‹ LessingChapitre 183 sur 233 · Lettre à Nicolai (S avril · texte numérisé non relu

Lettre à Nicolai (S avril

téressànte aussi pour nous. Il nous importe, en effet j dé savoir d'abord, si Lessing qui accuse Corneille de n'a- YOir' pas compris Aristoté, Ta bien compris lui-même ; ensuite, ce qui est plus important, si sa théorie, fAt-elle même conforme à celle d'Ârislote, est vraie en ellemémOi applicable au théâtre moderne; et enfin, si de la fausseté présumée des théories de Goméille, Lessing a le droit de conclure que ses tragédies ne sont pas de vraies tragédies et que le théâtre français n*est pas un vrai théâtre.

Quoique Corneille et le théâtre français soient le véritable objectif de Lessing, c'est indii*ectement, par un détour, qu'il y arrive, à l'occasion d'une tragédie. Ri* chard III, de Félix Weisse, son ami et un des auteurs contemporains les plus féconds et les plus populaires'* Lessing loue la pièce, sauf réserve importante au sujet du héros, qui sera le point de dépai*t de toute la polémique. Seulement Lessing reproche à son ami de s'être àouvenu trop tard, quand la pièce était faite, que Shakespeai'e avait traité le même sujet. Weisse s'était félicité au contraire de cet oubli, qui le sauvait du soupçon d'avoir été le plagiaii-e de Shakespeare. Mais Lessing n'admet pas qu'on puisse l'être. « On peut dire de Shakespeare ce qu'on a dit d'Homère : qu'il serait plus difficile de lui enlever un vers, que d'eulever sa massue à Hercule. » Il en donne les raisons, et profite de l'occasion pour dire son opinion sur le grand poète anglais et sur la manière dont il faut l'étudier et l'imiter.

« Shakespeare veut être étudié ; il ne. veut pas être

1. Pour Weisse, voyez plus haut l'Iatroduclion à la Dramaturgie. Hichard Ht, composiS en 1759, refuit eu 1761, fut représenté sur plusieurs scènes.

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pillé. Si nous avons du génje, Shakespeare doit être pour nous ce qu'est pour le peintre la chambre obscure. Qu'il la regarde attentivement, pour voir comment le monde ejctérieur dans tous^ses aspects se projette sur une surface plane; mais qu'il se garde de lui rien emprunter*.

• Cette appréciation complète et résume en quelque sorte, celles que Lessing avait déjà faites du génie de Shakespeare, à l'occasion de la Sèmiramis et de la Zaïre de Voltaire. De bonne heure déjà, nous l'avons dit, Lèssing s'efforçait de détourner le théâtre allemand de la France, pour le pousser vers l'Angleterre, où il de* vait trouver ses vrais modèles*. Il ne pouvait mapquer, dans la DramaiurgUf d'insister sur ce point capital, et d'émettre un jugement définitif sur Shakespeare.

C'est la première fois qu'en Allemagne, Shakespeare a rencontré un admirateur aussi convaincu, et nous dirions volontiers aussi sensé, si son admiratioQ pour l'œuvre du poète anglais ne le rendait pas injuste pour la tragédie française, qui, comparée à la tragédie de Shakespeare, lui fait l'effet « d'une miniature dans un chaton de bague, à côté d'une peinture à fresque *. Mais, à part cette comparaison désobligeante, ses jugements sur Shakespeare se tiennent dans la juste mesure; et nous sommes loin de ce fanatisme idolâtre qui, un peu pliis tard, précipitera la jeunesse de la 5<iirm- Mnd Dtangperiode, aux pieds du tragique anglais, le proclamant le maître incomparable, la divine incarnation du génie dramatique.

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