Œuvres, vol. 4, p. S
poètes. Privés de cette inspiration gui emporte l'imagination au delà des détails, jusqu'aux grandes beautés de sentiment et de conception, ils s'efforcent d'être obscurs, là où ils devraient être sublimes, audacieux au lieu d'être originaux, romanesques au lieu d'être touchants \ »
Plus de deux ans après ', Lessing revient sur le Messie, Pendant ce temps, l'admiration des uns, l'hostilité dénigrante des autres, n'avaient fait que grandir. Le poème de Klopstock était devenu un terrain de lutte, où les deux partis, les Gottschediens et les Suisses, se mesuraient, échangeaient à l'envi et avec une égale violence, non des arguments, maïs des injures.
Lessing se met de la partie, mais non pour faire assaut de grossièretés avec les ims, ni pour entonner avec les autres les louanges du poète incomparable, vrai Messie lui-même de la littérature, au dire de ses admirateiurs. Il veut, lui, faire œuvre de critique sérieuse et consciencieuse, et montrer aux panégyristes à outrance que reprendre im poète qu'on admire ailleurs pour ses défauts, c'est lui rendre le seul hommage qui soit digne de lui.
11 applique alors aux premiers vers de l'épopée messianique son scalpel critique; il les dissèque, et examinant successivement chaque mot à la loupe, signale toutes les fautes, les incorrections, les tautologies.
1. Pour prouver qu'il ne veut pas dtre compté parmi les détracteurs du àlessie, Lessing avoue que sou frère et lui ont essayé de traduire en vers latins une partie du i*' chant (lOO et quelques vers) et il cite ce fragment de traduction (Œuvres, vol. 5, Ed. M.)
2. En 1753, dans les Lettres (qu'il ne faut pas confondre avec les LcUrei êur la LilUrature qui sont de 1769). Ces Lettres forment le SI* volume des Œuvres de Lessing, parues en 176S.
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les éguivogueâ gui y sont accumulées. Certes la critique est juste. Mais de la part d'un admirateur sincère comme Lessing prétend Télre, on devait s'attendre à une contre-partie élogieuse, qu'il annonce, qu'il a faite il est vrai ailleurs, mais qui serait mieux à sa place ici. Il n'en est rien cependant, Lessing se dérobe. Il faut, dit-il, attendre pour juger l'œuvre, qu'elle soit achevée ; que le poète soit sorti du « labyrinthe où il est encore engagé ». Alors seulement on pourra apprécier l'action, l'unité, la durée, le nœud et le dénouement du poème. Pour le moment, on ne peut encore qu'apprécier la beauté des parties, le style, les descriptions, les comparaisons, etc.
En même temps que Lessing distingue KIopstock de ses plats imitateurs et le défend contre ses maladroits admirateui's, il le défend aussi contre ses détracteurs de la coterie gottschedienne : les Triller, les Schœnaïch, que la popularité déjà grande du jeune poète avait ameutés contre lui*. On ne se contentait pas de nier ses mérites, de grossir ses défauts, de parodier sa manière. On essayait même de le rendre suspect aux âmes pieuses; on l'accusait de dénaturer et de rabaisser la religion, en la faisant servir aux plaisirs profanes de l'imagination.
1. Le baron do Schœnaïch, serviteur dévoué de Goltsched, qui le tu couronner poète impérial, auteur d*ua plus que médiocre poème épique, Hermann ou t^Àliem<igne délivrée, que Gollsched essaya vainement â*opposer ou Meêsie, avait publié (1764) sous le litre : Aeêlhelik in einer Nust, une satire contre KIopstock et iJodmer, et une parodie du style de la nouvelle école. Il attaqua également Lessing, désigné par Tanagramme de son nom (Gnissel). Lessing dédaigna de répondre directement à un aussi méprisable adversaire. Mais il l'exaspéra par dMronîques louanges et le couvrit de ridicule, dans quelques articles de la Gazette de Voté»