déclarée pour aucun. Instruite des desseins de Cléopàtre, à son tour, et pour les prévenir, elle annonce à ses deux soupirants qu'elle appartiendra à celui des deux qui tuera la reine. Il est vi*ai que cette mise en demeure n'est pas sérieuse au fond et ne doit pas aboutir. Elle n'est là que pour compliquer la situation principale et pour augmenter l'intérêt. Quant au dénouement, Cléopàtre, contrairement à l'histoire, au lieu d'être forcée par son fils de boire le poison qu'elle avait préparé pour

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lui, s'empoisonne elle-même, dans son désespoir de ^oir sa vengeance déjouée\

Si Lessing reproche à Corneille ses inFentions, doni il est si fier, ce n'est pas parce qu'il a modifié la donnée historique selon les besoins de sa pièce — Lessing est très large sur la question des liberlés que le poète peut prendre vis-à-vis de l'histoire — mais parce qu'elles sont invraisemblables, contraires à la vérité humaine, à la logique des sentiments et des caractères. Ainsi, en donnant pour mobile aux crimes de Gléopâtre, non seulement la jalousie de la femme trahie, mais l'ambition de la reine ; en réunissant dans la même âme deux sentiments disparates, contraires dans leur nature et dans leurs effets, et qui, au lieu de se fortifier Tun par l'autre, se heurtent et se gênent, il a créé dans Gléopâtre un caractère faux, sans unité, sans vérité, à la fois monstrueux et mesquin dans ses sentiments et dans ses actes, que nous pourrions admirer pour sa fierté, son orgueil, son indomptable ambition, mais que la légèretéavec laquelle elle commet des crimes, la naïveté cyniqne avec laquelle elle engage les autres à en commettre, nous forcent de mépriser.

Lessing se moque encore, et non sans esprit, de la perplexité des deux malheureux princes, placés entre leur mère qui leur dit : < Que celui qui veut régner tue sa maîtresse, et leur maîtresse qui leur dit : Que celui qui veut me posséder tue sa mère ; et connue ce sont deux princes très vertueux, qui s'aiment tendrement, qui ont un saint respect pom* leur démon de mère, et autant de tendresse pour la coquette Furie ^ui est leur

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