Dramaturgie, n
s. NotQiDment daiM lus Briefe die neitette denlêche Literatur hêtre ffen-f, 1769. Leltro 17'.
CRITIQUÉ Ï^RAMATIQUE. 509
Puisque Lessing s'arrête à Shakespeare, au moment où il va faire une charge à fond' contre Corneille et son
bystème dramatique, on pourrait se demander pourquoi il n'a pas eu Tidée d'opposer l'œuvre du poète anglais à l'œuvre du poète français, et dé démontrer par cette comparaison, ce qu'il affirme ailleurs, à savoir que Shakespeare, qui a ignoré Ârisiote, a néanmoins réalisé plus complètement les conditions de la vraie tragédie, que Corneille, qui se flatte de les avoir si bien étudiées V C'était le moment ou jamais. Avec ce nouvel allié, sa victoire eût été plus éclatante et plus sûre. Aristote, Shakespeare avec Lessing, contre le seul Corneille !
Que vouliez-vous qu'il fit contre trois ?
Mais Lessing n'a pas profité de tous ses avantages. Il a pensé qu'Âristote et lui, c'était assez pour en venir à bout de Corneille et de la tragédie française. Nous verrons bien. D'ailleurs, cet éloge de Shakespeare nr'est qu'une digression. Revenons donc au Richard III de Weisse, qui servira à Lessing de transition pour arriver à l'objet essentiel de sa polémique. Le caractère du héros, affirme-t-il, n'est pas un caractère tragique ; car il n'est pas conforme aux conditions de la tragédie, ou, ce qui pour Lessing revient exactement au même, il n'est pas conforme à la définition que donne Aristote de la tragédie au 6' chapitre de sa Poétique. Rappelons cette fameuse et énigmatique définition sur laquelle roule tout le débat.
1. On peut 8*étoaDer qu*aucune pièce de Sbakospoare D*ait été représentée à Hambourg pendant Tannée 1767-1768, puisque visiblement, et grâce aux efiTorts mêmes de Lessing, le tbéàtre allemand inclinait déjà de ce cdté.
« La tragédie est donc Fimitatioii d'une action sérieuse, complète, ayant une certaine étendue, à l'aide d'un discours embelli par des ornements, employés chacun à part àaxm les différentes parties, au moyen de personnages agissants et non au moyen de la narration, et opérant par la pitié et la crainte (&i eXeou xal çoSs^jS la purgation (xaOopaiv) des passions de ce genre (Tctcv- Tov icaOïiiiaTWv)*. »
Nous citons cette définition en entier. Mais ce ne sera que sur la dernière partie que portera la discussion : 1) sur les passions pitié et crainte que doit provoquer la tragédie ; 2) sur les passions (toio'jtciIv TcaOT^pLàTuv) qui sont l'objet de la purgation {xi^0Lçaiç)j et 3) sur la pnrgation elle-même.
Il résulte de cette définition que Richard III n*est pas un caractère propre à la tragédie ; car c'est un être monstrueux, hors nature, dont les crimes inspirent l'horreur, mais non la pitié et la crainte, qui sont To^ jet propre de la tragédie. Pour provoquer en nous ces deux sentiments, il faut que le héros ne soit ni trop audessus, ni trop au-dessous de la nature humaine ; qu*il ne soit ni un saint, comme le Polyeucte de Corneille, ni un monstre comme Prusias, comme Phocas, comme la Cléopâtre du même poète, ou comme le héros de la tragédie de Weisse. Le héros tragique doit être fait de notre étoffe, < pétri de notre chair* ». Il faut que ses malheurs puissent en une certaine mesure nous atteindre nous-mêmes. Alors seulement nous souffrons